I.e flot, de son sillage, a gardé la nnancc
Dont la nacre s'eft^ce. On peut encor le voir
Au tournant des rocbers... « Adieu climats étranges
n Oii J'ai sonffert!,.. Adieu golfe aux mourantes franges
« Que l'aube diamanle el qu'ardente le soir!
" Je ne vous verrai plus, beaux lieux de ma souffrance,
» Bords témoins de ma honte et de mon désespoir... ■
... 11 glisse, il fuit toujours. L'onde qui le balance
N'a {amais au soleil étalé plus d'azur.
Adieu 1 Slello — Rosette — Espérance I Espérance 1
Enfants Ha vie est longue et l'Iiorizon ai pur...
— L'horizon peut trahir et la mort nous surprendre, —
Sur la proue appuyés, seuls et silencieux, Dcnx jeunes gens sondaient celle mer et ces deux Qu'ils quittaient pour jamais — ne ponrant se défendre D'une tristesse oparse à travers leur honhenr.
— Les passagers ïoyant denx âmes tant ifniee.
Se racontaient toul baa qu'après mille folles
De débauche el de luie. H s'était pria de cceur
Pour elle qu'il avait enlevée el ravie,
Et qu'il s'en revenait avec elle à Taris
Pour fuir les lieux témoins de son ancienne vie,
De ses Jours sans ardeur plus pâles que ses nuits...
"ai quels dËtoors secrets le basard qui nous mène Ne penl-il sons conduire à son but ignoré?
Par quel fatal pouvoir l'bomme est-il coadamué A Buirre malgré lui le destin qui l'enlratneî Tel recherche la mort qui ne la trouve pas.
Tel autre la redoute et s'attache à la vie
Qui, laissant à moKiô ga tâche inaccomplie, Hein (l'es|iolr et d'amour, vole vers le Irépas,
— Spectre aveugle, 6 Destin I ee monde est ton esclaio. Insensé qui te fuit! Malheur à qui te bravel
vieillard enlËté qui nous liens dans ta main,
Quel grief as-tu doue contre le geure bumain
Pour que le Tout-Puissanl — protégeant ta vengeance -
Ait'purabandoaDeràta Uclie puissance V...
Mnsci prends le deuill pars el retiens tes cliants Loin de ces souvenirs que ma plume soulève.
Mon âme se reporte à de cruels instants.
— Triste récit' — Pourquoi faut-il qne Je t'achève?
Pour mes Tera désormais il u'est plus de printcmiis; Ni les parfums du soir, ai les bruits de la grève Ne se mëleronl plus à mes tristes acceuts...
— JeuaeB, libres tous deux, souriant à la vie, Boselte et son amant s'aimaient à la folie.
El lenaieni leurs amours pour uniques soucis, Sinquiëtant Tort pea du reste; et l'habitude Qu'avait prise Stello, dès qu'il tut à Paris, l)e u'ameoer citez lui pas un de ses amis Fit que rien ne troublait leur obère solitude. Ils vivaient donc heureux aulanl qu'il est permis.
Mais comliiea ce boaheur fjt de courte durée !
Comme ils étaient corn plés ces beaux jours ! — Destinée!
Uestinée impassible! ûbl sombre lendemain
Que suspendait sur eui ton immuable maia '.
N'as-tu donc dans le cceur de pitié ni de honte
Qui le puisse émouvoir! Et n'est-il ici-bas
Nul qui puisse espérer en le tendant les bras
Que sa prière, au moins, te peut rendre moins prompte?.. -
— Malgré qa'll l'eût voulu, Stellone pouvait pas Fuir le monde — et partant, y faisait bonne mine. Engagé qu'il était par sou ancien éclat. —
Le bruit de son retour fiii, comme on l'imagine,
Un grand éfénement dont tout Paris parlu.
On médit bien un peu — mon lecteur le devine —
Cependant lont était pour le mieux jusque-là.
U^s bêlas! quel bonheur jamais ne s'envola?, ..
