‹ RouenChapitre 6 sur 10 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le musée d'antiquités. — Le musée céramique ; Histoire de la faïence de Rouen. — Le musée des beaux-arts. — La bibliothèque. — Les musées industriels.

Comme toute ville riche, Rouen possède un beau musée de peinture. A ce musée s'annexe celui de la céramique, industrie d'art qui fut florissante à Rouen plus que partout ailleurs en France du xvi^ siècle au xix^.

Quant au musée d'antiquités, il ne pouvait qu'être de premier ordre dans une ville qui a tant conservé jusqu'au xix^ siècle et tant détruit depuis lors.

Installé dans le cloître à voûtes d'ogives de la Visitation, ce musée est non seulement un des plus riches, mais un des plus pittoresques que l'on puisse citer. Le cloître, bâti seulement en 1630, est, à la vérité, dun style hybride et lourd, mais dans son ensemble, c'est un merveilleux cadre pour des collections archéologiques.

ly'arrangement de ces collections a été jusqu'ici plus pittoresque que méthodique : le préau forme un fouillis charmant de verdure, de fleurs, de vieilles pierres, de ferronneries et plomberies anciennes ; les baies du cloître donnent l'hospitalité aux vitraux et ses voûtes abritent des objets de toute espèce et de toutes les dates.

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A l'est, deux salles sont consacrées à l'Antiquité ; à l'ouest, deux autres à des objets du Moyen Age et de la Renaissance. Dans les premières, on voit les collections x>réhistoriques ; une intéressante collection de poteries de toutes provenances, des figurines de terre cuite, un cristal de rcclie de lyillebonne figurant un joueur de flûte, des bronzes, des verreries remarquables, de belles sculptures provenant de Lillebonne ; un départ de voussure sculptée qui fait penser aux portails français, deux remarquables stèles à deux personnages trouvées à Rouen, un bas-relief à quatre figurines, un génie tenant un cartouche, deux belles statues de femmes drapées, dont l'une vient des thermes de Lillebonne, enfin un grand pavement de mosaïque trouvé en 1838 dans la forêt de Bretonne : dans un compartiment central, il porte la figure d'Orphée ; aux angles, les bustes symboliques des Saisons, et sur les bords, quatre animaux courants : un lion, une lionne, une biche, et sans doute autrefois un cerf, qui a disparu.

La grande salle de l'ouest renferme une autre grande mosaïque, trouvée à lyillebonne : au centre est le groupe de Daphné poursuivie par Apollon ; le dessin est franchement mauvais, mais l'œuvre est intéressante par ses dimensions, sa conservation et surtout les signatures qu'elle porte : Félix, civis Potolanus et Amor enis discipulus : Félix, citoyen de Pouzzoles et Amour son élève.

Parmi les morceaux d'architecture recueillis au musée, on admire les façades flamboyantes en bois de l'abbaye de Saint- Amand et d'une maison de la rue Bon-Espoir, une autre de la Renaissance, l'ancienne pyramide de la fontaine de la Croix-de-Pierre, et toute une suite de morceaux d'architecture et de statuaire gracieusement disséminés dans la verdure du jardin extérieur ou le long de la façade.

lyC musée, en effet, a recueilli les débris d'une foule d'églises.

les unes désaffectées et démolies, comme Saint-Amand et Saint-Lô ; les autres restaurées d'une façon parfois un peu radicale, comme la cathédrale.

L'époque romane est représentée par une baie provenant de la rue des Béguines et par des chapiteaux du cloître de Boscherville. La baie est encadrée dans une des arcades du cloître : les trois voussures à moulures et à zigzags reposent sur des colonnettes ; le st>'le indique le milieu environ du xii^ siècle ; c'est de cette période que datent les chapiteaux du cloître de Saint-Georges-de-Boscher\-ille ; deux d'entre eux sont curieusement historiés : on y voit l'histoire de la naissance du Christ, le festin d'Hércde, et les vieillards de l'Apocalypse jouant de divers instruments, dont le détail est fort curieux. Un beau chapiteau, de 1150 environ, provient de Sainte-Catherine-au- Mont. Du xni^ siècle, on peut citer la statue funéraire de Henri au Court-2vIantel, retrouvée par l'abbé Cochet dans la cathédrale ; un diablotin on ne peut plus falot, qui fut trouvé aussi dans la cathédrale et qui sort à mi-corps d'un angle de chapiteau ; une jolie dalle funéraire d'enfant, Wuillaume le Bourgeois, avec effigie gravée au trait, provenant des Jacobins ; un assez bel ange mutilé, dans le jardin du cloître. Du xiv^ siècle, le musée possède les belles statues d'apôtres de la cathédrale, une stetue de nègre vêtu à la romaine, l'exécuteur des hautes œuvres de Salomon, autrefois placé au-dessus du portail des Libraires. Cette figure, comme d'autres, témoigne que les artistes du xiv^ siècle étaient bien renseignés sur certains types ethnographiques et sur certains costumes anciens. A remarquer encore deux jolies Vierges de pierre de la même période : la plus gracieuse a perdu l'enfant qu'elle tenait sur le bras gauche. Un angelot, provenant des voussures d'un ancien portail et déposé dans le jardin, est également d'une grâce extrême ; dans le vestibule d'entrée, une console

