‹ Rostoptchine le comte Théodore 17651826 notice littéraire et bibliographique sur ses ouvragesChapitre 2 sur 7 · Moscou, In 1?, février 1808, tome 1, p · texte numérisé non relu

Moscou, In 1?, février 1808, tome 1, p

et 1812, Nr 9, tome 19, p 132 -139.

le recueil mensuel de Paul Svigiiine: Mémoire/^ en parle ainsi (27):

I „Le comte Rostopt chine a composé un j grand nombre de Comédies, pleines d'esprit et i de verve, dans lesquelles il tournait eu ridicule I divers personnages contemporains, qui se faisaient V j remarquer par leur originalité. Lecture faite de |S ces pièces dans quelques cercles intimes, il les jetait habituellement au feu. Une seule, sous 1 le titre: he mort vivant (c’est-à-dire la Comédie 1 qui fait le sujet du présent article) a paru sur la scène.“

lie prince Pierre Viazemsky eu parle, avec éloge dans le Contemporain, recueil périodique russe fondé en 1836 par le célèbre poète Alexandre Pouchkine (28), et dans la Gazette russe de Pètershourg (29).

Le Dictionnaire des personnages remarquables de la Russie, par Bantysch-Kaménsky (30), dit que „cette Comédie déplut à plusieurs personnes que l’auteur avait attaquées et blessées outre mesure. Cela le détermina à publier, sous les pseudonymes de Vénikof et de Bogatyrëf, une réplique en forme de Lettres (Moscou 1808, de l’imprimerie de

26) Otétch. Zapiski, Péfersbourg, lu — I ?, cahier d’avril 1826, tome 26, p 50—86.

27) ht. avril 1826, p. 70-80.

28) Pdietsbourg, 1S37, \r. 1, in 8®, tome 5, p. 71— 72.

29) Xr. 277, du 4 décembre 1847, p. 1252, col. 5.

30) l’élcrsboiirp:, 1847, lomc 3, p. 122 — 123.

Sélivaiiofsky , iu 8®). Daus ces Lettres il essaya J de se justllier devant tous ceux qu’il avait accusés f., d’ètre infectés d’une admiration frénétique pour les folies et les extravagances des Pays étrangers“. y M. Boulgarine, un des Rédacteurs de X Abeille i, du nord (31), trouve que cette comédie est „uu I ]»etit livre d’or, tout empreint de l’esprit russe“. ’i M. Xénophon Polévol, daus im article sur les

Œuvres du comte Ros top tchine, publié dans le recueil mensuel russe de M. Kraïéfsky : Mémoires (32), dit que „cette comédie parut à beaucoup de personnes remplie de personnalités et d’exagération“.

Cette pièce ne fut pas. connue aü fameux bibliophile Soleinue et ne figure p’^ daus le (JuUtlogue de sa Bibliothèque Dramatique (33).

Ce Catalogue, rédigé par M. Paul Lacroix (le bibliophile Jacob) est uu travail précieux pour l’histoire du théâtre, mais il est à regretter que les Tables alphabétiques , commencées par M. Goizet, et dont on n’a publié qu’une partie en 184.5 (34), n’aient pas été terminées jusqu’à présent (août 1854).

Ce Catalogue est tout ce qui reste de cette

31) Feuille quotidienne russe de Pétersbourg, Nr. 105, du 13 mal 1853, p. 418, col. 1, au feuilleton.

32) O^ch. Zapiski, Pétersbourg, «tdàS, gr. in 8®,

ylünTe, section 5, p, 82. •>.

33) Paris, 1843—1845, 5 vol. in 8®.

34) Paris, 1845, Ire partie, in 8®, de IV et 144 pages; Voy. le Bulletin du Bibliophile belge, tome 3, 184(3, p. 404.

- •‘re -

l' / belle Bibliothèque qui, après la mort du Bibliopliile, se dispersa en lambeaux aux enchères publiques.

, „Je ne puis songer à cette incomparable I bibliothèque, disait le baron de Reiffenberg (35) sans j que me entrailles de bibliophile soient déchirées^.

’ Telle est, et telle sera toujours, — il est I \ \ j triste de le dire, — la destinée des Bibliothèques \ \ (i particulières? Il se trouve que ce n’est qu’en

1 1 pure perte qu’on passe sa vie à les former avec tant \^\i\ de peine, de labeurs, de persévérance et de frais!

La Préface qui est en tête du Catalogue de M. Paul Lacroix a été réimprimée dans le feuilleton de la Gazette de France de 22 nov. 1843.

Cette Bibliothèque et ce Catalogue ont été l’objet d’un grand nombre d’articles dans divers jonrnaux C36).

35) Dans le BuUetin. du Bibliophile belge, tome 1,

36) Voici rindication de quelques uns de ces articles:

1) dans le Journal des Débats du 4 JanTier 1844, p. 3. col. 4, au feuilleton.

2) le Siècle du 2 ayril 1844, p, 3, au feuilleton.

3) le Voleur, de Paris, du 10 décembre 1845, p. 527.

4) et Dût-sepl articles dans le Bulletin du Bibliophile belge: Année 1844, tome 1, pag. 50—51; p. 193—194; p. 363; p. 479; année 1845, tome,2f«p. 279; p. 299—303; année 1846,

. tome 3, p. 148—149; p. 216—217; p. 225* 231; p. 233—236; p. 404; année 1847 , tome 4, p. 77 — 78; année 1848, tome 5, pag. 25 — 29, p. 67 — 77 ; p, 1 25 ; année 1850 , tome 7, p. 8-9; p, 129,

La polémique qui a paru à ce sujet dans XlUustratim de Paris (2 décembre 1843, p. 222, et 16 décembre 1843, p. 250) est très piquante, et offre, surtout, beaucoup d’intérêt pour l’Iiistoire littéraire.

