‹ RossiniChapitre 3 sur 14 · LA \ JE · texte numérisé non relu

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Gioacchino Rossini est né le 28 février 1792, à Pesaro (Marches), fils unique de Giuseppe Rossini, de Lugo (Romagne) et d'Anna Guidarini, de Pesaro '. Giuseppe, que l'on surnommait il Vivazza, à cause de son iiumeur vive et spirituelle, était trompette public de son métier, il avait quitté sa ville natale quelques années auparavant, pour tenir le même emploi à Pesaro. Anna, qu'il y trouva et épousa en 1790, était une simple femme du peuple, sans instruction, mais d'un véritable instinct musical, et douée d'une fort belle voix. Leur fils avait donc de qui tenir, et, de (ait, il ne tarda guère à montrer, réunis chez lui, les dons de l'un et de l'autre. A Pesaro, d'ailleurs, tout chantait, tout était sonore et harmonieux autour de l'enfant. Salzbourir

I. Pour les années de jeunesse de Rossini, il faut lire les récents travaux d'un érudit Italien qui a fait de l'histoire du maitre l'un des buts de sa vie : M. Radicciotti [Primi anni e studi di Gioacchino liossini, Turin, 1917), et chapitre (igi^) de l'histoire de la musique dans l'Encyclopédie de Lavignac, Paris, Delagravc. tome II.

avait ainsi jadis enivré les premières années de ce Mozart qui, voici juste deux mois, venait de mourir à Vienne...

Seulement, cette douce vie dura peu. Il Vivazza montra tant d'enthousiasme républicain à Farrivée des troupes françaises, en 1796. qu'il en perdit sa place, aussitôt celles-ci disparues. Même, il fut arrêté un beau jour en 1799, à Bologne, où il était alors, et relâché s^eulement au retour des Français Tannée suivante. Mais que devenir, dès lors!' — On prit le parti de mener une vie errante, une vie théâtrale, où chacun contribuait pour sa part à l'entretien de la famille. Le père jouait du cor à l'orchestre, la mère chantait sur la scène, comme pri?)ia donna (il n'aurait tenu qu'à elle de continuer cette carrière, si elle l'eût appréciée), et l'enfant lui-même faisait entendre, à l'occasion, un clair et pur soprano, que les maîtrises de Lugo et de Bologne ne tardèrent pas à rechercher. M°"^ Giorgi Flighetti (la première Rosine), qui rédigea, en a 823, ses souvenirs sur les années de jeunesse du maître de Pesaro, assure que rien n'était plus émouvant et tendre que sa voix et son accent.

Disons tout de suite que ce joli organe se mua en un chaud et velouté baryton, que Rossini faisait volontiers entendre dans l'intimité, chez lui ou chez ses amis, en s'accompagnant au

piano, qu'il guidait délicieusement... et qu'il conserva fort longtemps.

Son père, cependant, ne tarda pas à juger que l'enfant avait l'étoffe de tout autre chose qu'un chanteur. A un certain Prinetti, musicien et liquoriste tout ensemble, qui lui avait vaguement enseigné l'épinette, à Bologne, avait succédé, lorsque la famille était revenue à Lugo. un chanoine de cette ville, D, Giuseppe Malerbi ; et celui-ci, qui eut le bon goût, en enseignant le chant et le clavecin à son élève, de lui révéler Haydn et Mozart, avait fait naître en même temps chez lui de bien autres instincts que ceux d'un exécutant.

Gioacchino demeura sous sa direction jusqu'en 1806. Il n'avait encore que quatorze ans, mais déjà sa facilité, son imagination musicale, lui donnaientpresque relief d'artiste. Le voici, cette même année, membre de VAcademia Filarmonica de Bologne (toujours comme Mozart à quatorze ans également)... Aus^^i son père le fit-il entrer au Liceo musical de cette ville, pour y apprendre vraiment son métier.

Il y trouva d'excellents maîtres et s'y assimila tout ce qu'il put, avec une humeur sans doute plus vagabonde que docile, mais des dons qui ajoutaient du prix à ses moindres acquisitions et surtout une intuition déjà géniale des sources

les plus fécondes .où son art, l'art de l'Ecole Italienne, devait puiser s'il voulait se renouveler el se reprendre. On le voit poursuivre l'étude du chant et du piano avec le P. Angelo Tesei (et devenir ainsi un accompagnateur de premier mérite), celle du contrepoint et de la composition avec le P. Stanislas Mattei, et se familiariser en passant avec l'exercice de quelques instruments, tel le violoncelle... On le voit surtout cherchant et travaillant seul.