sculptée à feuilles de chêne est d'une ampleur décorative tout à fait remarquable. Plusieurs morceaux d'architecture et de sculpture du xv^ siècle méritent également l'attention ; dans le jardin extérieur, chapiteau de Saint-Gerv^ais et portail de Saint-Georges ; à l'intérieur, clef de voûte de Saint- Herbland et suite de bas-reliefs d'albâtre exécutés en Angleterre et fréquents dans les églises de toutes nos provinces côtières, avant que les collections archéologiques s'en fussent, un peu partout, emparées ; enfin, signalons quelques œuvres très délicates de la Renaissance : deux dais, et une élégante croix de cimetière avec figurine d'un saint Sébastien, provenant d'un village du département de l'Eure. Signalons encore comme œuvre intéressante de la Renaissance, le bas-relief de pierre de Persée et Andromède. Les bois sculptés constituent une partie importante des collections : on y trouve des débris de maisons démolies, des morceaux de statuaire et des meubles, le tout appartenant aux xv^ et xvi® siècles ; parmi les meubles citons en première ligne le gracieux tabernacletourelle octogone à haute flèche ajourée qui provient de l'église du Vieux- Rouen et qui date du commencement du xvi® siècle, puis un support de lutrin de la même époque ; deux beaux coffres de la Renaissance avec panneaux à figures ; parmi les morceaux de sculpture, un beau retable flamboyant flamand du xvi^ siècle, peint et doré, représentant l'histoire de la naissance et de l'enfance du Christ : un autre consacré à la Passion, et le retable de Pesquienne, près Pavilly, figurant le calvaire ; une petite Vierge du xvi^ siècle logée dans une niche à volets ; une jolie Assomption de la Madeleine, de même époque ; enfin, un curieux exemple de l'extrême décadence de l'art religieux au xviii^ siècle : saint Michel interprété sous les espèces d'un abbé galant dansant un pas de ballet.

La démolition des plus curieuses maisons de la rue des Champs-Maillets et de la rue du Gros-Horloge a fourni, hélas, la partie la plus importante des sculptures sur bois.

Au fond de la salle qui abrite les objets trouvés dans les fouilles de Saint-Ouen, se remarque tout d'abord une grande et riche cheminée de bois sculpté ; c'est une œuvre composite : les jambages ornés de figures de cerfs à bois écotés sont des consoles provenant d'une maison portant le n^ 16 de la rue Saint-Nicolas ; au-dessus, une frise à sirènes forme le linteau et soutient un manteau sculpté sans rapport avec les autres parties, mais se rattachant à la même décoration que divers bas-reliefs suspendus aux murs latéraux de la même salle : ils proviennent d'une maison de la Renaissance, du milieu environ du xvi^ siècle, qui portait le n^ 16 de la rue des Champs- Maillets : le grand panneau de la cheminée est une sorte de triptyque consacré aux triomphes des preuses de l'Ancien Testament, Déborah, Jahel et Sisara ; les panneaux qui proviennent de la même salle représentent l'histoire d'Adam et d'Eve, le message de David à Nabal, qui tond ses moutons, le mariage de David et d'Abigaïl, surmonté du couronnement de la Vierge. Toutes ces sculptures, les dernières surtout, peuvent passer pour des modèles de ce que le style de la Renaissance a réalisé de moins sincère et de plus prétentieux : l'histoire d'Adam et le mariage d'Abigaïl sont certainement remarquables entre les œuvres d'art les plus tendancieuses que l'on puisse citer. Peut-être Bernin et même Michel-Ange ont-ils poussé tout aussi loin le parti pris en mainte occasion, mais bien meilleurs dessinateurs, beaucoup plus adroits et tenant assez compte de la nature et de l'observation pour ne pas heurter à ce point la conscience du spectateur, ils ont su rendre plus acceptables leur parti pris et leur oubli de la vérité. Chez l'artiste de la rue des Champs-Maillets, au con-

traire, le pédantisme est désobligeant et agressif : la forme et la saillie des muscles, le geste de chaque membre, l'envolée prétentieuse de chaque pli, l'allure même des herbes et des feuillages, tout dédaigne d'être vrai, d'être simple, et, qui pis est, de rester vraisemblable. lyCS mêmes défauts académiques se rencontrent avec un assez remarquable décousu de composition dans les bas-reliefs d'une autre maison démolie que l'on a placés dans la même salle. C'est l'histoire de Phaéton ; ces bas-reliefs joignent, comme les meilleures œuvres de la Renaissance, de grandes qualités à de graves défauts : l'anatomie des x)ersonnages nus est outrée mais bien obsen'-ée, et le mouvement des chevaux emballés est tout à fait remarquable.

