‹ Rosine et Rosette: nouvelle en versChapitre 1 sur 2 · A MADAME GEORGE SAND · texte numérisé non relu

A MADAME GEORGE SAND

Vous savez, madame, vous qui Toulez bien m'appeler votre pelil-flls, avec qurl affectueux respect j'ose invoquer ici l'amitié que vous me porlei! depuis mon enfance pont mettre sous voire protection ce petit livre.

Je vous le dédie parce qne votre génie m'est sympathique et parce que votre iionlé m'enhardit el m^attire, en un mot parce que je voua aime. — Comme c'est la

première fois de ma vie que j'écris une dédicace, on m'excusera d'y ayolr mis plus de cœur que d'espril.

Voilà donc pourquoi je tous dédie cette nouyelle, et lion par orgueil; j'en pourrais cepeudant sentir un bien naturel de mettre ces vers à l'abri d'un tel nom et sous -ta sauvegarde d'une amitié qui m'est si cbère.

C'est pourtant un peu par égoisme, c'est-à-dire pour me faire bienvenir de mes lecteurs et de mes lectrices que ]o prends la précaution superQue de me Justifier auprès de tous. En sachant que vous m'aimes, eux qui TOUS aiment tant, ils m'aimeront peut-être un peu aussi et, tous le saTez, la syrapathie est relative : lorsqu'elle s'adresse à vous, c'est de l'admiration; en s'adressant à moi, ce sera de l'indulgence. — J'en ai si grand besoin 1

PROerEB JOURPAH.

Ue cbant élait fort long. Il n'a plus ([D'une page ;

G'esl fail. N'y pensons plus. Hais c'est vraiment dommage.

Maintenant n'allea pas, lecteur, le regretter;

Il parait qu'il était ennuyeux à crier.

On a donc Irès-bien fait de l'ôter; c'est plus sage,

Mais à ce complc-tà, ce n'est pas le premier

Qu'il fallait supprimer, c'étaient les douze ensemble, Car ils se valent tous à peu pris. — 11 me semble Qu'on pourrait comparer ce chapitre défanl, Sbdb trop lui faire tort, à la mort de quelqu'un ; Ceux qui restent, ma foi ! sont bien les plus à plaindre ; C'est d'eux évidemment qu'il tant avoir pitié. Ces pauvres survivanlsl c'est pour eux qu'iifaut craindre. Leur tendrez-vous la main? Leur avenir entier Dépend de vous, madame, et de voire amitié.

Soyez-leur indulgente et dites-vous sans cesse, Quand vous lirez ces vers, enfjints de ma paresse, Que l'auteur est bien Jenne et que, le ciel l'aidant. Il pourra faire mieux quand il sera plus grand.

Tichez d'aller bu bout. ~ Ha frayeur est extrême, Songez doiicl la Jeunesse a besoin duo appui. Soyez le mien... Et si denx vers tous ont aouri, Ne leB oubliez pas; j'ai beiioinque l'on m'aime.

— Je pars, sans bien savoir même où je Tais aller. Ainti ciu'an oisillon trop prompt à s'envoler

Qeî tombe et, sur le sol, i cbaque pas cbancelle, Mon poème embrouillé, Jusqu'à son dernier chant, S'en va tout de travers et ma muse infldële Eii se moquant de moi trébuche i chaque inatanl.

— TOUS qnl me llrezl soyez meilleure qu'elle. .

— Cet eiorde enteodo, je commence r - D'abord

Rosine était comtesse et se respectait forl; De plus, coguelle et veuve à dix-neuf ans. Ensuite, Dire qu'elle était bien, c'est ce que vous pensez; Dire qu'elle était mieux ne serait pas assez. Dd pied... comme la mainl et lamaio si petite Qu'à peine y voyait-on la place d'un baiser; Des yeux biens et toncés, des cils longs à friser, El des cheveuxl,.. sactiez — pour les dire plus vite — Qu'ils n'étaient bruns ni blonds, avec un reflet tel Qu'ù sa vierge Albéen ne en donna Huphaël.

— On dit : de Maison d'Albe et J'écris : Albéenne. Ce mot-là nous manquait; je mérite un fauteuil. —

Sachez donc qu'un printemps', dans sa villa d'Auleuil,

.Noire Comtessina s'en fut porter un deuil

D'une tante éloignée el de noblesse ancienne

Dont vous m'épargnerez de faire l'oraimn.

\ faris, dans le monde oii Itosinc éiait reine.

De leinps ù autre 1 1 ) un deuil est une bonne aubaine ;

Le gris est si divers I et le noir si bon ton !

La pâledr, aux yeux bleus donne un si doux rayon !

Puis, moilié pour poser la femme qui s'ennuie,

Moitié pour le printemps dont il faut profiler,

Parmi ses frais lilas Rose alla transporter

Ses amoureuse, son luxe el sa mélancolie.

