Rostoptchine le comte Théodore 17651826 notice littéraire et bibliographique sur ses ouvrages
Le coinle Théodore Roslojyf chine waquit à une campagne de son père, le Major Rostoptchine, près de Livny, ville du gouvernement d’Orel (à cinq cents kilomètres de .Moscou), le 12 (23) mars 1765, et mourut à Moscou le 18 (30) Janvier 1826.
M. Xénophon Polévoi dans son arlicle sur les (Kiivres du comte llostoplcliine , inséré dans
le Recueil mensuel de M. Kraiéfsky (]i), donne les dates de 1763 et 1825. Cette dernière est positivement inéxacte.
On trouve dans le Mercure de France (2) une anecdote très piquante (3) qui a été négligée Jusqu’à présent par toutes les Biographies. Le Mercure raconte qu’un jour que l’empereur Paul était au milieu d'un cercle nombreux, où se trouvaient plusieurs princes russes avec le comte Rostoptcliine , son ministre ia^uri, „dites-moi, demanda-t-il brusquement à celui-ci, pourquoi n’êtes-vous pas prince ?“ Après un moment
d’hésitation sur cette singulière demande, le comte Rostoptchine répondit: „Votre majesté impériale me permettra-t-elle de lui eu dire la véritable raison?" — „8ans doute.,, — „C’est que celui de mes aïeux qui vint de Tartarie s’établir en Russie y arriva en hiver." — „Kh! que pouvait faire la saison au titre qu’on lui donna?" — ,,C’est que lorsqu’un seigneur tartare paraissait pour la première fois à la cour, le Souverain lui donnait le choix entre une pelisse et le titre de prince. Mon aïeul arriva dans on hiver rigoureux
1) Mémoires: Olétch. Zapiski, Pétersbourg , 1853, tome 83, section ,5, pages 79 et 87.
2) Du 21 messidor an X (10 juillet 1802) tome 9, in 8" p. 14l.
3) Reproduite à la fin de l’édition des Mémoires écri/s en dir minitfcs, |Mibliéc a Paris, mai !839, in 8"
et eut le bou esprit de préférer la pelisse.‘‘ — Paul rit beaucoup de cette réponse; puis s’adressant aux princes présens : ^Allons , messieurs,
leur dit-il, félicitez-vous/quê vos aïeux ne soient pas arrivés eu hiver.“
On lit dans la Biographie wiirerselle et portative des Contemporains Lorsque le
comte Rostoptchine vint à Paris, on ne fut pas peu surpris de voir un homme spirituel et aimable dans celui qu’on avait regardé jusque-là comme un Tarlare féroce. Ou lui attribue une foule (ie mots "pi(\uans dont nous ne citerons que le suivant: „Je suis venu eu France, disait-il, pour juger par moi-même du mérite réel de trois ^ hommes célèbres; le duc ÿOtranle (FouchéJ, le prince de TaHeyrand et Potier', il n’y a que ce dernier qui me semble au niveau de sa réputation.^
Un très beau portrait gravé, qui représente le comte Rostoptchine en pied et avec l’ uniforme d’aide - de - camp - général , se trouve dans le 1^'' volume de l’ouvrage: La Russie pendant les guerres de l’empire, 1805 — 1815 (5j. Ce
4) Paris, 1826 — 1834, 5 vol. in 8* tet avec les dates de 1836 et 1839 sur de nouveaux (lires), livraison, publiée en février 1829, tome 4, p. 1168.
Ce passage de la Biographie a été reproduit à la fin de l'édilioD des Mémoires écrits en dix nùnules, publiée à Paris, mai l83fl, In 8" p. 10.
5) Par 11. M. Domergue, Tiran et Capeligue, Paris, 1833,
2 vol iu 8®.
livre, fort hostile à la Russie et au eointe Rostoptcliiiie, ne contient pas un mot sur ses pamphlets russes et peut servir d’une nouvelle preuve, entre mille autres, de la légèreté vraiment inconcevable avec laquelle ou publie eu France cette foule d’écrits sur la Russie remplis d’aiiimosité, de fiel, d’iuéxactitudes, de mensonges et d’anachronismes.