Ce que cet instinct^ dont il n'eut que le tort de se contenter trop facilement, enseignait à Rossini, c'est l'importance de l'orchestre et l'intérêt qu'il y avait à donner, pour lui, de la couleur el de la force à la mélodie, trop uniquement maîtresse de la scène lyrique et dont, génie à part, ■ — le génie était de plus en plus rare, — les développements servaient de simples thèmes à une virtuosité incessante et constamment renouvelée. On l'en croit volontiers, quand il dit luimême que 1 improvisation intense à laquelle le conduisaient, et la nécessité de gagner, avec sa vie, celle de ses parents, et le goût du public d'alors, et la facilité de ses premiers succès, l'empêcha toujours d'approfondir la structure intime du drame musical, et de rompre nettement avec les usages lyriques, en quelque sorte inamovibles ; ensembles immobiles, broderies

échevelées en guise de pathétique, répétitions abusives, etc.

Seulement il n'ajoute pas, — repassant sur le tard, en sa mémoire, toute cette période si brillante, — qu'il n'aurait jamais trouvé le courage de cette réaction. Plus sa haute intelligence et sa pratique habituelle, en amateur, des autres musiques, l'amenaient à la claire vue du travail qu'il eût du accomplir, plus il se retranchait dans la paresseuse conviction qu'il eût été^ qu'il était incapable d'en venir à bout.

Au temps où il travaillait, il ne se contentait pas de l'étude des maîtres de la scène italienne, alors bien dévoyée, des Pergolèse et des Cimarosa. De lui-même ou sur les conseils du P. Matteï, il abordait la musique allemande, et avec un zèle, une conviction, qui lui avaient fait donner, par ses camarades étonnés (Ferdinand Hiller nous en a gardé le souvenir) le surnom significatif de ledeschino. De fait, on sait qu'il mettait en partition, comme exercice, les quatuors de Haydn et de Mozart. Et voici ce qu'il conte, en i86o, à Richard Wagner ;

« Faute de posséder une instruction musicale approfondie, — d'ailleurs, où l'aurais-je acquise de mon temps en Italie ? — le peu que je savais, je lai découvert dans les partitions allemandes. Un amateur de Bologne en possédait quelques-

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unes : La Création, Les Noces de Figaro^ La Flûte enchantée... Il me les prêtait, et comme je n'avais pas, à quinze ans, les moyens de me les faire venir d'Allemagne, je les copiai avec acharnement. Je vous dirai qu'il m'arrivait même le plus souvent de ne transcrire d'abord que la partie vocale seulement, sans examiner Faccompagnement d'orchestre. Alors, sur une feuille volante, j'imaginais un accompagnement de mon cru, qu'ensuite je comparais à ceux d'Haydn et de Mozart. Après quoi je complétais ma copie en y ajoutant les leurs. Ce système de travail m'a plus appris que tous les cours du Lycée de Bologne. ))

L'idée était excellente en effet, pour un autodidacte pressé de produire. 11 serait curieux, si on pouvait les étudier, de chercher les traces de cette éducation spéciale dans les premières productions du jeune musicien. Sinon cet air bouffe pour soprano, sa toute première œuvre, ou ses duos de cor., écrits pour son père, ou les improvisations de toute sorte auxquelles l'entraînait sa fréquentation chez les Mombelli et dont la principale est l'esquisse d'un Demetrio que nous retrouverons un peu plus tard : œuvre de la

mère (poète aimable et lecond), chantée par tous les enfants (une vraie troupe lyrique). Du moins les pièces d'église ou de concert qui furent ses premiers travaux commandés : une messe pour voix d'hommes, destinée à une église de Ravenne, un graduel concertant à trois voix, des quatuors pour cordes, et d'autres morceaux pour instruments divers. . . ; une cantate de distribution de prix, celle que ses camarades exécutaient chaque année et qui fut, le ii avril 1808 : Il pianto cC arinonia pef la morte tUOrfeo, pour ténor et chœur. . ; enfin une symphonie en mi b. (1809), c'est-à-dire une ouverture, avec fugue, qui devait reparaître dans son premier ouvrage pour la scène.

Quoi qu'il en soit, et, très probablement, sans se faire aucune illusion sur son bagage technique, mais parce qu'il avait hâte d'être utile aux siens, parce qu' « il s'agissait pour lui de faire vivre son père, sa mère et sa grand'mère* », Rossini, dès ses dix huit ans, dès 1810, quittait le liceo de Bologne pour aborder le théâtre et voler de ses propres ailes.