^ 3. — ProcUtnuUions. — Lettres-, 1812.

/ Les Proclamations que le comte Rostoptchiiie I adressait, eu 1812, aux Habitaus de Moscou, et I qu’ou traduisait eu français sous sa dictée, sont ( d’uue excentricité qui est, peut-être, sans modèle,

I et qui probablement restera sans imitation. Ce \ sont des pièces curieuses à un degré extrême.

^ Ou les a plus d’uue fois réunies et publiées dans les Journaux russes. M. Domergue cite dans son ouvrage (37) deux de ces Proclamations, mais tronquées et sans date, tout eu prétendant, que ces pièces n’ont jamais été, avant lui , citées fidèlement (38), et qu’il est le premier à eu donner des copies authentiques.

Une de ces Proclamations, eu date du 18 (30)

/ août 1812, qui a été adressée aux Français i suspects, lorsque le comte Rostoptchine les a 1 renvoyés de Moscou dans une barque, et qui \ n’est pas donnée en entier dans l’ouvrage de M. Domergue (39), se termine ainsi:

37) La Rttssie pendant les guerres de PEmpire, Paris, 1835, tome 1, p 258— 259, *41 tome 2, p.'21.

38) Id. tome 1, p. 268.-

39) Id. tome I, p. 258—259.

„Vous irez habiter les bords du Volga, au milieu d’un peuple paisible et fidèle à ses sermens, qui vous méprise trop pour vous faire du mal.

„Vons quitterez pour quelque temps l’Ëurope et vous irez en Asie. Cessez d’être de mauvais sujets et devenez bons; métamorphosez-vous en bons bourgeois russes, de citoyens français que vous étiez; restez tranquilles et soumis, ou craignez un châtiment ^rigoureux. Entrez dans la barque, rentrez en vous-mêmes, et ii’en faites pas une barque à Caron. Salut et bon voyage.^

Dans nue autre Proclamation adressée aux Russes (40), eu août 1813, le comte Rostoptcaine leur disait:

„Oii a fermé les tribunaux, mais que cela ne vous inquiète pas, mes amis; nous u’avous pasr besoin de tribunaux pour faire le procès au scélérat (Napoléon).

„Dans deux ou trois jours je donnerai le signal ; armez-vous bien de piques et de haches, et, si vous voulez faire mieux, prenez des fourches à trois dents; te Français n’est pas plus lourd qu’une gerbe de blé.

„Demaiii j’irai voir les blessés à l’hépital de Sainte - Cathériiie ; j’y ferai dire une messe et bénir l’eau pour leur prompte guérisou. Pour moi, je me porte bien; j’avais mal à un oeil, mais maintenant je vois très-bien des deux.“

^ans les cahiers manuscrits de

On trouve

40) Jd.

tonvr^, ^

M. Simon Thomas (41) le texte russe des deux Proclamations suivantes. M. Thomas en a donné une traduction française; mais elle est tellement défectueuse et infidèle, qu’il nous a fallu la modifier presqu’entièrement:

^ „EpUre amicale du Géne'ral-Gouvemeur de Moscou à tes Habitons, août 1812.

„(Tràces à Dieu tout va bien, tout est tranquille à Moscou. Le prix du pain ne hausse pas et celui de la viande diminue. Tout le monde désire

41) M. Simon Thomas, — ainsi qu’il nous l’apprend lui-mCine dans ses cahiers manuscrits, qui sont tombés en ma possession dans une rente de Strasbourg (arril 1854)—, est originaire de Verdun sur Meuse; il partit de Nancy la 2 septembre 1 70 1, et se rendit par mer à Pétersboiirg, qu'il quitta le 6 mai 1794 pour aller à Moscou.

Il fut précepteur des enfans de M. George Ermolaïéf (1794 — 1797), ensuite de ceux de M. le Brigadier Hélgounof (1801), reçut en juillet 1806 le titre de Négociant notable de Moscou, se fit eu décembre 1806 sujet russe, reçut la même année un diplôme de roniversité de Moscou, et devint plus tard précepteur des enfans du prince Alexandre IvanoTitdi Labauof- Rostofsky. Il quitta la Russie en juillet 1822 pour ^ rerenlr en France, et vint se fixer à Strasbourg.

I 11 apporta de Moscou une collection assez nombreuse I bc Livres russes, dont je fis, par hasard, l'acquisition, ï et dont on a publié le Catalogue, en langue ^ russe, à Strasbourg, en juillet 1852, (lithographie de Baltzer, in 8®, de 13 pages; chez M. Schmidt, libraire à Strasbourg). Les deux pamphlets du comte Rustoptcliine (de 1807 et 1808) se sont trouvés dans

que l’ennemi soit battu, et cela arrivera. Noos prierons Dieu, nous équiperons nos guerriers et nous les enverrons à l’armée. Nous aurons dans la Sainte Vierge et dans les Saints de Moscou des intercesseurs auprès de Dieu. Eu face du monde entier est notre miséricordieux Souverain Alexandre Pavlovitch; en face de l’ennemi — notre armée chrétienne. Mais pour en finir plus promptement, complaire à notre Empereur, mériter la reconaissance de la Russie et mortifier Napoléon, il faut montrer de l’obéissance, du zèle, et une confiance entière dans les paroles des Chefs, qui sont prêts à vivre et à mourir avec vous. S’il faut agir, je serai avec vous; si l’on doit marcher au combat, je serai le premier; s’il est question de se reposer, je serai le dernier. Ne craignez rien; le nuage s’est montré, nous soufflerons dessus, et nous le dissiperons; tout sera mottlit, et nous

cette collection, et j’en ai fait, hommage à la Bibllo* I thèque Royale de Bruxelles (août 1854).

