‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 173 sur 177 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

notre devoir est d'encourager René et sa femme ; tu peux donc parler à Jenny. Je consens de bon cœur à être le parrain. Que fait notre mère ce soir?

— Elle est triste. Quoiqu'elle n'en parle pas, je vois très bien qu'elle souffre de l'absence de M. Lo* rand.

— Tout cela est bien délicat. Moins nous y mettrons la main et mieux cela vaudra. Laissons agir Dieu.

— C'est aussi ce que je pense; mais j'ai promis d'écrire à l'oncle de René ; il faut que je m'y mette dès ce soir. Adieu, mon ami. Je me sauve, car j'entends le pas de René dans le chemin*

Rosette embrassa vite Charles et s'esquiva en lui disant, comme René entrait au pressoir ;

— N'allez pas vous faire du mal en serrant trop fort; il vaut beaucoup mieux laisser un peu de vin dans la grappe.

— Sois sans inquiétude à cet égard. Mais préparenous quelque chose à manger. Dans une demi-heure^ quand nous aurons coupé^ nous irons à la maison.

Autre temps, autres mœurs !

Le jour suivant, par un brouillard assez lourd et déjà froid, on entendit tout à coup, à l'entrée du vil* lage, un grand bruit de sonnettes avec des beuglements de vaches et de veaux. René et Charles sortirent du pressoir ; Rosette et sa mère vinrent aussi devant la maison pour voir défiler le troupeau. C'étaient les quatorze vaches et génisses de M"*® Jean- Jules JuUiard, née Crétinaud, plus son mari et elle-

3Bâ ' TROISIÈME PARTIE.

même. Tout ce tremblement était arrivé par chemin de fer, et, de la prochaine gare, montait en triomphe à Groset. Le reste des JoUiard était allé à la rencontre du bétail et de la nouvelle épouse. Celle-ci, un vrai drugeoUy était petite, mais de forte taille, comme les ragots. Elle s'appuyait sur un long bâton ferré qu'elle tenait à la poignée. On disait qu'elle savait faucher, traire, battre en grange, piocher la terre. Un grand char, contenant des coffres bizarres et bariolés, suivait le convoi. Gela fit une entrée magnifique. Rosette et sa mère en eurent sans doute le cœur plein de regrets tardifs!

Un autre événement auquel on ne s'attendait guère vint surprendre les habitants de Groset. Comélie Villioud était en visite chez ses parents, vers la fin de ce mois d'octobre. Cinq mois après son mariage, son mari l'avait amenée en char, pardes chemins pierreux, bien imprudemment pour une jeune femme qui se trouvait dans une position intéressante. Or, le soir, au moment de repartir, elle prit mal tout à coup, et accoucha d'un gros garçon, fort et bien constitué. — Les honnêtes gens s'affligèrent et s'indignèrent , mais, chose bien triste à constater, un certain nombre de personnes légères ou inconséquentes ne virent dans un tel scandale, dans cette violation de la loi de Dieu, dans cet abandon au libertinage, rien de plus qu'un sujet de plaisanteries malséantes. Jenny avait été sévèrement jugée, on s'en souvient ; Gomélie sut mieux garder les apparences, et Villioud était trop ami du présent siècle mauvais, pour avoir beaucoup de re*

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