M. Domergue, par exemple, en discourant sur la généalogie du comte Rostoptchine (6), prétend que l’apinion la plus commune, accréditée (?) en Russie, admet une parenté bien étroHe entre l’empereur Paul I et le comte Rostoptchine — f Or, Paul I étant né en 1754, et le comte * Rostoptchine en 1765, l’empereur n’était âgé que I de Onze ans à l’époque où le comte Rostoptchine i ^ vint au monde. Et voilà comme on écrit fhisfoirel | Une notice biographique, accompagnée de sou porfrait et de son fac-similé, se trouve dans le tome 3 du Didionnaire des hommes remarquables de la Russie, par Uantyseh-Kaménsky, Pétersbourg, 1847, 3. vol in 8“ (7)
L’article de M. Maurice Champimi sur le comte Rostoptchine, dans la Biographie Unirerselle
6) Tome I, 1835, p. 240 -241.
7) La l'ibliolhéqiie Ru? alu de Bruxelles possède un exemplaire de re Dictionnaire. Voy le Bulletin du Bibliophile belge, tome 5, 1848, p 317—318; tome b, 18 49, p. 126, et tome 9, 1852. p. 136.
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de Michaud (8) fait meiitiou d^aiuHin de ses ouvrages russes,' et place le gouveriieineut d'Orél, f — sans doute d’après uu système géographique de nouvelle invention, — „dans la Russie blanche (!) 1
ou Lithuauie.“ (!!J
Le comte Rostoptchine a Jaissé, en manuscrit, son autobiographie; il y est question de tous les grands événemens, dont il a été témoin et auxquels il a pris part. C’est ce que nous apprend son biographe, M. Alexandre Boulgàkof, dans une intéressante Notice publiée dans le recueil mensuel de Paul Sviguiue (9). Que sont devenus ces Mémoires historiques qui doivent être d’un si haut intérêt? — 11 est douteux qu’ou les publie jamais, et c’est fort regrettable.
i. — Myssli vsloukh. — (Réflexions à haute voix sur le Perron Rouge). — Moscou, 1807, de l’imprimerie de Békétof, iii "8”; — ^S“<i‘=-édition (ce ^ 4jui n’est pas indiqué sur le titrej^St. Pétersbourg, / ^' 1807, de l’imprim. de Jean Glazounof, bi 4**, de 8 pages./^^
Le comte Rostoptchine a pris dans ce pamphlet le pseudonyme de Sila Andréiévitch Boyatyrëf ; il commence par dire que „ce
8i Tome 80, 1847, p. 8—19.
9) Mémoires, (Otétch. Zapiski), Pétersbourg, lu 12, cahier d’avril 1826, tome 26, p. 79.
M. Bogatyréf se rendit de sa campagne dans la ville de Toula, et qu’y ayant appris la nouvelle de la victoire (?) d’Eylau flO), il vint à Moscou s’asseoir sur le Perron Rouge du Kremlin, et là, accoudé sur ses genoux, il fit ses Réflexions à haute vuix.“
Elles consistent, ainsi que sa Comédie Les faux bruits (Moscou, 1808) en une critique très- vive de la manie que les Russes avaient alors, selou lui, d’admirer sans réserve tout ce qui était étranger. Mais c’est plutôt une satire véhémente contre la France et les Français
„Qne1 peuple, grand Dieu! que ces Français!
(dit-il, P 6). Ils ne valent pas uu centime. — Le malheur est que notre jeunesse lit Faublas, et ne lit pas l’histoire; autrement elle aurait vu qu’il y a dans chaque tête française un moulin à vent, un hôpital et une maison de fous.“
Tout le p 9 piphlet est écrit sur ce ton.
édition publiée à Pétershourg (11) a cela oe particulièrement remarquable qu’on y a ajouté, dans la liste des généraux russes qui ont pris part à la guerre de 1807, le nom de Beimiugsen:
„Gloire à toi, brave Beuningsen** 8).