(j'est l'heure oii le soleil empourpre l'horizon De ses derniers reflets. — D'un plus tiède rayon, Tendre comme une étreinte et doux comme un sourire, A la terre qu'il quitte il semble vouloir dire Adieu. — Telle en sa chambre, une terame, le soir, Ataiit de se coucher prolonge sa toilette

Et reste à se peigner, nonchalante et coquette, El, le sourire aux dents, s'attarde à son miroir : — Telle, au dëclin du jour, la nature amoureuse Se pare et se fait belle aux rayons du coucbant Et devient tout à coup plus leudre et plus rêveuse. Gomme fait sa maîtresse au départ d'un amant.

Rien ae dort à cette beure; et pourtant c'est à peine Si l'on entend la brise au murmure pensif.

Si l'on distlngU'i au loin le bruit d'une fontaine Qui coule en murmurant sur le marbre massif Ou le chant des oiseaux' regagnant leur couvée. Quel calme I différent de celui de la nuit;

ROSINE ET BOSETTE 11

Quel silence joyeux entremêlé de brulll

H semble, à voir ainsi la campagne noyée

Dans ce deniler baiser d'un Boleil pâlissant,

Que les cieux sont plus doux, que l'ombre est plus amie,

La brise plus riante et plus cbëre la vie

Et que l'amour, Ini-même, en est plus caressaut.

On croirait par moments, quand frémit le feuillage, Voir des ombres passer en se donnant le bras; Évoquer leur fanlùme et deviner l'image D'un monde d'amoureux qu'on ne soupçonnait pas :

— Daniel N'était-ce paaton couple aadonx murmure Qui passait tout à l'heure A trsTers ce massif f N'était-ce pas son vol dont la traînante allun;

Le taisait frissonner avec un bruit plalntil?

— Lovelace sans âme et toi, plie Clarisse, Est-ce vous qui fuyez en frûtant les t)uissons?

Il me semlilail entendre à travers leurs cliansons Monter, comme un écho de ton long sacrifice, Et mourir sur ta lèvre un soupir do regret, Pauvre Qllet Mon cœur le suivait dans la peine Et tandis que ton ombre indécise et sereine M'apparut, j'ai senti que mon âme pleurait.

- Est-ce toi, dis, Manon, immortelle charmeuse T Est-ce la voix Joyeuse el ton rire moqueur î

Oti YSB-lu si légère et si peu soucieuse

De ton indigne amant qui causa ton malbeurï

- Werther! est-ce toi. pauvre âme diîcliiréeï Viens-lu irouverce soir la Cliarlolte adort'e

Au premier rendez-vous que son cœur te donnait. Pour ce inonde — oïl tons vont — et qae nul ne connaît

- Est-ce loi qui gémis, frêle Desdémone,

Dont la plainte se mêle au chant des rameaux verts? Hêlas! ton cœur criait sous le vent des liivers Comme fait, aous l'orage, un saule qui frissonne. Telle une algue battue an caprice des mors...

- C'eal loi, gai Roméo î Cette forme inqDlëte Oui se penche a ion bras, est-ce ta Juliette î

- Est-ce toi, Marion? - Oona Sol, est-ce toi?

- Rosine! - Camargol - Belcolore au cœur froid ! Réponiiez... est-ce tous!... Ou votre chère image N'est-elle que l'effet d'un bizarre mirage ?

Ksi -ce voire fantôme apporté par le Tent,

Ainsi qu'aux nuils d'automne un tas de feuille morte.

Oue la bise disperse et que i'orage emporte.

Suit l'aquilon qui passe et s'arrête en un champ?

qui que vous soyezl visions passagères

Ou fantûmes errant dans le Jour qui pâlit,

Qu'il est doux de râver à tos charmants mystëres

£1 de ftulir en voua noire âme qui fr(.'mil !

Mais c'est bien tous; j'entends votre voix qui soupire.

El TOS soupirs sont doux comme un Bonffle de mai ;

Vous passez en silence et je vous vois sourire

Et mon âme ressent jusqu'à TOlre martyre

Et voltige avec voue dans cet air embaumé.

— Ainsi nuire irae rêve à l'instant solitaire Où le soleil soulève, à son heure dernière, L'ii coin du voile bleu que vient Jeter la nuit CoiAmc un auge rêveur qui laisse, sur la terre. Son manteau scintillant traîner derrière lui...

— naphaËlI ton pinceau l'avait-il devinée

Cette forme au contour si purï Ton esprit l'avait-il entrevue ou rêvée Celte lèle, qui n'est ni brune ni cendrée,

Aux yeux plus profonds que l'azur!

— Lorsque ta Marguerite au seuil de son église,

Faust, apparut à tes jeux, Vis-lu rien de plus beau que cette femme assise ? Uq rayon de soleil dore encor ses cbeveux

Que froisse et caresse la brise.

— Arbres Jf'jà pàlig par l'aulomne au front roux '.

Va^res cienxl pensWes éloitesï Oui passez éluruels, les yeux fliés sur nous,

Aslrt's muels ! TémoiDs pour qui tout esl sans voiles, Avi'z-vousrien vu de si douxf

— Qui donc est celtefemmeï — Eu la voyant asi Immobile, troublée, inquiète, les yeux Vers le soi, on dirait la statue indécise Tl'uue vierge hésitante ou d'un ange amoureux Uui lulte encore avant de renoncer aux cieux. Ce n'est pas la douleur que sa pose rappelle ;

elle n'a pas l'air trisie, elle a l'air inquiel.