L'occasion lui en avait été oll'erte par un ami de sa famille, Giovanni Morandi-. Compositeur

2. Conté par Radicciotti qui fait allusion à une lettre de Rossini même, toc. cit.

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et maître de chant réputé, celui-ci avait fait partie, avec sa femme, Rosa, de la troupe lyrique à laquelle aj)partenaient les Rossini ; il avait suivi reniant dans ses premiers progrès de musicien et savait son désir actuel d'écrire pour la scène. A cette époque, il se trouvait à Venise où Rosa Morandi, dont le succès de prima donna était grand dans les divers théâtres dltalie, avait été engagée pour la saison d'automne ^u San-Moïse. Or les représentations étaient à peine commencées, qu'un sérieux embarras affolait l'imprésario : il avait affiché cinq œuvres nouvelles et voici que l'auteur de la cinquième (un musicien allemand, paraît-il), quittait la place sans laisser la moindre partition. Morandi pensa aussitôt à son jeune ami. La lettre reçue, Rossini partait, tout enfiévré de joie ; sitôt arrivé, il prenait possession du libretto... ; et, quelques jours après, les répétitions pouvaient commencer.

Encore ici nous dirons : il serait curieux de connaître quelle partition le jeune compositeur avait apportée à ses interprètes. Car ce n'était pas celle que nous possédons : — La Cambiale di matrimonio (La lettre de change de mariage) ; — et qui sait dans quelle voie, autrement aiguillée, il eût poursuivi dès lors, s'il n'avait été aussitôt arrêté et corrigé? Tout frais émoulu de son étude « tudesque », Rossini avait en effet pro-

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posé aux musiciens de l'orchestre des parties si nourries, si complexes (?) que les interprètes lyriques, déroutés de 1' « accompagnement » auquel ils étaient habitués, refusèrent tout net de chanter : On ne les entendrait plus !

Le coup était rude et le pauvre débutant en fut un moment atterré. Morandi, chez qui il logeait, le trouva en larmes dans sa chambre. Heureusement que le remède était facile : avec sa grande habitude des partitions à la mode, le maître lui-même allégea l'orchestre, ménagea des silences propices aux effets vocaux, soutint et souligna le chant... Et cette fois, les interprètes et le public également satisfaits, un très sympathique accueil fut fait à l'ouvrage.

La voie ouverte, Piossini n'avait plus qu'à s'v lancer résolument. C'était une vie pleine d'imprévu que celle des maestri de cette époque, « engagés » de saison en saison, comme leurs interprètes mêmes, et de ville en ville, selon les besoins des impresarii. Mais elle rapportait suffisamment, si le succès répondait aux efforts. Par exemple, il y fallait de la docilité, de la souplesse. Il n'était question de choisir, ni les sujets, ni les chanteurs.

Le jeune musicien, par son humeur comme par son génie naissant, eût préféré ne traiter que des comédies lyriques. Il raconta plus tatd

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à R. Wagner que Beethoven, lorsqu'il lui rendit visite (en 1822), ne lui avait caché, ni sa préférence pour ses opéras-bouffes, ni son conseil de traiter surtout ce genre lyrique. Mais, ajoutait-il, « je n'avais guère le choix des libretti, qui m'étaient imposés par les impresarii. Que de fois ne m'est-il pas arrivé de ne recevoir d'abord qu'une partie du scénario, — un acte à la fois — dont il me fallait écrire la musique sans connaître la suite ni la fin du" sujet !... »

En effet, après Venise, c'est à Bologne que nous le retrouvons, en 181 1. Il y dirige une exécution des Saisons, de Haydn, et il y écrit pour Eslher Mombelli, l'une des filles de ces amis qui l'avaient si bien accueilli, une cantate (dont on ignore l'auteur), sur le thème de Didon délaissée par Enée : Didone abbandonata. Surtout, pour la saison d'automne au théâtre del Corso, un librelto d'importance lui est confié (on ne sait de qui, encore de quelque dilettante de la ville...), un opéra -bouffe en deux actes : L'Equivoco stravagante. Et un nouveau succès, sans grande portée au surplus, accueille cette œuvre aimable.

Plus significatif apparaît Vlnganno felice (L'heureux stratagème) « farce » en un acte, œuvre de Foppa, donnée par le Théâtre San- Moïse, à Venise, pendant le carnaval de 1812. C'est le premier ouvrage de Rossini qui ait passé

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les monts et « fait fortune » àTétranger, à Paris, par exemple, où le Théâtre Italien le joua de 1819 jusqu'à 1828.

Une autre « farce » suit celle-ci, au même théâtre, pendant la saison d'automne : La scala cli seta (L'échelle de soie), encore un acte, de G. Rossi... succès modéré.