Outre ces livres, H. Thomas a laissé quatre volumes manuscrits sous les deux titres suivaiis: DifféretUes traductions du russe en français^ par Simon Thomas, cl-devant 'précepteur des enfans de son Altesse Alexandre Ivanovilch Lobanow, prince de Rostof, et citoyen notable de Moscou , 2 vol. in — 4**, sans date; et Bagatelles, traduites librement du russe en français, par le même, Strasbourg, janvier 1830 — novembre 1833, 2 vol. gr. in — 8®, Ces quatre oiumes cunliennent des morceaux et des documens très curieux

aurons de la farine (42). Défiez vous Neulemeut des ivrognes et de ces imbécilles qui rôdent partout, l’oreille pendante, et ne servent qu’à glisser des sottises à l’oreille des autres. 11 y eu a qui s’imaginent que Napoléon a de bonnes intentions, taudis qu’il ne pense qu’à nous écorcher; il promet tout, mais il ne tiendra rien. 11 promet aux soldats le rang de feld-maréchal, aux pauvres des montagnes d’or, au peuple la liberté; ce n’est qu’un leurre; tombez dans ses filets, il vous envoie à la mort: on vous tuera ou ici, ou là. C’est pourquoi, si quelqu’un des nôtres, ou des étrangers, s’avise de vanter Napoléon et de faire de semblables promesses, en son nom, je prie de le saisir, quel qu’il soit, par le toupet, et de le conduire au siège (43)^ A celui, qui l’aura arreté, honneur, gloire et récompense; pour celui qui aura été pris, je saurai bien l’arranger à ma manière, quand même il serait des plus huppés, ÿ J’en ai reçu le pouvoir; l’ordre du Souverain est I de garder Moscou, notre bonne mère. £h! qui ' doit doue prendre soin d’une mère, si ce ne sont ses enfaiis? Devant Dieu, mes amis, je vous l’assure, l’Empereur compte sur vous comme sur le Krémlin, et moi je suis prêt à jurer pour vous. Ne me compromettez pas. Je suis, vous le savez.

42) Locution proverbiale russe.

43) „l.e siège est un lieu de détention, où il y a un tribunal de j)olice“. (Note de U. Simon Thomas).

un fidèle «erviteur du Tzar, uii (îentilliomme russe, ua Chrétien orthodoxe, et voici nia prière: „Seigiieur, Roi des cieux! prolonge les jours de notre pieux Souverain terrestre! ne cesse de répandre ta bénédiction sur notre sainte Russie, de fortifier le courage de notre armée chrétienne,, de soutenir la fidélité et l’amour du peuple russe pour la patrie! Conduis les pas de nos guerriers à la ruine de l’eunemi; éclaire-les et fortifie-les par la vertu de la Croix vivifiante; qu’elle les protège et qu’ils triomphent par elle“ C44).

„Du Général-Gouverneur de Moscou, août 1812. (45)» Il circule ici un bruit, et il y a des gens qui y ajoutent foi et qui répètent que j’ai défendu de sortir de la ville (46 j. Si cela était vrai, j’aurais

44) Différentes traductions, par M. Thomas, In — 4*, tome 1, P 252 257, avec le texte russe en regard, ti Bagatelles , in— 8®, tome 1, Strasbourg, 1830, p. 3» -39, sans le texte russe.

45) Proclamation du comte Rostoptchine, traduite du russe par H. Simon Thomas dans ses cahiers manuscrits: Différentes Traductions, tomel, in 4®, p. 257— 259, avec le texte russe en regard, et dans ses Bagatelles, tome I, in 8®, Strasbourg, 1830, p. 40, sans le texte russe. Cette traduction de H. Thomas est, comme celle qui précède, défectueuse et inexacte Nous l’avons également modifiée presqu’enliérement.

46) „C’est une vérité incontestable; car tous les marchands, qui ont essayé de se retirer avec leurs biens, ont été repoussés.^ (Note dans le manuscrit de M. Thomas, qui était à Moscou à cette époque.)

fait mettre des gardes aux barrières, et l’on ue verrait pas sortir de tous les côtés, par milliers, des caresses, des calèches et des chariots. Je suis bien aise que les femmes des nobles et que celles des marchands partent de Moscou pour leur tranquillité; moins de crainte, moins de nouvelles. Mais on ne peut louer les maris, les frères et les parens, qui sont partis avec les femmes pour ne plus revenir. Si, selon eux, il y a du danger, s’absenter est inconvenant; et s’il n’y en a pas, c’est honteux. Je répond» sur ma vie que l'ennemi ne viendra pas à Moscou, et voici pourquoi: notre armée compte cent-trente mille hommes de valeureuses troupes, dix-huit cents canons, et elle a à sa tête le sérénissime Prince Koutôuzof, le digne Commeudant-eu-chef, choisi par notre Souverain; il a, derrière l’ennenu, les généraux Tôrmassof et Tchitchagôf, avec quatre-vingt cinq mille braves soldats; le général Miloràdovitch est venu de Kalouga à Mojaïsk avec trente-six mUle hommes d’infanterie, trois mille huit-cents hommes de cavalerie et quatre vingt quatre canous. Le comte Markôf arrivera dans trois jours à Mojaïsk avec vingt-quatre mille hommes qui seront suivis encore de sept mille autres. On compte aussi à Moscou, à Kline, à Zavidovo, à Podolsk, quatorze mille hommes d’infanterie. Si c’est trop peu de cela pour la destruction de nos ennemis, alors, ma foi! je dirai: Allons, Milice de Moscou, marchons, nous aussi!

