‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 174 sur 177 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

gret de ce qui s'était passé. — On dansait justement à Croset ce dimanche-là, en sorte que la naissance inattendue du petit Villioud eut du retentissement dans toute la contrée.

Pendant l'hiver^ qui fut assez long, comme déjà le précédent , Rosette écrivit de temps en temps à Amy Lorand. Elle lui parlait de son bonheur, de ce qu'était Charles pour elle et sa mère, et aussi de ce qui les intéressait tous au point de vue religieux. Dans ses lettres , elle ne fit plus aucune allusion à ce qui l'avait si fort préoccupée avant son mariage. Une seule fois, elle se permit cette phrase : « Ma mère vous envoie ses amitiés ; elle est habituellement sérieuse , malgré notre gaité. » Dès lors, plus un mot sur ce sujet. Amy Lorand , lui aussi , avait des moments de préoccupation , ressemblant à de la tristesse. Dans la famille de Pontal, il se trouvait isolé, bien qu'on eût pour lui des égards et qu'on le laissât libre d'agir comme il voulait. La vie beaucoup plus personnelle et contemplative qu'il avait eue, pendant une année, à Croset, lui manquait. Puis, il ne se sentait plus fait pour le genre de services qu'il rendait à de jeunes gens dont les idées étaient parfois très différentes des siennes et de celles de leur père défunt. M"*« Pasche, Rosette et Charles, Jenny et René, voilà quels étaient, au fond , les vrais membres de sa famille adoptive. Môme sa maison et la rue du village lui paraissaient préférables aux appartements du château de Cartagnac-le- Vieux et aux promenades , fort belles pourtant , qu'on trouvait sur ce domaine. Une sorte de

heimveh le prenait à son insu, pour peu qu'il se transportât en esprit à Groset ou dans ses environs. Quand vint la fin de l'année , il envoya une caisse de fruits du midi, avec la lettre suivante, adressée à Rosette.

Gartagnac-le-yieax, 24 décembre 1867.

« Chère madame Rosette,

» L'année ne se terminera pas sans que votre vieil ami ne vous ait adressé les vœux qu'il forme du fond du cœur pour tout ce qui vous est cher. Puisse donc l'an nouveau être pour vous tous un temps de bénédictions ! — Je vous envoie des produits du chaud climat que j'habite ; j'espère qu'ils vous arriveront en bon état, chaque paquet à son adresse. Pensez à moi, tous. Prions les uns pour les autres. Dieu est bon, plein d'amour, ne l'oublions jamais. — J'ai appris avec plaisir que vous avez été, Charles et vous, parrain et marraine de ma petite nièce Amélie. Quoique je n'aie pas la liberté de me joindre au baptême ad* ministre à un petit enfant, j^admets cependant et je comprends très bien que vous puissiez l'avoir. Je suis reconnaissant de ce que vous avez fait dans cette occasion. Continuez à mon neveu et à Jenny les soins de votre chrétienne amitié ; je sais qu'ils vous aiment beaucoup.

:» Depuis quelque temps, j'ai des moments de solitude qui ne me sont pas bons. Je pense à notre village; il me semble que je serais heureux de m'y retrouver, et c'est vrai sans doute. Mais quand on a

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