ROSS KM
et contrefaisait tout le monde , un iniarissable conteur de sornettes, très-infatué de sa personne, et dont les plaisanteries étaient marquées souvent au cachet de limpertinence.
Notre virtuose croyait ainsi se mettre au niveau du caractère français.
« Or, dit M. Fétis, Rossini se trompait grossièrement. Sous une apparence de frivolité, les Françiis sont peut-être le peuple le plus sérieux de l'Europe, et certainement c'est celui qui a le sentiment le plus délicat
Comme en Italie, le maestro continuait de paraître mépriser son art et de faire bon marché de son talent; mais c'était
^ Biographie des musiciens, article Rossini.
8<i ROSSINI.
pour tromer plus d'excuses à sa paresse ou pour cacher uu commencement de fatigue \
Le traité passé avec l'intendance de> théâtres l'obligeait à travailler non-seulement pour les Bouffes, mais aussi pour l'Opéra français.
^ On vit plus tard, a|irès le succès de Meyerbeer, tout ce qu'il y avait d'orgueil sous cette indifférence apparente. Nos lecteurs connaissent le mot du maestro sur le sabbat des juifs. Il a en liorreur la musique de ses confrères. Un matin, il entend un orgue de Barbarie jouer la romance de Guido et Ginevra : — Hélas! elle a fui comme une ombre, etc. Rossini fait monter le joueur d'orgue et le prend au collet. < — Malheureux, dit-il, on t'a payé pour venir me donner ce cliarivari sous ma fenêtre... Oh! ne mens pas! tuas reçu de l'argent pour m'écorcher les oreilles. Voici deux louis, va faire noter sur ton orgue l'air de la Gazza ladra, et joue-le quarante fois de suite sous la fenêtre d'Halêvy. Tu entends? quarante fois! il apprendra peut-être à faire de la musique. »
ROSSIM. 81
Malgré les clauses formelles de cet acte, M. de la Rochefoucauld ne pouvait rien obtenir.
En deux ans, Joachim ne donna au théâtre delà rue de Louvois qu'un assez mauvais opéra en un acte, le Voyage à Reims, composé au sujet du sacre de Charles X.
On réussit néanmoins à l'arracher au far niente napolitain qui le clouait dans son lit durant des journées entières \
1 Rossini affectionoe la position horizoulale. Il reste couché jusqu'à trois heures de l'après-midi, et compose entre ses draps. Un jour, il laissa tomber une page de musique contenant un duetto presque terminé. Dans sa paresse de se lever pour ramasser la page, et ne pouvant achever l'air sans avoir sous ses yeux le commencement, il préféra recommencer un autre duetto Les deux morceaux existent. Ils ne se r-essemblent en aucune sorte.
L"Odéon ayant mis en scène Ivanhoé, pitoyable librelto, sur lequel M. Paccini, cet autre Castil-Blaze, avait cousu des lambeaux détachés çà et là de toutes les œuvres du maître, Rossini, furieux de se voir habillé en arlequin, se décida tout à coup à travestir lui-même ses opéras italiens en opéns français.
De Maometto II, il fit le Siège de Corinthe.
Un grand air puur madame Damoreau et la scène de bénédiction des étendards sont les seules différences qu'on y remarque.
Vint ensuite le tour du Mohe, où Ion trouve un peu plus de musique nouvelle.
Or; ce n'était point là ce qu'on allen-
ROâSlM. «3
(lait de Rossini. On voulait des opéras entièrement écrits pour la France, et dans le goût de la France.
Par malheur l'inspiration du maître semblait éteinte. En 1828 seulement, elle eut un premier réveil dans le Comte Ory, et l'année suivante, à force de secouer le sublime dormeur, on réussit à le remettre debout sur son piédestal de gloire.
Le fleuve mélodique rompit ses digues, et Guillaume Tell vit le jour.
Mais ce fut le chant du cygne. Notre indolent Italien rentra dans sa torpeur et n'en sortit plus^
^ Il s'en retourna, quelque temps après, habiter Bologne , où il ne voulut plus entendre parler de son