10) C.;tte bataille eut lieu le 7 — 8 février, n st., 1807.
1 1) Un exemplaire de j^aaraniln éëtttuw dy cette curiosité littéraire, et un de la comédie; Les faux bruits, 1808, viennent d’ëtre acquis (août 1854) par la Bibliothèque royale de Bruxelles.
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Le comte Rostoplcliine ne l’avait pa«i mentionné dans/» f romiè^-éjition^e -Mo^cot^- 11 a été, dit-on, -rorieux qu’on l’eût fait, contre son gré, dans^^elly^ de Pétersbouf^,- — et pour cause: il a été comblé de bienfaits et de faveurs par l’empereur Paul , et l’on connait le rôle de Benningsen dans la catastrophe de mars 1801.
Voy. entr 'autres ouvrages le Dictionnaire Universel de Bouillet (12).
Après l’apparition du pamphlet du comte Rostoptchine, Réflexions à haute voix, uti anonyme publia, la même année, une brochure russe sous le titre: Réflexions éP autrui, ou Réponse silencieuse à Bogatyrëf', Pétersbourg, 1807, imprimerie de Jean Glazounof, in 4®, de 8 pages. (13)
Malgré la promesse du titre, on ne trouve dans cette brochure rien qui se rapporte aux Réflexions du comte Rostoptchine, et la Réponse de l’anonyme nous parait un pur galimatias. Il est difficile de saisir le sens et lè~l5uir^e cette prétendue Réplique.
Le Courrier Russe, recueil mensuel de Serge Gliuka (14), assure que les Réflexions à haute voix du comte Rostoptchine se sont répandues à Moscou,
12) Paris, 1842—1854, gr. in 8® p. 198, col. 1.
-13) Cette Réponse, jointe à la brochure du comte Rostoptchine, se trouve également à la Bibliothèque royale de Bruxelles.
14) Moscou, in 12, 1814, ÿr. 9, p. 26—27.
lors de leur publieatiuu eu 1807, au nombre de sept mille exemplaires.
Le prince Pierre Viazemsky (15) dit que j,les „pamphlets que le comte Rostoptchiiie lançait dans „le public sout remarquables par le ton incisif „et animé qui y domiiie“ (16).
Le Dictionnaire des personnages les plus renuirguables de lu Russie, de Baiityscb-Kaménsky ( 17) en fait aussi un grand éloge.
M Alexandre Boulgàkof, dans sa Notice) 18) sur le comte Rostoptcliine ne dit rien de ce pamphlet.
„Lorsque le bruit se répandit à Moscou, dit M. Xéuoplion Polévoï(193, qu’un grand seigneur russo, illustre, riche et connu par son esprit caustique, avait écrit une violente brochure contre les Français et contre l’influence qu’ils avaient en Russie, tout le monde voulut la lire, espérant
15) Un des Auteurs et des Poètes russes les plus distingués; né à Moscou, le 12 (23) Juillet 1792. ~ Voy. ma [notice sur cet Écrivain dans la Rerue Encyclopédique, octobre 1827, tome 36, p. 217—219.
16) Gazelle russe de Pélersbourg, .\r. 277, du 4 décembre 1847, p. 1252, col. 5.
17) Pélersbourg, 1847. tome 3, p 121 — 122.
18) Otétch. Zapiski (Mémoires), publiés par Paul Sri;'nine , Pélersbourg , avril 1826 . tome 26, p. 50 — 60.
19) Otétch. Zapiski (Mémoires), recueil mensuel, publié par M. Kraïéfsky, Pélersbourg, 1853 , tome 89, section 5, p. S2.
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y trouver l’expression des sentiinens généraux dont on était alors animé. Bientôt après, cependant, beaucoup de personnes réclamèrent , les uns ostensiblement, et les autres d’une manière indirecte, contre les expressions par trop tranchantes et les exagérations contenues dans cette brochure.^
. Il est à remarquer qu’aucun des Ecrivans, dont nous venons de citer les jugemens sur le pamphlet de 1807, n’a fait mention des <leux Répliques qui parurent à cette époque à Pétersbourg.