— Elle écoute son cœnr, et son cœur est muet.

C'est doDC une ombre encur?— Non, mais qui doue est-elle?

— Celte femme est Rosiue et, sous ce rayon d'or. Dans sa mélancolie, elle est plus belle encor.

Elle est charmante ainsi. Ce cadre de verdure Rehausse encor sa grice et lui sert de parure.

— Mais elle n'est pas seule. — Assis à quelifues pas. Un jeune honunc au Tront triste el beau la considère De son regard proXond. 11 a l'air un peu las;

On devine aisément qu'une pensée amère k àb plisser sa lèvre hautaine; et ses yeux' .

S'altacbenl sbds relâche à celle qu'il supplie,

Comme pour demander on la mort ou la «le

L ce r^ard de femme errant et soucieux.

On sent que ce regard le fascine et l'altlre.

Rosine, cependant, continue à rêver;

Il semble qu'elle ait peur de ce qu'elle va dire...

— Hais lui, d'une voix grave avec nn dons sourire ;

n Quel silence 1 Hosine. et qu'en dois-je augurer ?

•' Ces mots que votre bouche hésite à murmurer

» — Soyez franche— Honf cens que je tremble d'entendre.

" Si je l'ai deviné, pourquoi vous en dùfendre?

" Pourquoi rester muette et me laisser au cœur

" Un doule — plus crjel encor i|ue sa douleur? - " Elsurtout...

— Je sais bien ce que vous m'allez dire, " Slello; mais songez donc : tous me forcez ici " D'accepter un amant ~ ou de perdre un ami...

• Rosine, écoutez-moi. Pour un homme, le pire » Qui lui puisse arriver quand il est amoureux,

" C'est de se Toir bercer de ce mol vague cl creux " Qui, s'il n'est un mensonge, est encor un blasiibèoie.

• — Que me fail l'amllié de la femme que J'aime?

• J'aime I — C'est dire assez qu'il me faut voire corps, " Vos larmes, vos baisers, voire âme toui entière!

- El Yuus allez m'offrir une telle misère?... « Appelez vos laquais pour me Jeter debora.

« Soyes plus cbarilable en étant plus allière,

• Avouez-moi plutôt que Je vous fais horreur

" Et que vous m'exécrez, que mon amour vous blesse... « Hais ne me plongez pas ce poignard dans le coeur ' D'avoir encor pitié de moi dans mou malheur. .

" Vous me comprenez mal et j'ei > Failli pleurer, Siello.

— Maudite ma tendresse " Qui fait naître une larme en un regard si doux ! « ma reine l Oh ! pardon !,..

— Vous passez àrexlrâmc; « Ne Goyei point trop leudre aprôs ce grand courroux.

■ Vous airaé-Je en ami! Je l'ignore md-ménie. > N'ayant jam^s aimû, sals-je si je tous aime?

Non, vous ne m'aimez pas...

~ Je le crois comme tous, i< C'est Trai. — Car je sens bien qu'un jour, s'il se réveille, > Mon cœur, ([u'oD dilabsent— qui, peul-ëtre, sommeille « En alteudant son heure — inondera mes sens Il Comme un torrent sans frein qui reuTerse ou qui brise ; " Ou qu'il m'envahira dans une ardente crise

" Comme un feu souterrain comprimé trop longtemps.

" Certes, l'émotion que voire aveu me cause

« Est bien loin de cela, pour être de l'amour,

•• Mais, ce que tous étiez pour moi jusqu'à ce jour.j

« Je ne m'en rends pas compte et n'en sais aulre chose

" Oue le vague plaisir que j'avais de vous voir.

>' Votre voix m'était douce et j'aimais à I^ntendre ;

•I Je vous aimais enlln, à quoi bon m'en défendre?

•I J'éiais heureuse en vous attendant chaque soir.

- M'étiez-vousunami?...— Vousm'(!tiezplus,peul-étre...

c — El jusqu'ici, Stello, si j'ai, sans le vouloir,

" En vous aimant ainsi fait grandir voire espoir,

" Vous en aitx le droit, vous pouvez méconnallre

" Dn lel nom. — Hais, du moins, laiases-mol regretter " De ne point aTOir su vous le faire accepler... ■•

Ainsi, lorsqu'au ciel bleu les étoiles parurent, Leurs voix s' entremêlaient comme uu faible Tons deax parlaient encore — il faisait déjà nuit — Oubliant le destin devant cette nature, Témoin de leurfrislesse...

... Et quand Stcllo partit, Son Iront cherchait en vain la fraîcheur passagère;

Il marchait an hasard et d'un pas inégal.

One larme insondable errait sur sa paupière; Il emportait au cœur une blessure amère—

- La comtesse en pleura, dit-on, Jusqu'à sod bai.

Oi vous avez coiino lamine laplusllëre, Le bras le plus raillant et le plus noble cœur. Le cœur le plusaimanl qui fût jamais sur terre : Vous counaissez Stello- — Libcrlin et rèreur. Tenace comme un roc el doux comme une fllle, Il avait les défauts d'uobon Qlsde famille

El ce rare bonheur de compter à la fois Les solides vertus des héros d'autrefois.