Et nous sortirons au nombre de cent mille braves compagnons. Nous prendrons l’image de la Sainte Vierge, cent cinquante canons, et nous terminerons ^ l’affaire tous ensemble. L’ennemi, de son côté, a cent cinquante mille hommes, tant des siens que de ce qu’il a ramassé en route; il se nourrit de seigle échaudé et de viande de cheval. Voilà ce que je pense, et ce que j’ai à vous dire, pour que les uns se réjouissent et que les autres se tranquillisent. IVlais surtout réjouissez-vous de ce que Sa Majesté l’Empereur daignera venir, ces jours-ci, dans sa fidèle Capitale. Lisez; — on peut tout comprendre , et il n’y a aucun commentaire à faire.“

Les cahiers manuscrits de M. Thomas contiennent une Lettre, qui a été adressée par le comte Rostoptchine, en 1812, à M. Ballay, et dont le langage excentrique et le tou, par trop incisif, eu fout une pièce excessivement curieuse.

„Mr. Ballaÿ , dit M. Thomas dans son manuscrit (47), avait fait un poème intitulé: Large Pause, dans lequel il tourne eu ridicule un Seigneur russe, le prince Krapôtkiue, chez lequel il avait demeuré; pour cette raison le comte Rostoptchine l’avait fait arrêter et mettre eu prison. Mais, par un retour extraordinaire sur lui-méme, il se contenta ensuite de lui écrire la lettre suivante:

47) Bagatelles, loiiie 1, Strasbourg, jaurier 1830, p. 4S.

„'Au sieur Alexandre Ballay, ci-devant Précepteur.

A l’hohneur et. à la vérité.

Moscou, le 2/14 septembre 1812.

• Je ne vous couuais pas, et je ne veux pas vous couuaitre*. Vous joignez à l’impudence française la belle vertu de mépriser le pays, ou l’on vous accorde follement l’hospitalité. Pourquoi ave.z-vons choisi l’état de précepteur? Est-ce pour corrompre la bêtise et l’inexpérience? Et qu’êtes-vous vous-même? le fils d’un marchand, connu comme bouffon et menteur. Je connais vôtre mère, et c’est par égard pour sou âge que j’use d’indulgence envers vous. Votre poème de Large Panse vous aurait ouvert les portes du No^, fia Sibérie). Il faut que vous ayez un grand germe de vice pour vous honorer du nom de Français,, synonyme de brigand. Pensez mûrement à VOS' actions, car si vous à’édez pas plus .circonspect à l’avenir, votre fin serait mauvaise. Le généreux Alexandre livre quelquefois à la justice les -fidèles serviteurs de ce'coquin Napoléon.

Vous pouvez Vous f de mes avis; mais f le

camp, et allez-vous faire f — f.... b “

/ Le comte Bostoptchiue avait formé, pendant i son séjour à Paris une très belle

' Bibliothèque, qu’il fit transporter à Moscou; elle appartient maintenant à sou fils le comte André I Rostoptchine , et contient, entre autres ouvrages i rares, un grand nombre de Journaux de la ' Révolution française ( 1789 — 1793), parmi lesquels

2fl — •

se trouve la collection de« fameuses Ijettrèa b... patriotiqms du Père Duchêne (Hébert).

M. Simon Thomas fit, en 1822, contre le comte Rostoptchine un Impromptu très violent (eu douze vers) (48). Il y rappélle le massacre du jeune Véréstchaguine, qui eut lieu à Moscou le 2(14) septembre 1812, à quatre heures du matin, dont il fut témoin oculaire, et après lequel il quitta promptement Moscou le même jour à onze heures du matin. 11 dit (49) que le comte Rostoptchine se retira à Wladimir, où il resta durant le séjour des Français à Moscou. „J’ai été à même (ajoute M. Thomas) de le voir souvent à Wladimir jusqu’au dix octobre 1812, qui a été l’époque de la retraite de Napoléon avec son armée.“

4. — La Vérité sur PIncendie de Moscou, Paris, 1823, in 8® — Trad. .eu rosse par Ale'xandre Volkof, Moscou, 1824, imprim. de l’üniversité, iii 8®.

Cet ouvrage fut jugé en Russie de manières bien diverses; mais la majorité do public en désapprouva la pensée et la publication;

1) M. Nicolas Grétch trouve (50) que „cet ouvrage fait connaître les véritables Qi") causes d’un des évènemens les plus importuns de Thistoire moderue‘^.

48) Bagatelles, tome I, p. 49.

49) Id,, tome I, p. 39.

50) Fils de la Patrie, Journal hebdomadaire russe, de Pétersi)ourg, In 8*, N. 51, décembre 1823.