A côté, l'enseigne VIle-du-Brésil, provenant d'une maison, rue Malpalu, 17, démolie en 1838, est une œuvre d'exécution ordinaire, mais d'un grand intérêt historique et ethnographique.

Parmi les morceaux d'architecture se trouvent d'intéressantes pièces de ferronnerie et de plomberie, et beaucoup de bois sculptés ; dans la ferronnerie, on remarque deux croix de clochers, du xv^ siècle, un panneau de grillage entouré de rinceaux de tôle, travail germanique ; de jolies séries de loquets, verrous, serrures de coffres et de buffets des xv^ et xvi^ siècles ; enfin et surtout de très belles grilles à deux vantaux de fer forgé, placées au.jourd'hui dans les portes qui relient le cloître à la salle romaine. lycur composition est simple et élégante : au bas règne un soubassement formé d'une frise de palmettes fleurdelisées ; le reste de la porte en losanges dans chacun desquels se loge une délicate rosace formée de tiges en croix portant des feuilles estampées et de brindilles tournées en rinceaux, terminées par des fleurs du même travail. Iv'ensemble forme une dentelle de ferronnerie de l'effet le plus élégant.

Plusieurs pièces de plomberie sont très intéressantes : dans le jardin, on remarque trois cuves baptismales, celles d'Espaubourg, œuvre de la fin du xii<^ siècle, ornée d'une arcature en plein cintre encadrant jadis des figurines rapportées, qui ont disparu, deux autres cuves datant de la période flamboyante ; l'une cylindrique, divisée en panneaux dans lesquels s'encadrent des dauphins en haut-relief ; l'autre, en tronc de cône, d'une forme un peu indécise, qui rappelle en grand les sachets de plomb pour reliques et les cuviers. Celle-ci n'a d'autre décor qu'une simple inscription.

Dans la galerie Nord, une curieuse fontaine en plomb, provenant du cloître de Saint-Lô de Rouen, date du début du XVI® siècle. Elle est composée comme les coffres de menuiserie du même temps, d'une suite de panneaux flambo3'-ants ; ils encadrent alternativement des têtes de lions et des anges tenant des écus.

Parmi les plombs, il faut mentionner aussi des lames et des croix portant des épitaphes et des formules d'absolution, recueillies dans des tombeaux par l'abbé Cochet : le musée possède celles de deux évêques de Beauvais du x® siècle : Hildegaire (923) et Hugues (980). Il s'y trouve aussi, comme au musée de Cluny, des séries de menus plombs historiés extraits des dragages de la Seine et de menus bronzes tels que pièces de costume, de parure, de harnachement, de toutes les époques ; des pièces de batterie de cuisine en dinanderie montrent que le Moyen Age savait donner un galbe élégant aux vases usuels; enfin, une belle série de meubles de luxe, de métaux précieux, d'émaux champlevés ou peints ; une très précieuse intaille carolingienne en cristal de roche représente le baptême du Christ.

La plus belle pièce d'orfèvrerie est la grande croix filigranée donnée à l'abbaye de Valasse par l'impératrice Mathilde.

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Il faut signaler encore des émaux champlevés de lyimoges, du xni® siècle : deux petites châsses, une pyxide rectangulaire assez originale et trois autres en poivrière, une navette à encens, une plaque de reliure, un flambeau sans godet du xiv^ siècle, ayant fait partie d'une série de chandeliers de voyage, s' emboîtant l'un dans l'autre ; un mors de chape, une crosse ; un reliquaire à bossettes et six x)^^a.ques, quelques christs ; une coupe d'émail peint exécutée en 1547 P^^ Pierre Raymond ; deux monstrances du xv® siècle, cinq croix processionnelles, deux crosses du xiii^ siècle provenant d'abbesses de Saint-Amand ; une figure d'évêque martyr de la fin du xv^ siècle en bronze doré, une belle cuiller de cristal du xvi^ siècle avec monture d'argent doré ornée d'un ange et d'un fleuron, un petit livret d'argent émaillé de la fin du XYi^ siècle.

Parmi les dinanderies, on remarquera une figurine de saint Pierre, un très beau flambeau du xii® ou xiii^ siècle représentant Samson et le lion ; des bouilloires des xiv^ et xv^ siècles et un réchaud en forme de coupe avec anneaux pendants du XV®.

Une vitrine de la petite salle de l'ouest est consacrée aux fouilles de Saint-Ouen. On y a réuni des boucles et fibules mérovingiennes, un curieux style à écrire, des carreaux de terre cuite incrustée de l'époque gothique.

Une très remarquable tapisserie se voit dans la grande salle de l'ouest; elle date de Charles VIII ou de lyouis XII et figure, dans un champ clos, trois cerfs volants avec l'étendard de saint Michel et de nombreuses banderoles à devises ; il semble que ce soit une pièce exécutée pour le roi de France, et le regretté G. lyC Breton estimait qu'elle provient du palais de justice.