Nous avons parlé ci-dessus de la brochure d’un anonyme, publiée sous le titre de: Réflexions d’autrui, ou Réponse silencieuse à Bogatyrëf, Pétersbourg, 1807, in 4®.
Il en parut encore une autre sous le titre:
Myssli né rsloukh; Réflexions faites non à haute voix sur le Perron de bois du Palais de Pierre-le-Grand, ou Message de SilaSidorocitchPravdinc {\>se\\i\owyme \^ X à Siia Andréïéritch Æojrat'ÿré/’fpseudonyme du comte Rostoptchine)', Pétersbourg, 1807, de l’imprim. de l’Académie des sciences, in 8®.
Le titre de cette brochure, qui eut deux éditions la même année, est une parodie de celui que le comte Rostoptchine avait donné à son pamphlet. Après les deux éditions de 1807 des Réflexions à haute voix du comte Rostoptchine, on a réimprimé ce pamphlet dans ses Œuvres, publiées par le libraire Smirdine à Pétershonrg, 18ô3, 1 vol. in 12.
Mais oii ii’a pas inséré dans ce volume un grand nombre de ses autres écrits, quoiqu’ils eussent déjà été publiés dans plusieurs Recueils russes. Une Lettre du comte Rostoptchine à l’Empereur Alexandre, datée du 17(29) décembre 1806, dont le Moniteur Unicersel (20) a publié une traduction française, ne se trouve pas non plus dans ce volume. Cette édition “(1853) des Œuvres du comte Rostoptchine laisse donc beaucoup à désirer.
I 2. — Vesti lit oubitoï givoï. — (Xes faux bruits, ou Phomme vivant tué par les colporteurs de nouvelles), i comédie du comte Rostoptchine, en un acte (et en prose), représentée pour la première fois au î Tbéâtre impérial de Moscou le 2(14) février 1808, — Moscou, 1808, de l’imprimerie de i Sélivaiiofsky, iii 8®, de 2 et 75 pages.
Le titre de cette Comédie ne peut être traduit eu français que par une longue périphrase pour qu’on ait une idée précise de la pièce.
Cette première édition est devenue très rare (21) On en a fait, depuis 1808, deux réimpressions; M. Nicolas SouschkofF a publié cette pièce dans son Almanach littéraire; Le Raoul (22), et le Libraire Smirdine dans les Œuvres du comte Rostoptchine, Pétersbourg, 1853, 1 vol. in 12.
20) Du 1 novembre 1812, p. 1109.
21) La Bibliothèque Royale de Bruxelles en a fait l’acquisition (en août 1854).
22) Moscou, IS.52.
Un des principaux personnages de cette pièce est Sila Andréïévitcb Bogatyrëf. Le comte Rostoptchine a publié, sous ce pseudonyme, son pamphlet intitulé: Réflexions à haute voix, 1807, dont il est question ci-dessus.
L’Essai de Bibliographie Russe de Sopikof (23) indique inexactement que cette comédie est en cinq actes, et de rannée 1809. Le Catalogue systématique de la Librairie de Plavilstcbikof, rédigé par Basile Anaslassévitch , bibliographe russe (24), donne fautivement la date de 1800, et l’indication que la pièce est en cinq actes.
I C’est ainsi que les erreurs en bibliographie
; font le tour du Globe, en cortège avec les bévues \ historiques.
Le Courrier russe, recueil mensuel de Serge Glinka (25) a donné une analyse de la Comédie du comte Rostoptchine.
M. Alexandre Boulyàkof, dans sa Notice biographique sur le comte Rostoptchine, publiée dans
23) Pélersbourg, 1813 — 1821, 5 toI. In 8®. sous le numéro 5331. — Voy. sur l’ouyrage de Sopikof la Revue Emgclopédique, août 1820, tome 7, p. 333 ; janvier 1827, tome 33. p. 284 — 286; ti\t Bulletin du Bibliophile belge , tome 3, 1846, p 430, et tome 6, I8l9, p 96.
24) Pélersbourg, 1820, in S®, page 437, Nr. 5600.