2 ) M. Alexandre Buulj^àkof (51), dans sa Notice biographique sur l’auteur (52), eu parle, ainsi) 53 I: „Le comte Rostoptchine ii’a pas voulu „accepter la gloire, qu’il a prétendu ne devoir pas „lui appartenir, de l’Incendie de Moscou, attribué „par lui aux Français. Sans me permettre de „discuter ici ce sujet, ni de porter aucun jugement, ,Je me bornerai à faire observer que s’il est „glorieux de montrer une détermination énergique „au milieu de circonstances difficiles et calamiteuses, „il est plus glorieux encore de décliner les éloges „qu’on vous prodigue ,de toutes parts.“

3} Le colonel Dmitri Boutourline C54) dit dans son Histoire militaire de la Campagne de Russie en 1812 (55) qu’il s’étonne d’autant plus do la publication tout à fait inattendue du livre du comte Rostoptchine, que lui ayant co.mmuniqué en manuscrit le Chapitre de son Histoire unilitaire où l’incendie de Moscou était attribué aux Russes,

51) DirÊcteur des Postes de Moscou,' depuis 1833.

52) Publiée dans le Recueil mensuel de Paul STignlne; Otéteh. Zapiski, Mémoires, Pétersbourg, eabler d’aTrlI 1826, tome 26, in — 12, p. 50—86.

53) Avril 1826, p. 64—65.

54) Mort à Pétersbourg en 1849; II a été Membre du Conseil de l’Empire et Directeur de la Bibliothèque impériale publique de Pétersbourg, qui est, de'iuis le 18/30 octobre 1849, sous la direction de M. le baron Modeste Korif, Secrétaire -d'Klat, Conseiller Intime actuel et Membre du Conseil de l’Empire.

55) Paris, 1824, 2 vol in 8®.

il l’a - reçu du conite sans que celui-ci y eût fait le moindre changement (Voy^ le Dictionnaire de Bautysch-Kaménsky, Pétersbourg, tome 3, 1847,. p. 155—156).

Boutourliue ajoute que „Ne pouvant plus „rien pour le salut de la ville confiée à ses soins, „le comte Bostoptchiùe se détermina à utiliser sa „perte en la détruisant de fond en comble^*.

4) Serge GUnka (56), dans ses Mémoires sur Vannée 1812 (57), dit que „daus la Vérité du comte Bostoptchine tout est contraire à la vérité''^.

5) Uu anonyme a publié dans Y Abeille du nord (58) sous le titre: Le comte Rostôptchine à Paris, un article où l’on trouve des assertions fort hasardées et fort singulières. „Le comte „Rostoptchine (y dit -on entre autres choses), „craignant qu’une mort prématurée ne l’empêchât „de se laver des accusations (?) dirigées contre „lui, et de se réconcilier (!) avec la Russie, aUa{,‘t) „à Paris pour écrire la réfutation des calomnies (!) „dont il était l’obJet“.

Quelles étaient donc ces accusations et ces calomnies’î On ne lui faisait pas, eu Russie, uu reproche d’avoir incendié Moscou; au contraire, on le glorifiait de cet acte de patriotisme.

56) Auteur et Journaltste russe, né dans le gourernement

de Sniolensk, en 1775, mort à Pétersbourg en 1847.

57) Pétersbourg, 1836, in 8®, p. 78.

58) Feuille quotidienne russe, politique et littéraire, de

Pétersbourg, Nr. 108, du 18 mai 1839, p 431.

Ët se peut-il qu’il ue fût allé à Paris ^ue pour écrire? — Et écrire quoi? — la réfutation dest ceUomnies. — Lesquelles?

\j Abeille du nord igoore-t-elle que par sa Ëéfutatiou le comte Rostoptchliie ne satisfit persoune: il affligea ses compatriotes, et irrita les Français. . '

A la suite de ce 'singulier article, ï Abeille du nord donné une traduction russe', infidèle et tronquée, des Mémoires du comté Rostoptchine écrits en dix minutes ^ dont il est question plus loin.

6) Le prince Nicolas Galilzine, dans son article sur l’Incendie de Moscou, - publié dans V Invalide Russe (59), et cité par Bantysch- Kaménsky dans sou Dictionnaire (60), raconte qu’il visita souvent le comte Rostoptchine pendant leur séjour à Paris eu 1823 et 1823, et que l’apparition de cef ouvrage affligea tous les amisdu comte, qui étaient plus soiicieux de sa gloire qu’il ue l’était lui-même.

Le prince Galitzine aurait pu ajouter que l’Empereur Alexandre fut très mécontent et très péniblement affecté de cette publication.

On assure que dès la fin de l’année 1812 le comte Rostoptchine tomba en disgrâce.

59) Feuille militaire quotidlenae, de PéCerabourg, 1846, Nr. 170.

60) Pélersbüurg, 1847, tome 3. p. 156 — 1.57.

et l’ouvrage de Domergue (61) contieut le récit d’une scène (?) très vive et très violente, qui- se serait passée à Pétersbourg entre l’Empereur Alexandre et le comte Rostoptchine .peu après l’incendie de Moscou.

7) Enfin , Bautysch - Kaméusky , dans son Dictionnaire des personnages remarquables de la Russie (62) porte le jugement suivant, qui n’est pas moins positif dans son laconisme, que celui de Gliuka (1836) cité plus haut: „La Vérité „sur l’Incendie da Moscou, du comte Rostoptchine, „a obscurci toute la vérité sur cet évèuemeiit“.