Non moins intéressante, dans un tout autre style, est la tapisserie voisine, faite à Fontainebleau vers 1560 pour le

château d'Anet : on y voit Diane implorant de Jupiter le don de la chasteté ; dans les ornements on distingue les chiffres et croissants de Henri II et les têtes de chèvres emblèmes du duc de Brézé, le Delta de Diane, et çà et là les armes de la famille Grillo de Gênes ajoutées au xvn^ siècle, quand la précieuse tapisserie changea de propriétaire.

Une troisième grande tenture est une broderie de soie, allégorie pastorale exécutée à Saint-Cyr sous la direction de M.^^ de Maintenon.

La même salle renferme de beaux tissus français, italiens et orientaux des xv^ et xvi^ siècles, ainsi que des broderies et des orfrois du x\t:^ siècle de cette curieuse œuvre de Cologne, tissage repris en broderie. Parmi les belles pièces de cette salle, citons la chape du couronnement de lyouis XVI, peut-être de Saint-Aubin, une dalmatique de drap d'or donnée par Ferdinand et Isabelle à la cathédrale de Grenade. A remarquer encore un cartonnier et une pendule de Boulle, des bahuts d'ébène du xvii^ siècle et des cuivres orientaux, bassin du xrv® siècle incrusté d'argent, travail de Mossoul, bassin égyptien du xv^ siècle, bassin vénitien du xvi^ siècle en style arabe.

Une suite intéressante de vitraux garnit les baies du cloître . On y voit, chose très rare, des vitraux civils, une série de médaillons d'une belle couleur et d'une exécution très fine datant de 1609 et représentant des scènes intimes et curieuses qui retracent les passe-temps des douze mois de l'année ; vitraux de 1543, provenant de l'ancien hôtel de la corporation des Orfèvres. Ils figurent saint Êloi et des attributs. Parmi les vitraux religieux, remarquons les débris de très belles verrières du xiv^ siècle, d'une tonalité pâle, provenant de l'église des Augustins ; on y voit des anges d'un très beau style, et une Résurrection en grisaille. C'est par de tout autres qua-

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lités que se distingue la suite curieuse, haute en couleur et médiocre en dessin, des verrières figurant la légende de l'hostie qu'une femme cède à un juif pour recouvrer sa robe engagée. lyC juif poignarde le pain sacré, qui rend du sang ; la femme court, tout émue, dénoncer le sacrilège à l'official. Le supplice du juif terminait évidemment cette histoire, aujourd'hui écourtée.

Selon l'usage du temps, des vers quelque peu plats et embarrassés d'eux-mêmes expliquent les sujets. I/'œuvre appartient à un art dont l'imagerie d'Êpinal et la poétique des mirlitons conservent la tradition parmi nous. Bile ne manque cependant pas de saveur, et Rouen abondait jadis en vitraux naïvement édifiants du même genre. On a vu qu'il en subsiste à Saint- Patrice et à Saint-Vincent. A Saint-Jean, existait une plus curieuse suite de verrières, la légende du clerc adultère chaviré par les diables dans la Seine entre Rouen et le faubourg Saint- Sever, et sauvé finalement par Notre-Dame. Ces vitraux ont disparu depuis la Révolution.

Les collections de poteries du musée départemental forment avec le musée céramique de Rouen une histoire remarquablement complète de l'industrie des céramistes. Le musée archéologique est riche en vases trouvés dans des fouilles, et ce qui rend ces séries précieuses, c'est que les lieux et circonstances des trouvailles ainsi que les dates y sont notés aussi exactement que possible. L'honneur d'avoir recueilli et classé ces séries revient, pour la plus grande part, à l'abbé Cochet, le savant et célèbre auteur de la Normandie souterraine.

Bn parcourant les galeries, on peut, en quelques instants, voir de bons spécimens des grossières poteries des Gaulois, une suite assez complète de types de poteries romaines, puis de belles séries trouvées dans les tombes franques, et d'autres, plus rares, extraites des cimetières du Moyen Age, de fonds de

puits, de dépotoirs anciens ou du lit de la Seine, et exécutées depuis l'époque carolingienne jusqu'à la Renaissance ; ces séries sont précieuses pour dater les objets similaires, et l'on y remarque des formes ingénieuses, originales, parfois très gracieuses, comme celle de la tasse à bords festonnés, dite en ancolie. On assiste enfin, à partir du xv^ siècle et surtout au xvi^, à la naissance de l'art de la faïence.

Rien n'est plus curieux sous ce rapport que la petite collection de tessons et autres débris de poteries rassemblée dans une vitrine de l'angle nord-ouest du cloître : on y voit des restes de terres vernissées gothiques à reliefs, les unes ayant les couleurs rouge et jaune des carreaux de pavement du Moyen Age, les autres enduites, comme les carreaux de poêles germaniques, d'une couverte translucide verte : un curieux fond de plat de ce genre représente l'histoire du roi de Mercie, légende médiévale bien connue, imaginée d'après la représentation inexpliquée du Jugement de Paris.

