DEUX ICI ET DEUX LA
Le dimanche matin, lorsque le bétail' fut soigné, René vint à la cuisine. Sa maîtresse et Rosette avaient déjà pris leur café. Celui du jeune homme était préparé dans un pot qui se tenait chaud sur le foyer. Pour faciliter les choses dans la maison ce jour-là, on ne faisait pas de soupe.
Sur la table, il y avait un petit panier, plein des plus grosses châtaignes ouvertes la veille. Fraîches, la peau brillante comme les cheveux de Rosette, elles étaient remarquablement belles.
— Si vous voulez aller à l'église avec votre oncle, dit la veuve , vous le pouvez très bien ce matin. Portezlui ces châtaignes de ma part.
— Je vous remercie ; elles lui feront plaisir. Rosette va-t-elle aussi au sermon?
— Non. Allez chez votre oncle dès que vous aurez fini votre café, et accompagnez-le à Cressonne. Je trouve, soit dit en passant, que vous avez bien peu de déférence pour ses opinions. Il remplace pourtant votre père; votre simple devoir est de suivre ses conseils.
— Si mon oncle a ses idées , j*ai aussi les miennes.
— Oui, René , vous avez les vôtres , malheureusement.
— Elles sont donc bien mauvaises? il me semble cependant que je remplis mon devoir et que je travaille!
— Oui, vous êtes un bon ouvrier ; mais je ne vous parle pas de travail. Hier au soir, vous avez mécontenté votre oncle, j'en suis sûre.
— Préférez-vous que je sois un hypocrite avec lui? que je fasse le mômierj peut-être ? Ce serait quelque chose de beau. On dirait bien vite que je vise à ses écus. J'entends rester libre.
— Oui , oui , on le sait. Faites seulement un bon usage de votre liberté.
René trouva son oncle se préparant à partir pour le culte.
— Viens-tu avec moi? lui dit Amy. Tu as encore le temps de t'habiller ; je t'appellerai en passant.
— Puisque cela vous fait plaisir, je veux bien.
— Va donc vite. Remercie M™« Pasche de ses belles châtaignes.
Amy Lorand ne tarda pas à se mettre en route avec Charles Maubert. René les attendait devant la maison Pasche.