Dans sa Proclamation du 9 (21) août 1812, le comte Rostoptchine disait aux Habitaus de Moscou: „Je réponds sur ma tète que le scélérat „(Zlodél) ne sera pas à Moscou“ (63).

Et dans sou Rapport à l’Empereur Alexatidre, du 14 (26) août 1812, il écrivait: „Si la Provi- „dence a décidé que Napoléou dût entrer à Moscou, „du moins il n’y trouvera rien pour assouvir sa „cupidité“ (64).

„Le comte Rostoptchine quitta le Maréchal „Koutôuzof, le 1 (13) septembre 1812, avec la

61) La Russie pendant les guerres de f Empire, Paris, 1835, tome 2, p. 348 — 350.

62) Pétersbourg, 1847, tome 3, p. 167

63) Dictionnaire de Bautyscli - Kaméusky , Pétersbourg, 1847, tome 3, p. 132—133.

64) Id. p. 134- 135.

„fernie conviction que Moscou ne tomlerait pas „au pouvoir de rêiinemi“. (65 J.

Il demanda à’Koutôuzof: ,tQue deviendra „M6scou?“. — Koutôuzof lui -répolidit par écrit: „qUe* la perte de la Capitale entraînerait celle' „de la Russie“ (66),

„Kôutàuzof termina la séance du Conseil dé guerre par ces paroles: „La perte de Mdscou ■ ^n’eutraiuera pas celle de la Russie (67).

Et \e..tnême jour, 1(13) septembre 1812, le comte Rostoptcbiue écrivait àl’Empereur Alexandre;: „La conduite de Koiitôuzof a décidé du sort „de la Capitale et de votre Empire .... Il ne „me reste plus qu’a pleurer sur le sort de ma ,,patrie“ (68). . ’

Que -de jugeqiens, de résolutions et de Rapports qui se cbqbediseut les uns les autres, et cela, dans, la' journée, presqu’à.la même heure! — .Que doit devenir l’IIistoire avec, un pareil faisceau de documfns contradictoires,' et quel sera le nouveau Tacite qui* réussira à les concilier et à en faire poindre la vérité? '

La Revue Encyclopédique ( 69) a donné deux articles sur l’ouvrage du comte Rostoptcbiue.

65) Id. p. 144

66) Id. p. 1?6.

67) Id. p. 145.

68) Id, p, 146-147

69) Avril 1823, tome 18, p. 161, et octobre 182.5, tome 28, p. 161- 162.

Le marquis dq ’Chambray^ publia, en 1823, une Réponse à cet ouvrage. • Voy. la Revue Ençyclopédique (70), -et le Moniteur de 1823.

À -la même époque on fit paraître .le récit de l’abbé (71) sous le titre de: Létfres

sur l'incendie de Moscffu (72). . On trouve dès notices sur cet. ouvrage dans le Constüütionnel dh 7. juin 1823, p. 2, dans fa Gazette de France du 16 juin 182.3, et dans le Moniteur du 23 octobre 1823, p. 1250.

: „Rostoptchiiie-, dit * le comte Philippe dé

Ségiir (73), fit achever la confection d’une

multitude de- fusées et dé matières* à incendie.

Moscou eHè-mème devait être la grande machine

infernale dont l’e-xplosion nocturne et subite • ■*

70) Nnvenibre 1823, tome 20, p. 394.

71) Curé, de l’Eglise cathodique à Moscou, 'mort ..en 1812 dans cette ville peu Après riocendie, voy. La Russie,

.'.par Domergue,* Paris, 1Q35, tome 2,'p. 31, et p '341—342. ' ■

72) Paris, 1823, in 8*.

73) Livre Ylli, Chapitre 2, de son Histoù'e de Napoléon et de la Grande Armée pendant tannée Î8i2; Paris, 1824, 2 vol. in 8** — eUs: ddiUons, Paris, 1824 — 1834. — Edition française de Stuttgart, 1834, chez Scheible, libraire, I vol. in 12, de 704 pages; p. 348 — 352. — Gescfuchte Napoléons und der

■ grossen Armee, traduction allemande (sur la dixième édition française) du Dr. Kottenkamp, Stuttgart, due édition, 1850, chez François KOhler, 1 vol. in 12, p. 269—272.

dévorerait l’Empereur Napoléon et hou armée.

Si reimemi échappait à ce danger, du moins n’aurait-il plus d’asile, plus de ressources; et l’horreur d’uii si grand désastre, dont on saurait bien l’accuser, comme ou avait fait de ceux de Smolensk, de Viazma soulèverait toute

la Russie.

„Tel fut le terrible plan de ce noble descendant de l’un des plus grands conquérans de PA sie. Il fut conçu sans effort, mûri avec soin, exécuté sans hésitation. Depuis, on a vu ce seigneur russe à Paris. C’est un homme rangé, bon époux, excellent père; son esprit est supérieur et cultivé, sa société est douce et pleine d’agrément; | I mais comme quelques-uns de ses compatriotes, il ' 4 joint à la civilisation des temps modernes une ^ I énergie antique.

: „Désormais son nom appartient à l’histoire.

Cette résolution, comme tout ce qui est grand et entier, fut admirable; le motif suffisant et justifié par le succès; le dévouement inouï, et si extraordinaire, que l’historien doit s’arrêter pour l’approfondir, le comprendre et le coutempler.