— Insensés qu'ils étaient I — Ui I frémissez, madame t
Frémissez, car ce conte, ici, se change en drame.
Ha plume, en ce moment, liésite à retracer
Le simple et froid récit d'aussi pénibles cbo^ies...
Hélasl 6 ma lectrice, ôlez vos babits roses!
ma lectrice, bêlas I vos beaux yeux vont plcurerl...
-- Les amis de Stello, qui voyaient la comtesse.
N'aTaienl gardtt — on s'en doute bien — de lui cacher
Ni comment il viTSil, ni combien sa maîtresse
Lni resBemblait. C'était, dit-on, à s'7 tromper
Jusques à les confondre et dire : les deux Boset.
A force d'en parier on fit tant et si bien
Que le hasard, habile en ces sortes de choses.
Les Bt se rencontrer au Théâtre Italien.
Sphyux ! entre les spbynx. im^iosslble à comprendre! En retromant celui qu'elle avait dùsoté.
Assis en face d'elle auprès d'une anlre femme, En le voyant heureuï, et ie sachant aimé, Rosine, dans son cœur, sentit comme une lame
Dont le coatacl morlel, en parcourant son Ame, Lui fit comprendre alors que lui s'élait venpi. — El celle dont la bouclie avait été muette, Celle qui, froidement, avait brisé ce cœur Et s'était fait fait un Jeu d'une atroce douleur. Ressentit à son tonr cette flëvre inquiète Dont H avait souffert — et se prit à l'aimer.
Kloe faire au hal masiiué sinon que d'y flâner, Quand on esl amoureux el qu'on sait que sa mie Ne s'y doit point trouTer ? — Lecteur, je vous supplie, Lorsqu'on la sait chcs elle et qu'on y duit aller, (Jue faire en attendant sinon que d'y llâncrï
"' BOSISE ET HOSETTE
SIello pensait ainsi. - Ri^yanl à sa maîtresse El conlraiiu d'être au bal, il flânait de son mieux. Par-ci par-là mettant un nom sur une tresse El s'amusait de voir passer devant ses yeux lie corlùse dansant et d'écouter sans cesse Le f!&\ bourdonnement de cet essaim joyeux.
Il reslait donc perdu dans celle rÈverie IKi ce flot pailleté de rire et de folie, De soie et de velours l'enfonçait pas à pas; Suivant ce rêve ami sans en clierclier la cause. Lorsqu'il en tut tiré par un domino rose Qui, prononçant son nom et lui prenant le bras. L'entraîna dans le bal en lui parlant tout bas...
j.l:™b,G0'0gIC
A l'azur de ses yeux pleiEs d'ombre et de leiidresae
Stello croyait avoir reconnu sa maltresse.
Il était bieu un peu surpris de la voir là,
A cette heure, tandis qu'il la croyait ctiez elle;
Peut-être aussi... vexd qu'on le cri'it infidèle;
Mais quel mal un amant peut-il voira cela?
Il est vrai que llosette était peu coutnmiére
Du lait; mais une nuit, mauvaise con^jcillère,
Avai! pu lui souffler au cceur quelque soupçon.
— Donc, à n'en pas douter, c'était elle. — La chose,
Au reste, était d'autant plus probable que Rose
Connaissait quebiuc peu le maître de maison
 propoâ de cela, madame, il faut vous dire — Ce qui fût fait déjà, si je Bavais écrire — Iju'entre ces dem beautés, dont il est tant question, La seule différence apparente et tranchée Était un signe noir gros comme nn grain de plomb Dont Rosette portail la main gauche marquée. —
Or donc, il arriva ce que vous prévoyez :
Qu'un gant trompa Stello; qu'à force de tendresse.
De ruse féminine et de regards noyés,
De désir et d'amour, cette autre enchanteresse
Eut raison du jeune homme... et qu'il était trop tard,
Eu un mol, quand SIello reconnut la comtesse...
— En Tain eùt-il voulu maudire le hasard; Sa bouche ne pouvait mentir à sa pensée ; Toul son amour passé lui reQuait au cœur.