A l'autre angle de la galerie nord, une vitrine d'assiettes et de pichets est des plus curieuses : à côté du type ordinaire de broc du xv^ siècle, à panse ornée de côtes ou d'arêtes parfois gaufrées, légèrement infléchies ou ondulées, se voient des pièces à décoration gravée sur engobe, ornées de rinceaux, de godrons à l'italienne et d'inscriptions gothiques ; les plats et écuelles ont pour motif central une rosace ou un buste de personnage en costume du temps de Charles VIII ; sur le bord, courent également des devises gothiques. Ces devises de î)ichets et de plats sont assez amusantes : en voici quelques-unes dans la note populaire proverbiale : Mieulx vault tard que jamès — Je t'en quitte — Parlons de nous — Qui n'a ne perde — Aus vostre — Sela non plus, ou de caractère pieux : Ave Maria. — Enfin, cette idée attristante rehaussée d'un gros calembour : Pensez à la tnort poure sot.

Cette curieuse vaisselle a conservé l'écho des propos de table d'autrefois.

Le procédé consiste en une engobe vernissée, rehaussée de quelques touches d'émail vert et dans laquelle des dessins sont grattés à la pointe, dégageant le fond rouge de la terre. C'est aussi le procédé des faïences italiennes dites alla Castellana, imitées elles-mêmes sans doute de poteries de Chypre et d'autres contrées d'Orient. On a trouvé aussi de ces poteries à Beauvais, à Boulogne, à Êvreux, à Hesdin et à Troyes.

lyC musée possède également une belle collection de carreaux de terre cuite de différents types : carrelages de pavements et briques à reliefs, destinées à former le plus souvent des intérieurs de cheminée : les types sont nombreux et variés : dès le XII® siècle, le pavage de la Chambre aux Clercs de l'abbaye de Saint-Ouen montre un assemblage très décoratif de carreaux de simple terre rouge découpés en forme de briquettes, de triangles et d'octogones de façon à composer un agencement d'étoiles. On voit un exemple analogue du xiii® siècle encore en place dans le sanctuaire ruiné de Fountains Abbey, en Angleterre. Un pavement provenant de Sainte-Catherinedu-Mont, forme un élégant ensemble du xiv® siècle.

Une série de briques moulées à dessins très remarquables de style flamboyant et de style Renaissance provient de Saint- Bustache-la-Forêt, près Bolbec.

Indépendamment des séries du musée céramique, le musée départemental contient de belles faïences : il faut signaler un plat de Cafaggiolo, du xv® siècle, où est représentée une procession, probablement à Florence ; un plat de Faenza du xv^ siècle dont le décor, uniquement vert et bleu, figure, dans un dessin d'un grand style, deux amoureux se faisant vis-àvis de chaque côté d'un arbre ; autour de la bordure, court une chasse ; des plats dits alla Castellana, dont l'un s'orne du

Triomphe de l'Amour ; plusieurs faïences de la Frata et deux beaux plats hispano-mauresques du xv® siècle. On a rapproché de ces faïences de prix deux très belles pièces de verrerie peinte et dorée, coupe arabe du xv^ ou xvi® siècle et plat vénitien de 1500 environ, malheureusement restauré.

Créé en 1863, le musée céramique de Rouen, installé dans le même palais que le musée des Beaux- Arts et la Bibliothèque, jouit d'une célébrité universelle et la mérite. I^e premier fonds a été formé de la collection privée d'un conservateur du musée, M. Pottier, achetée sur rapport de MM. Dubut et Guéroult. Bientôt, les pièces céramiques du musée départemental, échangées contre des objets de la collection Campana, vinrent s'y joindre et, en 1867, l'abbé Cochet, nommé conservateur du musée, lui faisait don de sa collection personnelle* Après lui, M. Gaston Le Breton a puissamment contribué à classer ces collections et à les enrichir, tant par ses achats intelligents que par ses dons; on lui doit une excellente monographie du musée. N'oublions pas non plus le beau livre de M. Pottier Histoire de la Faïence de Rouen, ni celui de ]M. Maze- Sencier, auquel est empruntée l'illustration de ces pages.

Nulle part ailleurs qu'au musée céramique de Rouen, sauf peut-être à celui de Sèvres, on ne peut étudier de façon aussi complète l'histoire de la faïence.

On sait que la faïence se distingue, d'une part, de la porcelaine, composée de terre blanche et dure spéciale dite kaolin et, d'autre part, de la poterie vernissée, dont il vient d'être question, et que l'on appelait plombée au Moyen Age parce qu'elle porte une couverte transparente à base de plomb. Dans la faïence, au contraire, la couverte est opaque et l'oxyde d'étain y joue le principal rôle ; aussi appelle-t-on cette couverte émail stannifère. Cet émail, le même que celui des émaux peints sur cuivre, a été très rarement employé en Occident

avant le xiv^ siècle, il n'entra véritablement dans la pratique en France qu'au cours du xvi^.