11 avait de bonne heure appris l'eipérieDce

— Son père. Dieu mercil l'ayant, dès son enfance, laissé maître de lui comme on l'est à vingt ans; -

— Ce qnl fit qu'il connut la vie avant le temps. Avec ses TÎngt-deui ans, il pensait comme à trente Et s'ennuyait de tout sans que rien le tourmente

— Jusqu'à ce que son cœur se fli prendre un beau jour A ce jeu si cruel et si vieux de l'amour. —

An reste, sa fortune égalait sa noblesse.

Rien ne vint donc, durant le cours de sa Jeunesse,

Entraver pa nature ou gânerson instinct;

Il grandit librement, an gré de sod destin.

Ce qu'il était resté Dien l'avail voulu faire. Tel il était sorti du ventre de sa mère.

Tel nous le retroHvona au Jour de ce récit.

— Bt ce rpi'il-en advint depuis lors, le voici :

Avec de pareils dons que lui (Il la nature.

Je TOUS laisse à penser — sans compter sa-figure -

Si Stello dans le monde eut bienlOt des amis.

Heureusement pour lui, la chose la plus sûre,

Il savait qa"ici-bas, c'est lo pouvoir acquis

Sur soi-même — et depuis qu'il marchait dans la vit

11 avait assez vu comme le monde oublie

l'our s'en faire une rùgte — et (aisait peu de cas De loul ce qui n'était ni son cœur, n( son bras.

PuurlanI, depuis trois mois (ju'il connaissait nos^Ine.

Ceux qui voyaient Stelto le Irouvaient bien changé.

Il avait doucement senti dans sa poilrJ ne

Grandir un sentiment qui l'avait domini^.

Ce n'était plus alors cet enfant débauché

Que les tous de son bord se vantaient de connaître ;

Ce n'élail pas non plus — tant l'amour nous pénétré! -

Le Slello d'autrefois incrédule et iassé.

Tout le monde savait qu'il aimait la comtesse.

Aussi bien savail-on à cette enchanteresse

Sous sa gorge de marbre un ciriii- non moins marbré. Ses amis — les meilleurs —Ven avaient détourné; Mais, soit que ce grand coeur eùl trouvé sa faiblesse,

Soit qu'il y vit du sort un ordre impérieux.

« Il garda sa chimère et ne l'aima que mieux.

— C'est une chose étrange et bien inexplicable Que ce bizarre aimant qui, d'un être vivant, Fait l'ombre d'une femme et, comme dans la fable, Attèle au même Joug un couple difFërenl.

Quel mystère inouï, quel Bort inexorable

Jette au hasard deus cœura dans un même courant ?

Qui donc l'esprit boiteux qui fait ces inJusUcesT

Est-ce nn mauvais génie, am) des maléfices,

S'acharnant à ce jeu de mortelles douleurs ?

Si le Dieu, qui, du moins, préside à ces caprices,

Daignait, dans ses cruels et lâcbes sacrifices.

Me se faire immoler C[ue de Tulgalres coeurs t...

Encor si sa fatale et maudite puissance,

Sans chercher ici-bas les fronts qu'elle a marqués.

Se contentait de prendre avec indifférence,

Aussi bien ceux qui n'ont noblesse de naissance

Ni noblesse de cœur, pour ses featins blasés !... Hais non .. Il semble mâme, A migëre inouïe ! Que les iirédesUnés à cette mort sans fin Porientnne auréole et que, dans celte vie, Ud ange les reprend quand la mort les oublie

— Envoyé de maUieur 1 — C'est l'étemel destin, Hélas! — Le feu du ciel, né des fureurs sublimes, N'a menacé Jamais que les plus hautes cimes; Plus l'arbre est élevé, plus il craint i'aquflon...

— La douleur csl sur terre et choisit ses viclimes Parmi ceux dont le sceau du sOnic est au front.

— 11b avaient donc raison, tous, avec leur morale... El noire fler Steilo, malgré son beau front pâle,

Sa beUe âme et Bon nom, parlait, le cœur brisé... On prétend qu'il avait Juré d'être vengé.

— Qnui qn'il en soit, dens jours après cette soirée Qui décida son sort — la dernière pour lui —

De laquelle il sorlil l'âme désespérée,

Seul désormais — errant au hasard dans la nuit —

Steilo quiliait Paris...

(Jui sait ce que peut faire De ravages Bans borne el de tacbes sans nom, Dans un cœur lierge eucor, plein d'un amour profond, Le Eouvenir mortel d'une horrible misère 1 Qui sait dans quelle nuit, dans quel abîme obscur Va Ee perdre à Jamais une âme désolée !

48 Il081^E ET B09BTTE

Qui sait quel lupanar — qui sail quel anlrc impur Alleud le désespoir au sortir d'une allée Pour lui Rouiner au corps une vengeance usée ? Qui connaîtra jamais de quel rude sillon Se creuse un cœur atteint d'une (elle lorlure Et quel veuin terribie eu grelîe la morsure Sur le cœur le plus noble ou le plus noble fronl ? Oui connallra Jamais — quand l'amour le renie — Où va le malhenreux, en se frappaut le cœur, Prostituer l'amour dont il faisait sa vie El, blaspbémant son Dieu, son âme et son génie, - Rire lugubrement de sa propre douleur?

