‹ RossiniChapitre 7 sur 8 · HO S SI NI · texte numérisé non relu

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Guillaume Tell est sans conlreilii le clief-d'œiivre des chefs-d'œuvre. Ici le

art. M. Aguado seul put lui faire énirc an Stahal mater pour l'abbé Yarela de Madrid. On connaît l'iiistoire de ce malheureux S/aZ'û/, sur la partition duquel deux éditeurs de musique faillirent se dévorer. Rossini, k Bologne, logeait dans un palais splendide, acheté avecles millions que lui a donnés la France. Il n'était pas aimé de ses compatriotes. Son économie les scandalisait, et nous tenons de source certaine l'anecdote que voici. Eu 1818, une souscription nationale eut lieu pour subvenir aux frais de la guerre contre l'Autriche. Tout le monde se hâta d'apporter son offrande. Les femmes du peuple les plus pauvres détachèrent leurs boucles d'oreilles et les offrirent aux commissaires de la souscription. Rossini seul ne répondit point ]i l'appel. On le pressa vivement de contribuer îi l'œuvre patriotique. Après cinq ou six jours dhésitatioD, il donna un cheval et un titre de créance. Or, il se trouva que le cheval était poussif. Il mourut six semaines après, et la ville dut payer le vétérinaire. Quant au titre de créance, il fut protesté. Tous les rais d'huissier restèrent à la charge de la commune. Apres cette aventure, Rossini fut obligé de quitter Bologne. Il vendit son palais et se retira a Florence, où il est encore.

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maître a su joindre à l'abondance italienne el à la puissance d'inspiration qui régnent dans ses compositions premières, l'intelligence exquise, le sentiment dramatique el la rare délicatesse de goût qui caractérisent nos nmsiciens nationaux.

Seulement, la fatalité voulut que cette admirable partition fût brodée sur le plus médiocre de tous les livrets \

En France, à côté de l'œuvre du virtuose, nous voulons quelques accessoires.

Le plaisir de l'oreille seul nous paraît

1 Les auteurs, MM. de Jouy et Hippolyte Bis, avaient fait des vers si détestables que Rossini, dînant un soir avec Armand Marrast chez M. Aguado, pria le rédacteur en chef du yalional de lui changer quelques rhythmes absolument impossibles. ArmaïKl Marrast a refondu presque tout le second acte.

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insuflisant ; nous dernaiuluns à y joindre d'autres plaisirs, et Ion fait rarement abstraction chez nous de linlelligence, de lesprit et du cœur.

Voilà ce que Rossini ne semblait pas comprendre, lorsque, voyant baisser tout à coup les recettes de Guillaume Tell, il s'écria chez M. Aguado, en présence de vingt convives, Espagnols ou Italiens pour la plupart :

« — Ohl stupidi Francesi ! ostriche di Francesi! Imbéciles de Français! huîtres de Français : »

Nous voulons bien pardonner l'injure; mais nous ne pardonnons pas l'ingratitude.

Depuis longtemps on ne jouait plus les

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œuvres du maestro ni en Italie, ni en Allemagne ; Paris seul enlre'.enait sa renommée. Toute la société artistique, toute la classe intelligente exaltait son mérite \ Si Guillaume Tell na pas eu de succès durable, la faute en est à Rossini lui-même, qui devait mieux choisir ses auteurs et ne point marier son élégante et riche partition à un libretto boiteux, estropié, mal venu.

Mais voici la vérité, puisque nous la disons toujours.

Rossini voyait poindre Meyerbeer à

1 On le combla de distinctions et d'honneurs. La duchesse de Berry voulut elle-même attacher la crois à la boutonnière de Rossini. En 1852, le brevet de commandeur fut envoyé au virtuose par Louis Napoléon.

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Ihorizon. L'avéïiemenl de la musique travaillée, de la partitioa savante, lui faisait peur. Il était riche et paresseux ;

il se dit tout bas :

— Maintenant, tu ne peux plus que descendre : abstiens-toi!

Sans doute on n'appellera point ceci du courage ; mais on peut dire que c'est de la prudence.

Fort peu d'artistes ont assez de sagesse et de sang-froid pour s'arrêter au point juste ou leur pied va glisser sur les pentes fatales de la décadence. II est vrai que, pour avoir ce calme, cette précaution, ce flair, il faut être déshérité de ce qui constitue le sentiment artistique, c est à-dire de la passion, de l'enthou-

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siasme, du délire qui enlraîne, de l'amour du beau qui absorbe , de l'espérance vivace dont la tige brisée repousse quand même et fleurit encore.

Rien de tout cela n'est dans la nature de Gioacchino.

Malgré son [immense génie musical, nous ne lui accordons pas le feu sacré. Jamais il n'a eu ni la dignité de son talent, ni l'orgueil de son art.

Dieu lui a donné la mélodie, comme il la donne au rossignol sous l'ombrage, et Joachim n'a tenu que fort peu de cas de ce don céleste.

Pendant la première période de sa carrière musicale, il a eu des maîtresses

avec sa gloire; pendant la seconde, il s'est servi de sa réputation, comme d'un creuset, pour y fondre des lingots.

Il ne songeait qu'à être millionnaire ; au bout de chacune de ses doubles croches, il voyait une pièce d'or.

Rossini est à la musique ce que Rachel est à la tragédie.

Chargé de la direction des Bouffes, de 182.3 à 1825, on le voit rompre avec ses meilleurs chanteurs, faute de leur donner des appointements convenables, en sorte qu'on ne pouvait même plus représenter ses chefs-d'œuvre.

M. de Larochefoucauld lui retire le théâtre, et \e nomme Inspecteur général

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