Le premier faïencier connu à Rouen est Masséot Abaquesne ; il avait son atelier à Sotteville. En 1542, il signait le pavement du château d'Écouen. La persormalité de l'artiste a été mise en lumière par MM. Pottier et Gosselin ; leurs recherches ont été complétées par celles de M. Gaston Le Breton. Celui-ci a démontré qu'outre le pavement d'Êcouen, il faut lui attribuer ceux des châteaux de Madrid, d'x\net, de Polisy et de la Bastie d'Urfé, ainsi que celui d'une maison de Pont-Audemer, celui de la chapelle des fonts de la cathédrale de Langres, daté de 1551 et enfin la frise du charmant colombier de la ferme des abbesses de Saint-Amand à Boos.

Geoffroy Monstier, Rouennais, peintre du roi Henri II, paraît avoir exécuté les cartons dont se servait le faïencier. Les carreaux et les poteries de Masséot Abaquesne ont un décor bleu ou jaune sur fond blanc ; leur style est un pastiche absolu des faïences italiennes, comme en témoignent les vases de pharmacie du Louvre et du musée de Rouen (peut-être de ceux que commanda en 1556 l'apothicaire Pierre Dubosc), la gourde de la collection Dupont- Auberville et les carrelages dont le principal est celui d'Êcouen. Ce dernier représente des figures de héros : Mutins Scevola, Curtius, conservées à Chantilly, et des emblèmes et devises que l'on voit à Bcouen, aux musées de Cluny, de Sèvres et de Rouen.

Laurent Abaquesne, fils de Masséot, a signé un vase en forme de biberon de l'hôpital de Bayeux. Sa veuve, Marion Durand, dirigeait la fabrique en 1564. On lui attribue le carrelage de l'ancien hôtel de ville du Havre.

Après ces renseignements, l'histoire des faïenciers rouennais présente une lacune jusqu'à la date de 1644, où Nicolas Poirel, sieur de Grandval, céda à Edme Poterat, sieur de Saint-

Etienne, le privilège qu'il avait obtenu pour la fabrication de la faïence. Bn 1648, la durée de ce privilège fut fixée à cinquante ans. Deux pièces du musée de Rouen, un plat aux armes d'Edme Poterat et une bouteille, portent la légende : Fait à Rouen, 1647.

Ce n'est plus le style italien, mais celui de l'atelier de Nevers, au temps des Conrade qu'imita Bdme Poterat. Plusieurs ouvriers nivernais s'étaient alors transportés à Rouen, et l'imitation fut parfois si parfaite qu'un plat du musée ne doit la certitude de son origine qu'à la présence des arm^oiries de Bigot de Monville, président à mortier du Parlem^ent de Normandie, de 1637 à 1675.

Les faïences de Delft, imitées elles-mêmes des porcelaines de Chine et du Japon, devinrent à leur tour, dans la seconde moitié du xvii^ siècle, les modèles des faïenciers de Rouen, puis, dans le dernier quart du même siècle, et sans abandonner le décor hollando-chinois, ils se créèrent enfin un style personnel. Il s'inspire des motifs de dentelles, broderies, ornements typographiques et marqueteries créés trois quarts de siècle auparavant : c'est, en effet, un décor régulier à fines arabesques conforme aux modèles de marqueterie dessinés par André- Charles BouUe qui copiait lui-même Théodore de Br}^, Etienne Delaune, Virgile Solis ; bientôt aussi, on mit à profit les vignettes composées par les Papillon à la fin du xvn^ siècle.

En 1698, à l'expiration du privilège d'Edme Poterat, d'autres fabriques s'installent, les modèles et les couleurs deviennent plus variés. Jusque-là, le rouge s'était ajouté au bleu et au jaune originels ; en 1699, Brument signe une belle pièce pol}^chrome où se combinent une bordure de style rouennais et un fond hollando-chinois ; après ce plat, la plus ancienne pièce polychrome datée est un pichet de 1708, mais dès 1673, le privilège de lyouis Poterat l'autorise à peindre « la faïence de

toutes couleurs à la façon de Hollande ». La polychromie était donc, elle aussi, inspirée des modèles de Delft.

La période de 1720 à 1740 marque l'apogée de l'art des faïenciers de Rouen, et se caractérise par le style rayonnant, développement de la manière antérieure. Les plats, souvent très grands, ont au centre une rosace et sur le pourtour une dentelle qui ra^'-onnent l'une vers l'autre et se rejoignent à intervalles, déterminant des compartiments de fond disposés en éventail. Même disposition sur la panse des vases et des fontaines, ornées de riches bordures en haut et en bas.

Parmi les variétés de la faïence rouennaise, il faut encore noter le décor ferronnerie, inspiré de modèles de serrurerie et qui fut en honneur de 1725 à 1740.