Envahissant soudain sa poilrine opreseée Sans qu'il en pût maudire ou dominer l'ardeur.
— chaste amantel et toi, pauvre Rose endormie, Hélas I dans cet instant où se jouait ta vie, Pendant que ton SIello mourait entre des bras Qui n'étaient pas les tiens, tu nef éveillas peal...
V oilà notre amoureux avecque deux malIresHeg Pareilles en tous points; avec sutaiit d'amour LeB aimant toutes deux et croyant sans détour ftester loyal tout en partageant ses caresses. Vainement cberchait-11 i se persuader Qu'Une devEûl point vivre en cette double ivresse; Lui-même il condamnait sa coupable (aiblesse
Et ne pouvait pourlaol se résoudre à quitter L'une ou l'autre des deux et, rien que d'y songer, Il élatl pris soudain d'une telle tristesse Qu'il se sentait pâlir et le cœur lui manquer. Aux genoux de Rosine il se jurait dans l'âme Que son cœur, malgré lui, n'aimait que celle femme £1 faisait le serment — pauvres sermenis d'amours '. — De ne plus voir jamais Kosetle de ses jours... Mais quand, la nuit Teuue, il revoyait Rosette, Honteux et repentant, il s'avouait tout bas Qu'elle seule régnait sur son âme inquiète Et, sincère toujours, lui Jurait sur sa tête Qu'il n'avait de sa vie, aimé que dans ses bras.
Quoi qu'il en soil, floUaat de l'une à l'autre amie. Noire aiaoureux meDait une assez douce vie Et se Irouïail si bien dans ce tendre embarras Que, soit pour conserver sa chère inquiélude . Soit par oubli, faiblesse ou par incertitude, Soil pour toute autre chose, i! ne s'en sortait pas.
IJu'a-l-elle duuc, Ruselte? — Une vaguo Irislesi^e Comme an pressentimeDl à travers son bonlieur, Vient noyer son regard et donne à sa tendresse Ju ne sais quel accent de furtive langueur.
— Tu souffres... Par momenis ta voix entrecoupée Trahit le baltcmenl de ton cœur inquiet.
Ton Tronl moite esl brùlaDt — et ton sommeil distrait Soulève à chai|ue înslaDl ta poitrine oppressée. Pourquoi féyeilles-tu soudain, les yeui en pleurs? Qu'as-tn donc à pleurer? Pourquoi ton beau sourire Est-il d'une tristesse impossible à décrire ? Quel est-il donc, enfant, ce mal dont tu te meurs ?
— Il l'aime, lui, pourtant ; et ton Ame est ravie Au seul brait de ses pas. Son amour est ta vie; H t'a dit ce matin qu'il ne Tit que pour toi....
-Déjà dans ton amour as-tu perdn ta foi?...
— Pleure donc, pauvre allé, et soulage ton fimel Laisse-la déborder, cette amère douleur
Si içrende qu'elle n'a d'égal que ton malheur!
Elle te vient du jour obta vis celte femmâ.
Celle comleasc, il l'aime — el ton cœur te l'a dit; lit tes yeux ont compris, ù son mortel silence, Le secret de Ba vie; et cette ressemblance T'a fait connallre aussi le mal qui te poursuit...
... Mais Rosine, elle aussi, souffrait d'un mal étrange
Kt, malgré ses serments, en femme qu'elle était.
Devinait par instinct que SIelio la (rompait.
Elle eût voulu pouvoir, en se donnant le change,
Calmer sa jalousie et croire en son amant;
Mais lorsque -ce serpent, s'enroulant dans notre Ame,
Nous laisse au cœur son dard aigu comme une lame :
Rien n'eu peut arracher l'aignUlon déchirant.
— On soir elle iusista poQr qu'il vint avec elle Entendre, aux Italieru, le Don Jvan de ïozarl.