- L'amour, le graad amour esl ce baume suprCme Qu'à ses derniers soupirs on verse au moribond : Il vamorrtre en plein cœur celle chair déjà blénio, L'homme peut nallre encor de sa aoulTrauce même. . Mais s'il succoinlie, alors le baume le corrompl.

La luue était limpide. Alger, la blanche Tille, Depuis longlemps diijà ilormait profondéraenl ; El depuis la Casbah jusqu'à la mer tranquille On n'eût pas entendu le mulel d'un Kabyle, Si TU glisser aux murs le manteau d'un amanf

La nuit spLendide et calme étalait ses étoilee

Sur sa coupe d'asur ; on eût dit qn'au ciel bleu,

Far ces milUerade trous daus les plis de ces voiles,

La terre eût entrevu les domaines de Dieu.

La rue était sans bruit. La plage solitaire,

Sons l'écume d'argent que fait la vague amëre.

Berçait dans les échos son chant Irisie et rêveur.

Pas un oiseau de nuit sur le rivage en pleur.

Nulle voix n'animait la muette mosquée.

Pas même un frûlement de mauresque masquée

Gagnant quelque ruelle étroite el désertée:

Le port semblait une ombre et la ville un tombeau.

— Cependant, à travers le murmure de l'eau Se mêlait par moments, pour l'oreille attenlire, Un plus étrange accent que la brise plaintive Oui, sur ces bords^ le Boir, incline l'oranger ; Plus sourd que le fracas des lames sur la grëve Et pareJl à ces cris que l'on n'entend qu'en rêve Dans les folles terreurs d'un sommeil mensoni^r.

On élit dit comme un chœur de voix incohérentes, Gomme un lointain concert de plaintes discordantes Où des éclats de rire étouffoienl des sanglots ; Dont le rent emportait les noies turbulentes

Et i|u'uD écbo mouraat apportait par lambeaux. — Parfois tout se taisait. — D'une voix plus égaie, Qu'oD entendait à peine, uae femme chantail Quelque libre refrain que la bande écoutait. — l'uis le chœur reprenait sa folle baccbanale ' Comme fait, dans la iiuil, une troupe infernale Qui lantùt meurt dans l'ombre et qui tantôt renaît.

— Six mois sont écoulés... Du passé, plus de trace Qu'un chant mystérieux dans les échos plaintifs... C'est une nuit d'orgie à se \oiler la face ; Le Yin répand l'ivresse el les amours lascifs...

STBLLO

' .... Qui parle du passé!... Lapoaledu trappiste

- Qui vient gtimir ipi... — Georgettc, mon clier cœur,

" Tu me laisses mourir, de soif... Slaudit chanlour !

H C'est à lai qu'est la faute avec sa chanson triste

" Conuiieun souper sans Femme... Au diable l'aubergiste!

" Heureux celui qui dort quand ilesl gris I — D'honneur,

D Quiconque alevin triste est unméclianl buveur...

« Hors d'ici les regrets et la mélancolie I

" Je veux boire ce soir â tout ce qui s'oublie,

« AuK filles — au bon vin— à rLomme — au monde entier I

» k la littérature t... A la gendarmerie \...

" —Boirons-nous à l'amour?... Mais l'amour fait pitié ;

B On abuse du mot — c'est une maladie.. .

• A la santé de ceux qui croyaient à l'amonr 1...

■> Par Bacchus iTre-mortl c'est une psuTre espèce - • Que ces malbenreux-là qui s'en ront nuit et jour e Dans le creux des écboa déclamant leur tristesse.. ■■ — L'amour, m£me au théâtre, est un moyen usé... " D'abord c'csl mélodrame,..

GEORGBTIE {^

- A loi, mon adoré...

- - Ma belle, cela vaut un baiser... — Que je meure

- Si je n'ai pas vidé dix flacons tout à l'Iienrel...

" Veulre et boyaux! Jamais je n'eus tant de gatté...

- 'es murs sont à l'envers... ha ! ha I la belle danse I ' VonB avez tous la tête en bas... les pieds en l'air... ■ Morbleu ! c'est ^vident, je sais ce que j'avance;

• Le premier qui dira que je n'y vois pas clair... « Dieu! quej'alsoin... Messieurs, je bois à l'hyménée !

« Je deviens vertueux quand il est si matin.

« ...Ma, corpo di Jlaechol mon y erre est encor plein?.., iniMi(|

X A boire I... j'ai dans l'âme nne joie insensée...

" Décidément, l'homme est ut» piteuï mannequin...

" Que je voudrais avoir le ventre de Silène I

« Je boirais un tonneau, ce soir, tout d'uue lialeliie. —

" Georgette... je suis gris, mon cœur, en vérité!...

•I Ali diable les soupirs I.., — Vive la volupté !

« Du vin 1 je mqnrs de soif- . — Allons, la courtisaDe,

« Cbanle-Dous le refrain d'une chansqn pro&oe ;

" Chante nos vins de France et nos amours perdus 1...

<• Les seins nus, etdeboull seule, au milieu du groupe!