De 1725 à 1735 environ datent des pièces d'une variété rare, car la réussite en était difficile, ornées d'arabesques bleues sur fond de jaune d'antimoine, et c'est entre 1725 et 1740 que furent exécutées les plus belles figures en ronde bosse, telles que les cariatides des Saisons par Nicolas Fourqueray, successeur de Louis Poterat, qui sont au Louvre, ou les sphères terrestre et céleste du musée de Rouen, peintes par Pierre Chapelle en 1725, dans la manufacture de M^^^ Lecoq de Villeray, successeur d'Edme Poterat. Les figures qui ornent les socles symbolisent les Éléments d'une part ; de l'autre les Arts et les Saisons.

Colbert s'intéressait à l'industrie rouennaise, et Edme Poterat exécuta des vases et des carreaux pour Trianon, mais un encouragement indirect et non volontaire fit plus que les commandes officielles pour le développement de l'art des faïenciers : on connaît les désastreux édits de 1689, 1700, 1709, qui obligèrent la noblesse à faire fondre toute son argenterie et dont le roi et les princes activèrent l'application par leur exemple. L'irréparable destruction de tant d' œuvres du

Moyen Age, de la Renaissance et du xvn^ siècle, plus précieuses encore par le travail que par la matière, fut compensée en quelque faible mesure par les vaisselles de faïence fine dont il fallut regarnir les dressoirs.

L'usage de la vaisselle de parade, auquel nous devons les trop rares objets d'argenterie artistique qui sur\'ivent de l'Antiquité et du Moyen Age, restait alors en grande faveur ; il n'a pas encore complètement disparu. C'est pour des dressoirs que furent faites à Rouen et ailleurs les pièces de luxe fines et richement décorées, qui furent toujours bien plus rares que la vaisselle courante et commune.

Au milieu du xvni® siècle, la céramique rouennaise eut un retour aux m.cdèles chinois, mais inspirés, cette fois, directement des pièces asiatiques, et traités dans la polychromie la plus vive. Au même temps et à la même inspiration appartiennent les bcrds quadrillés créés par le faïencier Guillibaud, et dont le meilleur exem.ple est le service offert en 1728 à François II de Montmorency-Luxembourg. Moins coûteuse que les somptueuses dentelles du style rayonnant, cette décoration est aussi moins élégante.

C'est encore vers le milieu du xvm^ siècle qu'Edme Poterat imagina la faïence brune à marbrures blanches, imitant les veines de l'agathe, et que se produisit une nouvelle imitation des procédés de Nevers, la faïence décorée d'ornements blancs et jaunes sur bleu empois.

Enfin, dans la seconde moitié du xvni*' siècle, le style

rocaille prend possession de la faïence de Rouen : on peut citer

comme la pièce la plus rare de ce style la grande colonne de

cheminée conservée au musée de Rouen. Ses cartouches sont

ornés de fines peintures mythologiques.

Parmi les motifs les plus célèbres du style rocaille, il faut citer le décor au carquois, avec ses trophées d'arcs et de torches.

et celui à la corne d'abondance, qui apparut vers 1760 et persista longtemps.

C'est vers 1770 que l'on imita les semis de fleurs des porcelaines, spécialement de celles de Meissen.

Vers 1775, le faïencier M. T. Ph. Levavasseur introduisit à Rouen la peinture sur émail cuit, fixée au feu de moufle, procédé emprunté aux ateliers de Strasbourg et de Marseille, dont certaines maladresses de coloris et de dessin distinguent les produits rouennais.

Sous I ouis XVI, la faïencerie rouennaise aborda sans grand succès les bas et hauts-reliefs imités de la porcelaine de Saxe. Ses œuvres en ce genre sont très lourdes.

Bn 1786, Rouen avait dix-huit faïenceries prospères, mais cette année-là même se signait le traité de Vergennes, qui psrmettait l'entrée en France des faïences anglaises à des conditions qui devaient ruiner l'industrie nationale, et en même temps, le bois nécessaire à la cuisson enchérissait rapidement : en 1802. Rouen n'avait plus que six fabriques ; en 1807 quatre.

Elles avaient fait à la fin de leur carrière quelques essais de fabrication de terre de pipe, à l'imitation de l'Angleterre.

Rouen a fait aussi quelques porcelaines, et même les premières porcelaines qui furent fabriquées en France, car, dès 1690, Louis Poterat en avait trouvé le secret.

Il semble aussi que Jacques-Nicolas Levasseur ait produit quelques porcelaines tendres.

Les nombreux brocs à cidre de faïence de Rouen sont souvent des cochelins, ou cadeaux de noces, portant le nom des époux avec leur effigie et celle de leurs saints patrons. On peut citer celui qui fut offert à un maître faïencier de Rouen, Nicolas Malétra, vers 1740.

Les faïenciers de Rouen ont fait école : à Quimper, l'industrie céramique fut importée au XYin*^ siècle par Pierre-

Clément Caussy, fils d'un célèbre faïencier rouennais ; à Sinceny, le premier directeur de la faïencerie fut à la même époque Pierre Pellevé, Rouennais ; il avait amené ses ouvriers ; il en fut de même à Saint-Omer, où des artisans venus de Rouen produisirent des faïences du style rocaille tout à fait semblables à celles de leur pays d'origine.