Mais entre les deux se place un « oratorio » en deux actes (pourquoi ce titre ?) Ciro in Babilonia, œuvre d'Aventi, donnée par le théâtre mvmicipal de Ferrare, au moment du carême.

Rossini n'avait cependant pas abandonné cet « opéra séria » qu'il devait à M"^ Vigano-Mombelli : Demetrio e Polibio. Achevé, éprouvé en quelque sorte (certaines pages avaient été introduites dans Ciro)^ chanté par Mombelli père et ses deux filles, il fut représenté à Rome, le 18 mai x8i2, sur la scène du Théâtre Valle.

Cette année est du reste marquée d'une vraie fécondité, chez le jeune compositeur. Sans parler A'unthème variée d'un quatuor pour flûte, clarinette, cor et basson, qui ne manque pas d'adresse et d'idées, l'automne de 1812 vit applaudir à la fois La Pietra del Paragone, à Milan, et L'Occasione fa il ladro, à Venise. Et la première surtout lui fait le plus grand honneur. Cette « Pierre de touche » opéra-boufte en deux acteSjOeuvredeL.Romanelli, donnée sur l'illustre

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théâtre de la Scala, montre une personnalité, une imagination dans l'expression scénique qui sortent tout à fait de l'ordinaire, et que le gouvernement se plut à reconnaître en exemptant l'auteur de vingt ans, de ses obligations militaires. « L'occasion fait le larron » appelée aussi « L'échange de valise » // Cambio délia valigia, livret de L. Prividali, est au contraire une « farce » assez froide, qui ne vécut guère.

Un autre acte du même genre, mais écrit par Foppa : // Figlio per azzardo ou II Signor Bruscliino, donné sur la même scène mais au carnaval suivant (i8i3), a été plus heureux. Non pas tout d'abord : une anecdote connue (lancée par Azevedo, avec un grand luxe de détails) prétend que Rossini, furieux de l'infériorité des livrets qui lui étaient offerts, aurait traité ce dernier comme une plaisanterie, et que ce parti aurait même indisposé le public. Nous verrons ce qu'il en faut penser. Mais il est certain que cette bluette n'en demeura pas là et fit quelque fortune. Elle est du petit nombre des œuvres qui «nt été rééditées et elle a reçu bon accueil lonsrtemps après, même à Paris, oi^i Offenbach eut l'idée de l'offrir à son public des Bouffes (en i858).

Nous sommes ici au vrai moment où Rossini termine en quelque sorte son stage au théâtre €t prend place parmi les artistes sur lesquels

son pays est le plus en droit de compter. Une autre scène de Venise, la Fenice, en ce môme carnaval de 18 13, faisait triompher Tancrède.

Tancredi in Siracusa, — tel était le titre original de Tœuvre — eut en effet, le 6 février, un de ces succès d'enthousiasme qui débordent et se répercutent d'autant plus qu'on les attendait moins. En abordant!' «opéra séria » Rossini montait un degré dans la dignité de son art, passait l'épreuve de m aître, apportait son « chefd'œuvre 0. Mais l'imprévu, c'est qu'il fût si différent des modèles courants, c'est qu'il sortît avec tant de désinvolture des voies classées; cette audace nouvelle, sans doute, ne s'apercevait pas beaucoup, tout d'abord, mais elle était bien le secret de l'attrait surprenant exercé par l'œuvre et accusait de traits tout particuliers la personnalité du musicien. Celui-ci, en effet, n'avait, en changeant de genre, rien modifié à sa façon de comprendre la vie scénique : il en avait seulement élargi l'expression.

Nous en louerons l'écriture, mais c'est d'ailleurs la sensibilité, la passion, le charme, répandus à travers cette partition, qui affirmèrent surtout sa victoire. Tel air, telle phrase, telle

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intonation, devint soudain si populaire qu'il semblait qu'un enchantement s'en fût dégagé.

Un renom aussi éclatant ne pouvait que ménager à l'œuvre, par tous pays, un accueil également chaleureux. Bien qu'arrêté en i843, Tancrède a été, depuis 1822, l'un des plus grands succès du Théâtre Italien de Paris : ses représentations s'y chiffrent par deux centaines.

Rossini avait alors tout juste vingt ans! Quelques mois plus tard — car-c'était, dès lors, parmi les entreprises théâtrales, à qui offrirait des sujets au jeune maître... et de plus séduisants appointements, — il prouvait, en revenant à son goût naturel, la souplesse de sa brillante inspiration : un autre théâtre de Venise, le San Benedetto, représentait V Italienne à Alger.