' Silence I La bacchante a tordu ses bras nus ;' « Sa lèvre brille cncor des rubis de la coupe.

CHANSON DE GEORGETTB

ce Vivent le vin! les nuila d'Ivresse!

Vivent la table el la beauté!

Vrai Die 11 I la vie enchanteresse C'est le plaisir el la paresse!

Hien n'est vrai, hors In volupté I

" Vive l'amour des courlisanesl L'amour qui s'obtient sans elTort.

Vivent les feux de ces sultanes,

les busers sur les ollomaDes Quand le y'm ruisselle avec l'or!

" Jfalhear aux femmes de ce monde I Honte à ces bégueules sans cœur 1 Lûiir métier do vertu protonde Est encor cent fois plus immonde Que notre métier d'impudeur.

» A no''s leurs maris et leurs frères!

Nous autres, les fllles sans nom.

Nos calèches sont plus légères;

Et leurs Dis boîTent dans nos verres Pour nous Tenger de leur afltvnt.

• Vive ta clarlé des bougies!

Vivent ta débauche el le bruit 1 Comme les lèvrus sont rougies !

Les yeux pâlis par les orgies Ne brillent plus qu'après miimil...

« D'ailleurs, nous sommes les plus beUes, Ël, parloul, c'est nous qui trdnons; C'est pour nous qu'ils sont infidèles,

Mais ils Qe valent pas mieux qu'elles Ces beaux Sis que nous ruinons.

« Oui, voire aottise est élrauge, Car vous nous faites les yeux doux Et nous méprisez en échange ; Uais vous nous traînez dans la fange Sans pouvoir tous passer de nous.

« A noua vos Jeunesses rendues, Vos bijoux, vos chevaux de prixl Vos amours, vos santés perducf.

A nous, ànouB, flUee vendues!

Pour nous venger de vos mépris...

« Vive l'atmosphère étouffente Qui se rëpand dans un festin I Puisque c'est le vin que je chante ; Plasla chaleur est accablante, Meilleur encore en est le vin t

B Vivent le vin! les nuits d'ivresse!

Vive la table et labeautél tiDieDi la vie enchanteresse

C'est le pUisiret la paresse!

Kien n'est Trai, hors la TOluplé!

— Ta chaneoD a menti, Georgette.

C'est inunoratl...

GEOBGETTB

Dieu! qu'il est bêle!

iUex au diable I...

Au diable! bon, J'y suis. Le trajet n'est pas lODg.

Viie DieulL'enlerest en fête...

— Ha foi! le Bourgogne a du bon, Ma voisine dort comme nn plomb; Tout ce vin me porte à la télé...

Vive le Diable et le Hâcon 1...

— Vive Georgeltel... — Et sa chanson! .

— Geoj^elte alndemanvais livres :

L'auteur!...

- C'est moi... tous êtes iyreB..,

" Uurrab ! — hé 1 — holà 1 — ho I — bravo !

•< — Silence I. .. .en Iriompbe Slellol « — Il faut le coucher sur la tahle...

" Parle donc!... as-ln soilt... Quediablel .1 11 ne Tait pas un mouTcment...

« Salut t c'est le ro) de la télé I

• Monle à cAlé du roi, Georgette, » Et Tersesboireàtonsmant.., •

Telle dans la campagne, à celle beure attardée, L'orgie osait troubler le silence des boia.

La maison d'où partaient ces cris et cette toIk Etait celle ou SIello, cette même soirée, Sur la On d'un souper sR trouvait ivrii-mort. — Ainsi que l'avait dit an ami charitable.

Sans qu'il pftl dire un mol, ni faire un seul effort. On l'avait de son long Étendu sur la table

Et le seigneur des lieux IrÔDait sans soorclUef ,

Les pieds dans les débris d'nn salmis âe fttissue

Tandis qu'un jambon d'York lui serrait d'oreiller.

Auprës de lui, debout, la belle ci^urtisane

— Georgette — la baccbante au Iront ëchevelé,

La lèvre eu feu, les yeui brillants de volupté,

Li^Bsaut voir son beau sein qui s'abaisse et qui moule.

Ivre de bniit, de vin, de plaisir et de bonté,

Achevant le refrain qu'elle avait commencé.

Lui versait de son haut un Dacon sur la tête.

Cependant qu'autonr d'eux le reste de la fête.

Sans cesse redoublant son tapage ef^ëné,

Avec des cris de Joie, su comble de l'ivresse,

Dansait — criait — hurlait — et dans sod allégresse, frH de tomber aussi, aerablail plus acharné...

Slello, lui, l'œil éteint, le visage livide.

Ses clieveus inondés et collés par le viti,

Son beau col débraillé dans sa chemise hiiniide,

Plus pâle que Jamais sous la clarté morbide

Des Instres que déjà pâlissait le malin.

Laissait pendre ses bras comme une masse inerte...

Ah 1 si Rosine alors, par une porte ouverte, Avait pu contempler ce spectacle navranl 1 Devant cette misère et cet abaissement.