Le jeune homme accepta, souriant dn hasard, En comparant la pièce à la scène réelle Ou'il Jouait cliatiue jour, et ne soupronnait pas Que son festin de Pierre, à lui, tfil aussi proche, Et qu'il courait, riant de sa propre débauche, Vers un sort plus aflteux que son propre trépas...
Un frAiement pareil à celui de la moire
Fit refounier Siello vers la lofe à rftlé.
— Cn sanfcliK en sortit alors, faible, (iloufTé,
Qui le fit tressaillir des pieils jusqu'à la tête...
il ne put prononcer iiue le nom de Rosette ;
El se Ifïvant, plus pâle et plus lïoid i|ue la morl,
11 coiinil à sa lofte et, d'une main Iremlilanle,
Helcvant iloucemcnl ea maîtresse mourante,
La prit — et, comme un pâtre emporte un agiieau morl,
S' enfuit en emportant son doulourens trésor.
Déjà la lampe d'ur au plafond suspendue l'âlîi, de ses rayons, l'indécise clarté.
La pendule sonore a par deux fois llnté.
Blanche et silencieuse ainsi qu'une statue,
Sesl-ce pas, sur ce lit. une enfant étendue
Qui s'endori dans sa fleur ou meurt dans sa beantéT
C'est Rosette. — Jamais ce beau corps qui sommeille N'a, d'un plus pur contour, dessiné sa blancheur. Ses veux ont oublié leurs larmes de la veille ; Son sourire Irai lit le réTC de son cœur...
Pourtant, à son ctievel, son amant qui la Teille Semble chercher un sonflle à travers sa pdleur.
Il écoute. — On dirait parfois qu'elle soupire Comme un enfant qui dort après avoir pleuré; Sa lèvre pâlissante, à son rêve adoré,
Semble vouloir s'ouvrir pour conter eoii martyre; D'autres foiB, au contraire, il croit voir un sourire Éclairer en passant son front décoloré...
Mais non... c'était un songe... —elle n'a pas bougé. Son front est reslfi pâle, et sa lèvre enir'ouverte Sous les rayons mourants n'a mËme pas tremblé. Rien! — Pas même un soupir dans la chambre désenel... sombre et lente nnit I fnnèbre clarté!
RienI — Rien (jue le silence et l'immobilité I...
N'osant plus l'appeler, il prend sa main Inerte : Cette main est glacée et retombe aussilOit...
— Alors, sans qu'uiie larme à ses yeux soit montée, Il pousse un lon^ cri sourd d'une voix éloufTée
Et, sur ce même lit où Rosette est couchée,
— Une demif^re fois — sans prononcer un mol, Serrant entre ses bras nette fllle adorée,
Dans un dernier baiser jette nn dernier sanglot...
— Déjà de ce bean corps t'âme était envolée; Il ne" pressa sur lui qu'une ombre inanimée...
Sa main fut sans étreinte et sa voiï sans écho. —
Lors, prenant dans ses bïas sa maîtresse expirée, Gomme elle avait tenu sa main gauche fermée, l'n papier, qu'il n'avait pas encore aperçu,
En tomba toot froissé. L'ouvraol alors, il lut
Le billet que voici, de la maio de Bosine :
« Geioir, aux Italittu. Laehanteiae est divine.
« Nouveau duo d'amour^ gui viendra l'entendra,
ce ta seconde baiffnoire est à gauche; — c'est là. •>
Alors il comprit loul; et sa tële penchée
Demeura jusqu'au Jour dans ses deui mains cacbée. .
— Sa mère, le matin, ue t'eOt pas recoDuu.,.
— 11 est parti depuis et nul ne l'a revu.
. . . Rosine aime le monde el le cherche sans cesse ; Elle souffre dit-on d'une étrange tristesse
13S ROtlMB ET HuaiTTE
El cherche dans te bruit ud oubli menBonger... — Ouf de nous, ici-bas, peut sonder son mystère î... Quand le vent du destin a passé sur la terre, Hul n'a compté les fleurs qu'il en put arracher.
A madacoe George Sanii. — Dédicace page i
Hosmeet Rosetie ■