‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 2 sur 177 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

AU PRBSSOXR

On vendangeait à Croset, village situé assez loin du grand vignoble de La Côte, dans un endroit peu élevé, mais où la vigne doone de belles récoltes, lorsque les saisons lui sont favorables. Les habitants ne sont point essentiellement vignerons, comme à Mont, à Tartegnins, ni surtout comme à Lavaux ; ils ont les avantages d'un territoire considérable en prairies, champs, bois à quelque distance, petits coteaux cou* verts de ceps. La nature est si bien distribuée à Croset, que la variété des produits de la terre est remarquable dans cet heureux coin de pays. Ainsi, les prés ont une humidité suffisante, mais rien de marécageux ; les champs se labourent à toutes les profondeurs, sans que des pierres viennent se loger entre la pointe du soc de la charrue et le contre qui découpe

le sillon. La terre en est souple, grenue , comme le froment Taime. La herse y plonge ses dents de fer jusqu'aux traverses du châssis en bois. Les fruits et le beurre de Croset ^ont de la réputation. Les taillis de chêne fournissent une écorce lisse, d'un gru excellent, qui prend chaque année le chemin de Morges et de Lausanne. Enfin, sur les coteaux dont nous parlions il y a un instant, le raisin mûrit en grappes serrées qui n'ont, sans doute, ni la saveur du plant de Vinzel, ni la douceur exquise de celui d'Aigle , mais qui ne laissent pas de produire un petit vin dont les propriétaires font un bel argent.

C'est ce qui arrivait précisément en l'année où s'ouvre cette histoire. Le mois d'octobre était d'une beauté sans pareille. A la suite de nuits fraîches, le soleil venait, dès le matin , inonder tout le pays de rayons encore bien chauds. On arrosait les semis dans les jardins, comme en été; la sauterelle grise ouvrait ses ailes bleues devant vos pas, ou sur les champs labourés de la veille. Elle ne saute pas volontiers, mais décrit de petits arcs dont la corde va se terminer à une toise , au plus^ de son point de départ ; tandis que, plus leste, la sauterelle verte n'a qu'à tendre ses ressorts pour se transporter dix fois de suite d'un lieu à l'autre.

Le feuillage commençait à prendre des teintes colorées. Parfois une légère brume, venant du lac, montait jusqu'aux forêts du Jura, tamisant l'or des rayons du soleil et ne les laissant percer qu'à travers un voile bienfaisant. Encore pleines de vie, les guêpes visitaient

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