Le libretto était d'un certain Ange Anelli (celui de Tancrède était de Gaetano Rossi, j'ai omis de le dire). Une vraie folie, un modèle d'opérette, comme nous la concevons chez nous, mais relevé par une musique où la fantaisie inventive et débridée est constamment de bon goût, où la verve est fine et spirituelle. Le succès ne fut pas moins grand que celui de Tancrède et se prolongea plus encore, ce qui est naturel, car la farce, quand elle ne fait pas long feu, est hors du temps et de la mode. A Paris, où ce fut la première œuvre accordée, — à

contre-cœur et dans les pires conditions — aux dilettantes par le Théâtre Italien de 1817, V Italienne se jouait encore en 1866.

Une cantate lui succéda : Eglé et Irène, écrite pour la princesse Amélia Belgioioso à Milan, (18 14) ; puis encore un opéra séria, pour le carnaval, au Théâtre de la Scala : Aureliano in Palmira^ œuvre de Félix Romani ; enfin, du même poète, sur la même scène, mais à la saison d'automne, un nouvel opéra bufFa, // Turco in Italia.

On ne sait rien de la cantate, qui ne fut exécutée que dans les salons de la princesse son inspiratrice. Aureliano, froidement accueilli, prit tout de suite rang parmi ces partitions sans avenir où l'auteur puise ensuite à son gré au profit de ses œuvres nouvelles et selon son expérience acquise. On n'ignore pas que le procédé a été constant chez Gluck ; Rossini ne l'employa pas moins. Il apprit encore autre chose, dit-on, dans cette aventure : la défiance des virtuoses. Pour une fois qu'il avait dû employer Velluti, parmi ses interprètes, il s'aperçut que, par des remaniements progressivement ingénieux, ce sopraniste célèbre et délicieux faisait sien chacun des morceaux dont il était l'interprète, et ne lui laissait plus, en fin de compte, qu'un rapport lointain avec l'original.

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• Rossini se promit d'écrire désormais lui-même les fioritures nécessaires... ou jugées telles.

Quant au Turc en Italie ., s'il n'eut pas, tout d'abord, meilleure chance c\\\ Aurélia no, sa fortune, un peu partout, se releva, et nous verrons <|ue ce n'était que justice. A Paris, il resta au répertoire de 1820 à 1842.

Un autre opéra séria, Sigismondo, de Foppa, clôt cette série noire, au car«aval de 181 5, mais cette fois à Venise, à la Fenice. Il faut le compter comme une vraie chute... Rossini, dont la réputation n'en souffrait pas (tant ces retours de fortune étaient alors fréquents) et l'humeur sereine moins encore, prenait sa revanche, en s'attachant à quelque nouveau libretto, plus avantageux, et il n'en était que cela.

"Ce libretto, il le trouva presque aussitôt avec Elisabetta regina d'Inghilterra^ opéra séria de l'abbé Tottola. Mais quelques événements s'introduisent ici dans la chronique de la vie de Rossini. C'est, d'une part, sacomposition à' wn Hymne national destiné à glorifier le débarquement de Napoléon à Cannes, et qu'il fit exécuter, sous sa direction, à Bologne, au Théâtre Contacavalli. At-il été, de ce fait, inscrit sur les listes de proscription par les Autrichiens redevenus maîtres ilde Bologne, et, afin de se faire bien venir dii gercerai de ces troupes et obtenir de lui un sauf-

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conduit pour Naples, a-t-il eu l'adresse de présenter une partition sur une poésie de Monti à la louange de l'empereur, qui n'était autre que celle de Vliino nazionale? Tout le monde le raconte, mais Rossini l'a démenti dans une lettre*... C'est, d'autre part, sa rencontre puis son mariage avec Isabelle Golbrand.

Les anecdotes abondent sur les amours de Rossini. On en trouvera Técho dans Stendhal, notamment '. Je n'ai garde de jes raconter à mon tour. Mais la Colbi^nd lient une place particulière dans sa vie et dans son orientation musicale et Ton ne peut omettre de dire comment il la connut.

Elle était la prima donna, et un peu plus, de rimpresario Barbaja, adjudicataire des deux théâtres lyriques de Naples : San Carlo et Del Fondo. Pour s'assurer du jeune maestro à la mode, Barbaja lui ht une place de directeur de la musique, productive assurément, mais qui, outre deux œuvres nouvelles par an, 1 obligeait à tous les arrangements d'airs qu'il plaisait aux virtuoses des deux sexes d'introduire dans leur répertoire. Rossini s'en revancha en prenant hî Coibrand pour gage. Celait une collaboration pi-é^cieuse, que cette très belle et très drama-

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