Devant ce regard morne el celle Indifférence; En songeant qu'elle avait il'niie vaioe espérance Bercé ce cœur qu'ensuite elle avait décbîré; Sn Eonseant qu'elle seule avait désespéré Celui qui cherchait là l'oubli de sa souffrance Et qu'à peioe, aujourd'hui, son œil reconnaîtrait ; En retrouvant ainsi cette ricbc nalnre Où la pflic débauche imprimait sa souillure ; — Aurait-elle pleuré de ce quelle avait rafi?...

JJepois tanlAI six mois qu'il menait celte vie.

Cherchant en tsid l'oubh qa'U ne pouvait trouver,

Après avoir couru, par toute l'Italie,

Snivi du Iraia royal d'un prince qui s'ennuie.

Un soir notre héros débarqua dans Alger.

Sou luxe pouvait seul égaler sa folie

Et, pour le coup, SIcUu se ruinait bel et bien.

Les faciles amis qu'il traînait à sa suite Prévoyaient, sans aller ni plus loin, ni plua vite, Que leur liôle, en deus ans, mangerait tout son bien. Lul-mâme il le savait et glissait de plus belle Sur la pente où le désespoir l'avail conduil. 11 disait seulement — sa ruine vlnl-elle — Qu'il partirait avant qu'on n'en siil lanourelle Et, dès lors, qu'où n'entendrait plus parler de lui. Pour le moment Stello, sans souci de la vie.

Menait un train de prince en son château i'Hydra. C'est là que nous l'avons, par une nuit d'orgie, Retronvé, s'aftolanl eu noble compagnie, Fort épris de (ieorgetle et gris comme uu soldat...

— dédale du cœur, labyrinthe plein d'ombrel

Mystère de l'amour — ô palais I — 6 déeombrel

Qui de oous a jamais soudé ta profondeur?

Ceux qui l'ont voulu faire en sont morts de douleur

Sans avoir vu la an de tes détours sans nombre.

Si basse est donc ta voùle et ton chemin si sombre?

Que, parmi tant de fronts que ton air a flëlris,

Les plus hautains soient ceux qui sont Icsplus meurtris.-

Est-il vrai qu'ici-has il n'est de grands poules

Que ceux qui n'ont chante dans leur divin con<iert

Et pleuré dans le vent de leurs nuits Inquiètes

Que leurs sanglots riïels et que leurs propres fêles.

Et que l'on n'est si grand que pour avoir souffert?

— Se peut-il donc, mou Dieu, que l'amour 3'une femme

— Une misère — un rien — un caprice écouté Jette, ainsi qu'une tête au tranchant d'une lame. Notre cœur dans la boue et qu'il creuse en notre âme Une plaie où se va perdant l'étemltér...

Ce pftle libertin, ce masque â t'œil slupide Qui regarde sans voir, ce fantAme livide.

Ce cadavre vivant — le reconiiaissea-vousî

— Cène peut-être loi... C'est un autre... 11 se lève: Non, ce n'est point Stello qui gisait là-dessous... C'est une ombre sans os, comme ou en voit en Mve.

Mieux vaudrait, si c'egl lui, l'avoir percé il'un giaive Et Jeté ses lambeaux aux fanges des ùgoùtsi... Circé se vanterai de sa mélamorphoge !

Ce ne peut être lui. — C'est une liorrlhle chose, Cependanl, que de voir un aussi jeune front Pâle et déjà courbé sous ce) immonde affront.

— C'était pourtant bien lui, cet enfant qui, la Teille, Capable de tout bien comme de tout honneur.

Osait parler d'amour et croyait au twnheur.

— Telle on voit, dans li^s clianips, une féconde treille S'embellir appuyée au Danc d'un chêne allier :

Hais UD jour, l'arbre tombe el la vigne, en EouffraDce, Ployaul sous le lïirdeaude sa propre abundance, Se mêle dans la boue aux pierres du seutier.

— Tanl qu'il avait gardé i|uelque lïkible espérance D'être aimé de Rosine, il sentait cet amour

Vivre dans sa poitrine et giandir en son âme Et, comme un acier pur s'endurcit à la flamme, Sa nature, en aimant, s'élevait chaque Jour,

— Hais, une fois ce charme arraché de sa vie, Une fois qu'il eût vu la dernière lueur

Qui lui monirâl le ciel, s'éteindre dans son cœur. Alors il lui sembla, dans sa flerté meurtrie, (Jue ce monde, après tout, n'est qu'une comédie

Infâme cl désolante, el que c'est un malbeur

Pour toul liomine, ici-|jas, d'être un homme U'Iionnciir.

... Lors, mesuranl l'abîme, Il comprit sa délrciist' ;

U son cœur retomba d'autani plus désolii

Oti' il s'était élcvé'plits haut dans sa tendresse

Pour snlrre en souriant son fantûme envolé.

- C'est ainsi qne l'on voit, dans le soir étoile, tin nuage qni passe emprunter un visage Dont notre œil se complaît à suivre le mirage; El qu'enfin, quand la brise en disperse l'image, Réveillé tout à coup de ce rêve enchanté.

Notre ccwir se débat dans la réalité...

— Grandi par son amour, c'est par lui qu'il s'abaisse !

Plus Taillant (ut Stello, plus morne est sa &iblesse ! Tout ce qui l'eftt tait grand bc tourne contre lui. Et c'est son propre cœur qui le tue anjourd'bui.