„Un homme seul, au milieu d’un grand empire presque renversé, envisage son danger d’un regard ferme. D le mesure, l’apprécie, et oHe peut-être sans mission faire l’immense part V de tous les intérêts publics et particuliers qu’ü I faut lui sacrifier. Sujet, il décide du sort de I l’Etat sans l’aveu de son Souverain; noble, il

proiiouce la deMtrucüoii des palais (fe tous les nobles sans leur cunseuteineiit: protecteur, par la place qu’il occupe, d’un peuple nombreux, d’une foule de riches commerçaiis, d’une des plus grandes capitales de l’Europe, il sacrifie ces fortunes, ces établisseuieiis , cette ville tout entière; lui-même il livre aux flammes le plus beau et le plus riche de ses palais, et fier, satisfait et tranquille, il reste au milieu de tous ces intérêts blessés, détruits et révoltés.

„On n’ignore pas que le comte Rostoptchiue a écrit qu’il était étranger à ce graïul évènement; mais ou a dû suivre l’opinion des Russes et des Frauçais , témoins et acteurs de ce grand drame. Tous, sans exception, persévèrent à attribuer à ce seigneur l’houneur entier de cette généreuse résolution. Plusieurs semblent même croire que le comte Rostoptchiue, toujours animé de ce noble dévouement, qui désormais rendra son nom impérissable, ne refuse aujourd’hui l’immortalité d’une si grande action, que pour en laisser toute la gloire au patriotisme de la nation, doitt il e«t devenu l’un des hommes les plan remarquables.

Le silence • de l’Empereur Alexandre laisse douter s’il approuva ou blâma oette grande détermination. La part qu’il eut. dans cette catastrophe est eucore un mystère pour les Russesr ils l’ignorent ou la taiseut ....

„Quelqiies-uns pensent qu’aucun homme dans tout l’empire, hors l’Empereur, u’aurait osé se

charger d’une ai terrible respouaabilité. Depuis, sa conduite désavoua sans désapprouver. D’autres croient que ce fut une des causes de sou absence de l’armée, et (|iie, né voulant paraître ni ordonner ni défendre, il ne voulut pas rester témoin.^ „Rostoptcbiue, dit M. Schiiitzler (74), a essajé de faire retomber la responsabilité de l’Incendie de Moscou sur les Français, mais le temps a déjà fait justice de cette accusation; nous avons dit (75) à quoi il faut attribuer la catastrophe, qu’au point de vue russe on ne peut appeler un malheur, et nous croyoïis que c’est là la vérité mr l’incendie.'‘ M. Schnitzler fait un renvoi (76) à une Notice sur le comte Rostoptehiue , comme étant placée dans les Appendices du tome 2 de sou ouvrage; mais il n'y a rien sur Rostoptehiue dait'f les Appendices de VHistoire infime de la ^Hn '(»ie. Aussi, ce renvoi ne fait-il faire au lecteur que des recher<*hes inutiles.

„La tardive dénégation du comte Rostoptehiue, dit M. Maurice Champion, dans la Biographie l'niverselle de Michaud (77)* n’est empreinte d'aucune vérité, et n’a persuadé personne“.

74) Histoire intime de la Russie, éd. de Bruxelles, In — 18, 1847, tome 4, p. 202; — nouvelle édition de Paris, 1851, In— 12, tome 2, p. 338.

75) Histoire intime, Bruxelles, 1817, tome 1, p. 96; — Paris, 1854, tome I, p. 67.

76) Histoire inlime, Bruxelles, IS17, tome I, p. 247; — Paris, i854, tome I, p. 421.

77) Paris, tome 80, ls47, p. 19.

Les Veuilles litléraires alleinaiides de Leipzig (78) renferment un article d’un haut intérêt sur le. sujet qui nous occupe; nous eu donnons ici la traduction:

„Les Mémoires que le baron Wolzogen vient (1851) de publier sur rannée 1806 et suivantes, coutieuuent des communications intéressantes. Il dit que l’Empereur Alexandre n’avait pas été initié au projet du comte Rostoptchine, et que celui-ci l’avait préparé de longue main et avec soin. Au moment où Wolzogen lui-même quitta Moscou avec Barclay, le comte Rostoptchine se trouva avec eux. A quelque distance de la route qui conduit à Kolômua (ville à cent kilomètres de Moscou dans la direction de Rézane), on I aperçut une grande file de voitures accompagnées > ' de soldats, et l’on vit, en approchant, que c’étaient :* des pompes à incendie. Wolzogen, surpris de ce qu’il voyait, demanda â Rostoptchine pourquoi il avait emmené ces machines. Rostoptchine répondit qu’il avait ses motifs pour cela; en attendant (continua-t-il, voulant faire diversion à ce sujet) je ii’ai pris avec moi, en quittant Moscou, que le chev,al que je monte et que l’habit (lue je porte. Plus tard, une fois que Rostoptchine se trouvait à Berlin, ou lui demanda en présence de Wolzogen de dire franchemenl ce

78) JiUlfter fi'rr Wernrische Unlerhaltung , \. 120, du 27 septembre 1851, p. 0t8.

qui avait amené l’incendie de Moscou? A quoi . il répondit: „c’est ce que l’Empereur Alexandre / lui-même ne ni’a pas encore demandé; je crois / donc n’avoir à répondre là-dessus à personne“. — Wolzogen conclut de cela que Rostoptehine a tout fait, dans celte circonstance, à ses risques et périls, et que l’Empereur Alexandre a négligé, de propos délibéré, d’ordonner une enquête sur l’auteur du fait pour n’être pas obligé de le punir“.

