SCÈNE XIY. GIRAUD, MADELEINE
MADELEINE
Ah! ah! ah! mon Dieu!... qu'ils sont amusans!... et j'en rirai long-temps.
GIRAUD
Qu'as-tu donc ?
MADELEINE
Ces "Messieurs , qui sont là dedans , on vient de leur proposer votre souscription.
GIRAUD
Eh? bien?...
MADELEINE
A l'instant tous se sont précipités sur le papier , qui est déjà tout couvert de signatures.
GIRAUD
Ces bons Parisiens ! sont-ils nobles et généreux !
MADELEINE
Oh! rassurez-vous... ce n'est pas pour vous ce qu'ils en font.
GIRAUD
Comment cela ?
MADELEINE
Oh ! non... ce que vous ne savez pas , et ce que j'ai entendu, c'est qu'ils vous prennent pour ce M. Rossini dont vous parliez ce matin.
GIRAUD
Qu'est-ce que tu me dis-la ?
MADELEINE
Oh! vous auriez beau soutenir le contraire, ils ne voudraient pas vous croire.
GIRAUD
Tout s'explique ; et je vois maintenant d'où venait mon mérite... mais cela ne durera pas long-temps.
MADELEINE
Où courez-vous ?
GIRAUD
Restituer un nom qui ne m'appartient pas.
Air : De la sentinelle.
A ce triomphe honorable et flatteur, Comme il le doit mon orgueil est sensible , Mais trop long-temps a duré cette erreur, La prolonger me serait impossible :
Oui, quelquefois un intrigant Peut bien ,par une audace insigne, Séparer des plumes du paon, Mais il ne peut en nous trompant Contrefaire le chant du cigne.
MADELEINE
C'est ça une belle idée... Attendez au moins... que la souscription soit remplie.
GIRAUD
Du tout... je ne veux pas leur dérober une signature.
Comment... leur dérober... n'est-ce pas une belle entreprise ?
GIRAUD
Tous nos chefs-d' œuvres nationaux.
MADELEINE
N'en auront-ils pas pour leur argent ?
GIRAUD
Oui, certes.
(25) MADELEINE
Eh ! bien , alors laissez-les faire... et , eu attendant , n ayez aucun scrupule de recevoir des complîmens et des éloges pour un autre ; car ils vont vous en doimer, et joliment. Tenez.... voilà déjà mon père qui vous apporte un consommé.
GIRAUD
J'en demande pardon à celui que je représente ; mais celui-là , je le prendrai pour moi.