‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 31 sur 177 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

cèdent à l'attrait de plaisirs bruyants et nocturnes , surtout s'il y a danger pour le garçon à boire trop de vin. Moi, par exemple, si je n'avais que vingt-cinq ans comme René, et cependant la même connaissance de ma faiblesse et du mal qui domine en nous tous , je commettrais une chute morale , un véritable péché, en me joignant de plein gré aux plaisirs publics dont nous parlons. Je ne sais si je vous ai bien rendu ma pensée ?

— Je crois que oui. Votre manière de voir revient à dire comme saint Paul : Abstenez-vous de tout ce qui a quelque apparence de mal.

— C'est cela , exactement : si vous êtes chrétien, conduisez-vous comme tel. — Charles Maubert , qui me parait être un brave garçon , ne se place pas à ce point de vtie élevé. Il se prive des fêtes de la jeunesse pour ne pas laisser son père seul. C'est très bien de sa part; mais il ne comprend encore que la moitié de la question. Plus tard, j'espère qu'il la comprendra tout entière.

— J'espère pourtant, mon oncle, dit René en se radoucissant , que vous n'allez pas nous empêcher de faire notre nouvel-an'^ dans quelque temps. Nous avons un tonneau de vin, et, sauf Charles Maubert, tous les autres garçons et les filles comptent se divertir ensemble à ce moment-là.

— Je n'empêcherai personne , tu peux en être cer-

* Ces fêtes portent le nom de nouvel-an, même lorsqu'elles ont lieu à d'autres époques de Tannée.

tain : je ne le ferais pas, lors même que j'en aurais le droit. Pour ce qui te concerne, tu es majeur et tu sais ce que te dit ta conscience. En outre, tu ne me deman* des pas conseil. Donc, tu es ton maître. Si j^étais marié et que mes enfants fussent en âge de se mêler aux fêtes de la jeunesse , mais mineurs encore, je leur dirais : puisque vous désirez danser avec les autres, allez; vous serez de retour à la maison à dix heures du soir.

— A ce compte-là , j'aimerais autant rien qu'une permission pareille ; je préférerais ne pas aller.

— Eh bien, tu n'irais pas. Ton père et toi vous vous en trouveriez mieux tous les deux.

— Il me semble que votre oncle a bien raison , dit Mme Pasche, qui jusqu'ici s'était bornée à écouter la conversation. Si vous êtes sage, vous suivrez un si bon conseil.

— Si Rosette veut être du nouveUan^ je consens volontiers à revenir avec elle à dix heures , le premier soir.

— Je ne suis pas décidée encore sur ce que je ferai, répondit Rosette. Je veux y réfléchir. La manière de voir de votre oncle est quelque chose de tout nouveau pour moi. En tout cas , si j'allais , je prends ici l'engagement de ne pas rester à la danse plus tard que l'heure dont vous parlez.

— Ne prenez point d'engagement de cette nature , mademoiselle Rosette, dit Amy ; suivez simplement ce que votre conscience vous dira et ce que la Bible vous conseille.

— Je vous remercie, monsieur Lorand.

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