La princesse Catherine Dàchkof{79) a laissé des Mémoires dans lesquels elle parle du comte Rostoptcliiue. Ecrits en français, ils ont été traduits eu anglais d’après le manuscrit original et publiés en 1840 à Londres (80).

Un passage de ces Mémoires fait connaître h* ju<iement du comte Rostoptehine sur Diderot.

„Les lettres, dit l’édilenr anglais (81), (pie Diderot avait adressées à la prinei'sse Dàclikof, sont précédées d’une note écrite pour cette daine par le célèbre comte Rostoptehine, qui fut plus tard Gouverneur -général de Moscou, lors de l’invasion française, et qu'on suppose avoir dirigé l’acte héroïque de l’incendie de cette ville. Ce grand évènement eut pour conséquence la retraite et la destruction de l’armée ennemie , et la j--'

79) \(;e en 1744, morte en 1810.

80) Memoirs of tlie Prlncess Dasclikaw , writteii hy herself; edited from the orlginals by Mrs. W. Biadroni, London, 1840, 2 vol. in — 8®.

81) Londres, tome 2, 1840, p. l.âO— 160.

délivrance de l’Europe. La princesse Dàchkof, qui avait une grande estime pour le comte Rostoptcliine , lui prêta les lettres autographes de Diderot en lui permettant de les copier. Ce fut à cette occasion que le comte Rostoptchiiie écrivit sa note sur Diderot, pour avoir, peut-être, l’occasion d’y introduire ce compliment si bien tourné par lequel il termiue.“

„Quoique le mérite de cet auteur et de ce philosophe célèbre paraisse être exagéré dans cette note du comte Rostoptchiue, il n’y a pas cepeudaut de motif pour douter de la sincérité de ce jugement, qui est, du reste, conforme à l’opinioii que la princesse Dàchkof avait elle-même de Diderot, car elle parlait habituellement de cet auteur, non seulement avec admiration, mais dans des termes d’une affection bien vive.“

„La note du comte Rostoptchiue, dont nous parlons, est ainsi conçue (82):

„Tous ceux qui lisent et qui comprennent ce qu’ils lisent, ne peuvent méconnaître le génie de Diderot; mais bien peu de personnes savent quelle était la bouté de son coeur. Tout le monde reconnaît que ce fut un grand homme; ou ne sait pas qu’il fut aussi le meilleur des hommes de son époque. Ses ouvrages lui

82} Cette note, écrite en français, a été publiée en anglais par l'éditeur de Londres des Mémoires de la princesse Dàchkof, tajne 2, 1840, p 160. Nous avons dû, par conséquent, 4a retraduire Ici.

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acquirent de la reuommée, des persécuteurs et des envieux; niais son coeur lui fit trouver des consolations dans l’affection de ses amis. Il fut un grand philosophe, un écrivain éloquent, et un profond observateur. La Nature était l’objet de sa passion; son âme ardeute était constamment pénétrée d’admiration pour les Œuvres sublimes de l’Eteriiel, et ce fut ce sentiment qui lui inspira la haute estime qu’il avait pour la princesse I)àcbkof.“

Il ressort distinctement de cette note du comte Rostoptcbine , qu’il n’avait pas une haine systématique pour tout ce qui porte' le nom de Français, comme ou pourrait être disposé à le croire en lisant les tenues violens qui lui sont échappés dans sa lettre à M. Ballay, rapportée ci-dessus (page 25). Mais en aucun cas uous ne saurions nous ranger de l’avis de l’éditeur anglais, qui prétend que le jugement du comte Rustoptchiue sur Diderot n’était qu’une transition pour bien tourner un ooinplimeut à la princesse Dàchkof.

r ^ , 6. ^ Quatram françau inédit. — Réponse

de Jouy, 1823.

Malgré ses violens pamphlets contre les Français, le comte Rostoptcbine aimait à écrire, et a beaucoup écrit dans leur langue. Il a fait même des vers français , et entre autres le Quatrain suivant:

„.lp suis né Tartarc,

Et j’al Toulu être Romain;

Les Français m’ont fait barbare,

Et les Russes George Dandin“.

On attribue à Jouy une Réponse à ce quatrain t elle nous parait passablement fade, et les vers en sont fort médiocres. Le second vers n’eu est même pas un, et il y a, sans doute, une ' erreur dans le manuscrit:

„Rostuptchine, dans son ardent courage.

Aima mieux brûler Moscou que de nous receroir, Nuus sonimes plus polis, car chacun. Je gage, Bnile du désir de le Toir“.

l^e comte Théodore Rostoptchine ne fut pas 1e seul de sa famille à être auteur. Sa femme, son fils cadet et sa belle-fille se sont aussi fait connaître dans la carrière des lettres, et doivent avoir une place dans le Dictionnaire des Auteurs.

Sa femme, la comtesse Çatherine Rostoptchine, née Mlle Protàssof, a publié en français, sous le voile de V anonyme, plusieurs ouvrages religieux.

Un de ces ouvrages a pour titre: AWum allégorique, Moscou, 1829, in — 16, de 340 pages.

Son fils cadet (83), le comte André, né à CK

83) Son fils aîné, le comte Serge Rostoptchine, mort depuis quelques années, n’a rien publié. On voit, par uu article du Courrier de Londres, journal français, du 17 février I8I5, in — 4®, p. 105, qu’il reçut de l’Empereur d’Autriche la décoration de l’ordre de SL Léopold.

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