PAU LES ALLEMANDS
ROSSINI
Rossini!... Quel nom fut plus prestigieux, dans le monde de la musique ? Pendant un demisiècle sa sonorité ample et allègre a chanté en fanfare tout le renouveau de l'Ecole Italienne, et les générations qui se sont succédé ont continué à le prononcer avec une sorte de joie reconnaissante... celle que provoque la flamme d^un accueillant foyer, même chez ceux qui ne s'y chauffent pas.
Rossini !... On ne connaît guère de lui aujourd'hui qu'une œuvre ou deux... le début et le couronnement d'une carrière de moins de vingt années... N'importe ! on y sent une telle force de vie, un tel rayonnement de jeunesse, que tout pâlit autour d'elles, et que les autres gloires épanouies à ses côtés semblent se perdre dans la sienne.
Richard Wagner, au sortir du fameux entretien qu'il eut avec lui en 1860, déclarait sincèrement que de « tous les musiciens qu'il eût rencontrés à Paris, c'était le seul vraiment
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grand ». Aujourd'hui, nous dirions volontiers de Rossini, musicien italien, ce que lui-même disait de Mozart : « Celui-là, c'est le seul î »
Gloire merveilleuse en vérité, car elle a survécu, non seulement à la mort, mais, ce qui est plus rare, à la retraite la plus prématurée que l'on vit jamais, et la plus décevante. A l'âge où tant d'autres, parmi les plus grands, commencent à peine à prendre conscience de leur force et de leur personnalité, on voit Rossini s'arrêter, se taire!... Que d'explications n'a-t-on pas cherchées à ce parti pris de silence, et avec quelle amertume ne le lui a-ton pas reproché ! — Est-on bien sur qu'il ne faille pas plutôt l'en louer?
Certes, sa paresse naturelle y est pour beaucoup. Non qu'il fut las d'écrire ; non, même, qu'il redoutât outre mesure une lutte nécessaire et d'impérieuses rivalités. Mais ne perdons pas de vue que Rossini avait beaucoup d'esprit, infiniment de bon sens, et une réelle modestie. Nul mieux que lui ne connaissait sa vraie valeur. Or, avec Guillaume Tell, il était arrivé à un tournant de sa vie, où il ne s'agissait plus de regarder en arrière. En Italie, ses dernières partitions à travers leurs succès avaient fait dire qu'il se répétait. En propres termes, on l'y traitait de « perruque ». A Paris, la révélation d'un style tout autre, en même temps qu'elle avait
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élargi son talent, élevé son inspiration, avait exigé de lui un travail inaccoutumé, voire contraire à sa nature. Avait-il réussi ? Oui. Mai» lusqu'à un certain point seulement et surtout comme un coup d'aile magnifique fait prévoir ur. vol souverain.
Ce vol, Rossini n'osa pas l'entreprendre et R faut, je crois, en voir la raison, non pas 'tant encore une fois, dans la lutte qu'il eût eue à soutenir avec le plus laborieux, le plus ingénieux des concurrents, avec Meyerbeer, que dans celle qu il eut eue à soutenir avec lui-môme. Et peutêtre a-t-il manqué de courage, mais assurément pas de bon sens.
« J'avais de la facilité et beaucoup d'instinct » d.ra-t-il à Richard Wagner (c'est le mot authentique, sans une syllabe de plus) '. Mais ces dons lui-même s'en rendait compte, ne pouvaient plus être acceptés que comme un point de départ. Il s'agissait désormais de raisonner cette fécondité SI commode, de contrôler ces inspirations et de rejeter, au besoin, de tenir pour suspecte une spontanéité trop insouciante au profit de la vérité et de la profondeur de l'expression Rossini ne s'en sentit pas capable, ou plutôt, il