ACTE PREMIER
grin à la mère. Elle a assez pleuré, la pauvre femme !
ROSE
Jean lui a demandé son consentement à notre mariage, pendant un an. Elle a toujours refusé.
LUCIE
C'était son droit. Une autre peut-être, à votre place, n'aurait point écouté un garçon dans ces conditions-là. Vous, vous l'avez fait. C'était votre droit aussi. Chacun pour soi ! Enfin, c'est passé ! Jean a donc quitté la ferme. Il est devenu un monsieur, au lieu de travailler à la terre, lui qui n'est qu'un paysan comme était son père et comme nous sommes. Il s'est établi avec vous à la ville, il est entré dans un bureau pour écrire des lettres toute la journée. Tout ça, à cause de vous.
ROSE
Je ne comprends pas où vous voulez en venir ?
LUCIE, se levant.
Je veux en venir à vous dire que jamais, entendez-vous? — jamais, maintenant, la mère ne consentira à ce que Jean vous épouse. 11 ne faut point vous faire d'illusion là-dessus.
ROSE
Vous oubliez, ma chère Lucie, qu'à l'éjxiijue où nous avons quitté M au richard, Jean n'avait pas vingt-cinq ans. Aujourd'hui, ilen après de vingt-huit, et il peut, si vous l'y forcez, se passer du consentement de sa mère. Il l'aurait déjà fait sans moi !