C'était bien lui. - Soncaur tressaillait en lui-même.

En raiD il refoulait par un effort suprême

Ses larmes et ses cris dans sa poitrine en pleur ;

En vain il affectait une froide ironie;

Eu vain dans la débauche il consumait sa rie;

En vain, pour le tuer, il reniait son cœur :

Son cœur n'était pas mort. — Grandi par sa souUi'aiice,

l'endant les nuits d'ivresse et de pâles excès,

Sous son masque de marbre il pieuri|it en silence...

Hais, silôt qu'il sortait de son sommeil épais Stello sentait cd lui sa terrible morsure Et, plus vlrace encore aprËs sa flétrissure, De son ancien amour l'éternelle torture Se rérelllait alors, plus rude que jamais...

... Quelquefois, cependmit, sa puissante nature Reprend! le dessus. H redeienalt lui.

Alors il se disait qu'ici bas, rien ne dure Kt, se trouvant plus calme, il croyait à l'oubli. — Ces jours-là, fatigué de sa dernière orgie. Las de son monde el tas de sa banale vie, Pour errer librement et rêver sans témoin

84 Hoal^B et rosette

Il partait à cheral et s'en allait au loin, Marcliant à l'aventure — et laissant sa pensiie Lui retracer tout bas sajcunesse eBacée, ' GoDduil par son murmure et bercé par son ctiant... — Souvenirs qui vivez dans notre àmv endormie, Cliarme mysiéricuï ! votre mdancolic, DoTi vient-elle? Et que veiil son murmure enivrant?.

— Par un de ces jours-là, seul, coiuino à i'oriJinair Slello longeait la mer et se laissait aller A ce calme complet où la nature entière, Sous ces ardents climats, semble se dévoiler.

C'était en pleine automne. — On eût dit que la terre

Eût caché, ce jour-là, le soleil dans sou flanc.

Tant le sol Était tiède el le Jour caressant !

— H s"enivrail. — Pour lui, c'élail un nouveau monde

Que ses yeux saluaient pour ta première fois.

Tout s'élail effacO ; ses rêves d'autrefois,

Sa fièvre, ses saiiglols, sa misère profonde...

Tout ! jusqu'à Bon amour, jusqu'à l'ivresse immonde,

Jusqu'à son nom — jusqu'à ses yeux — jusqu'à sa voix...

Son cœur était viranll - H soulail sa jeunesse

Se soulever en iui sous le souffle divin

Oui passait dans son àme et, comme une ombre épaisse,

Les cendres du passe s'enïoler de son sein.

... Un qu art-d'heure plus lard il élait altablé — H6UI de la Panthère — aspiranl l'air salé Que rralchissait le soir et qu'exhalait la bei^

... — Eu face, à la fenêtre, nueenrant de seize ans Le reprdait dîner. Elle était blonde el blanche : Blonde — Cflmme Rosine — ayant ses traits charmants. Appuyant sur sa main sa tële qui se penche Et laissant son travail pendre sur ses genoux, . Hëvense dans sa. pose et comme suJ)}aguée, Elle considérait Slello d'un Œil si doux Qu'il n'est douceur au monde ù s'en [aire une idée.

- Raphaël l'eùl coDçue el Greuïe l'a rèvéei - Quel mystère insondable elle avait dans les yeux! Dans le pays, chacun se la rappelle encore,

Moins doux que ses regards sont les feux de l'aurore; Moins profonde est la mer et moins purs sont leB cieui.

- ProTidence ou hasard - quel destin, ' sur ces plages, Réservait cette perle au souffle des orages? —

Au village on disait qu'elle riait toujours

Et qu'un ange Ijabilait son âme. — De nos jours

Il faut aller si loin trouver telle someite 1 -

Quoi qu'il en soit, un ange a de moins purs contours.

Ou nom comme des traits, ressemblaucecomplète :

Elle se nommait Rose — on l'appelait Rosette.

— QuaDd la fatalité nous trace le chemîa, Insensé qui s'agite et croit fuir son destin.

— Rose le conteraptail toajours, tendre et plus belle. Pourquoi ce long regard attaché snr le sieaT Pourquoi cette rougeur sur ce front de pucelle ? Pourquoi ce flot d'amour qui bouillouuail en elle Alors que cette enfant même n'en savait rien T

— Oui l'approfondira, cet éternel myslëre ?

Chaîne d'auneani perdus qu'on retrouve plus tard Péle-mèle enlacés, renoués au hasard

Pour se briser encore... - Et quelle chalue amère, Uui Lrise, ea se rompant, les cwurs qu'elle resserre!.

Le fait est que Slello pâlit hatribleineiil

Lorsqu'en levant les yeux il vil ce front cbarmaut,

- Se croyant le jouet de quelque mauvais ange. —

Leurs yuux s'étaient croisés d'un si rapide échange

Que son verre faillit échapper de sa maiu...

Mais lui — se reprenant — d'un mouyeraent soudain,

Il le vida d'un trait avec un rire étrange.

- Tous deux s'étaient aimés quand revint le maUn.

Lfù sont-Ils î... — LeMéandre est parti pour la France...

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