‹ Rosette: ou, La danse au village; nouvelleChapitre 30 sur 177 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

entre l'oncle et le neveu l'intéressait vivement. La mère en paraissait aussi toute préoccupée.

— Monsieur Lorand , dit Rosette, ne trouvez-vous pas que Charles Maubert a raison , dans la position actuelle de son père, de ne pas se mêler aux fêtes de la jeunesse? Moi, je sens qu'à sa place, je ferais comme lui.

— Certainement, reprit l'oncle. Charles Maubert se conduit en bon fils et on ne peut que l'approuver. Il existe cependant des motifs encore plus élevés que les siens, pour ne pas participer à<des plaisirs qui , la plupart du temps, dégénèrent en orgies, — si ce qu'on en raconte est véritable.

— Quelles orgies? fit René avec vivacité. Quoi 1 quelques verres de vin de trop? Dans les grandes maisons, chez les riches , lorsqu'il y a des bals et des festins, chaque invité ne se borne sans doute pas à une petite ration? Mais parce que nous sommes des garçons de village et non des messieurs en gants jaunes, on trouvera mauvais qu'on boive un peu plus que d'habitude. Âhbahl je vous dis que c'est partout la même chanson. Les jeunes gens doivent s'amuser pendant qu'ils le peuvent.

— Ces motifs élevés dont vous parlez, monsieur Lorand, quels sont-ils à vos yeux? demanda Rosette.

— Ce sont ceux qui découlent d'une foi chrétienne vivante, de la connaissance de notre nature déchue et mauvaise , de l'obligation où se trouve tout chrétien sincère de fuir les tentations et d'obéir aux commandements de Dieu.

— Est«ce que vous condamnez torraellement la danse ?

— Non. En soi, la danse n'a rien de condamnable dans la jeunesse ; c'est peut*être même un très bon exercice pour le corps. Ce que je blâme, c'est la manière dont on en use et abuse dans les villages, et ce qui en résulte pour les mœurs. Je suis effrayé de tout ce que j'ai déjà appris à ce sujet depuis mon retour. Si cela continue, nous marchons certainement à un état de corruption effrayante. Je me souviens d'avoir dansé à vingt ans ; mais la salle du bal se fermait à dix heures ; filles et garçons rentraient alors chez eux. Le lendemain, nous allions nous promener dans les villages voisins ; on organisait une petite représentation comique à la rue, et tout se terminait le soir.

— Vous ne blâmeriez donc pas aujourd'hui une fête pareille ?

— Entendons-nous, mademoiselle Rosette : tout dépend de la position spirituelle et morale des individus. Un jeune homme , une jeune personne qui n'ont pas de besoins religieux et ne voient aucun mal aux divertissements en question, peuvent, je le crois , y participer sans scrupule de conscience. Ces amusements ne leur feront aucun bien, c'est évident ; mais il n'est pas probable qu'ils leur soient en piège plus que tout autre récréation , et peut-être moins qu'une causerie dont nul n'aurait l'idée de se scandaliser. Mais si ce jeune homme et cette jeune fille ont compris déjà quelque peu le sérieux de la vie et la puissance du mal sur le cœur naturel , alors , ils sont bien imprudents s'ils

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