Les modèles de Rouen ont été imités aussi à Bruxelles, et en Allemagne à Anspach.

Le musée céramique de Rouen réunit à la fois des échantillons de choix de toutes les faïences et j)orcelaines rouennaises, des moules anciens et des spécimens de toutes les autres parties de l'outillage des céramistes ; enfin, des pièces de céramique non rouennaise, dont les unes sont des points de comparaison bien choisis, démontrant l'influence exercée par les modèles d'Italie, de Hollande, de Nevers, de Strasbourg ou d'Extrême-Orient et d'Angleterre, et dont les autres sont seulement des pièces belles et rares : iDlat de Bernard de Palissy, poterie d'Avou, près Fontainebleau, et d'Avignon ; épis et plats en terre vernissée du Pré d'Auge, Noron, IMartincamp et autres fabriques normandes, et de faïences de Nevers.

Signalons aussi des panneaux de paysage peints à Delft, probablement par Frédéric Van Frytom, et l'un des quatre violons de faïence connus, œuvre de Delft, trouvée jadis à Rouen par Sauvageot.

Parmi les porcelaines, ou remarque une assiette de Sèvres, au chiffre de M™^ du Barry.

Le musée des Beaux-Arts et la bibliothèque occupent un grand bâtiment moderne, auquel le regretté Sauvageot a donné, en même temps qu'un aspect monumental, une installation très étudiée. Entre la façade et la rue Jeanne-d'Arc s'étend le jardin Solferino.

Le musée des Beaux- Arts où se donnent aussi des expo si-

tions temporaires, comprend trois divisions, sculpture, peinture et céramique, c'est un des plus importants et des plus beaux musées de province, et un livre du double de celui-ci ne suffirait pas à en donner une idée complète. Je ne puis que signaler en quelques mots ses principales richesses.

La galerie de sculpture, moins importante que celle des tableaux, a quelques très belles œuvres : Pierre Corneille, Thomas Corneille et Rotrou, par Caffieri, VOreste de Simart (1842), qui peut être considéré comme son chef-d'œuvre, une Bacchante de Pradier, un GéricauU par Etex, un buste de Flaubert, exécuté par Bernstamm, sous la direction et d'après les souvenirs de Guy de Maupassant, les Lutteurs de Charpentier, le Pardon d'Ernest Dubois (médaille d'honneur 1901).

Sur le palier du grand escalier qui mène au musée céramique, on a placé une œuvre de Puget, Hercule terrassant l'Hydre dont l'effet est puissant et l'histoire curieuse ; ce groupe ornait une fontaine dans le parc du château de Vaudreuil ; la Révolution avait tout nivelé ; M. Gaston Le Breton, alors conservateur des musées de Rouen, informé de la découverte des abbés Porée et de La Balle, entreprit des fouilles qui ramènent au jour les débris du groupe de Puget, qu'avec patience et bonheur il raccommoda pour le mettre à la place où nous l'admirons.

De belles peintures de Puvis de Chavannes ornent les murs de l'escalier monumental.

S'il fallait absolument désigner le plus précieux entre les chefs-d'œuvre nombreux de ce musée, je nommerais le tableau célèbre de Gérard David, la Vierge entourée de saintes assises et accompagnée d'anges musiciens ; dans les angles supérieurs du tableau, deux personnages placés à un rang plus modeste sont considérés avec vraisemblance comme étant le peintre et

sa femme ; on les retrouve dans un tableau de la collection Somsee qui figura avec celui-ci à l'exposition de Bruges. Dans la même salle, on peut admirer trois panneaux de Pémgin : l'Adoration des Mages, le Baptême de Jésus et la Résurrection, ayant fait partie d'un retable, dont le reste est à I^yon ; une toile de Paul Véronèse Saint Bernabé guérissant les malades, le Songe de Polyphile, de Le Sueur ; Vénus et Enée de N. Poussin, une marine, d'une très jolie qualité, par Jean van Goyen ; un tableau remarquable de Jean Jouvenet, la Mort de saint François, d'une tonalité grise et chaude tout à fait délicieuse, et une série de beaux portraits : la Duchesse de la Force par Fr. de Troy, M'^^ Vigée Le Brun par I^ouis David, Ducreux en officier de marine, par lui-même.

Dans une autre salle, on peut admirer à divers titres quelques bons tableaux flamands : Berghem, Concert sur une place publique ; Ducq, Intérieur d'estaminet hollandais ; italiens : Guardi, la Villa ; Pietro Longhi, Venise 1702, Partie de cartes. Dans la salle du Gérard David, signalons : Guerchin, la Visitation ; Annibal Carrache, Saint François d'Assise, une très belle toile qui n'est pas de la manière ordinaire du maître ; parmi les œuvres françaises, les Blanchisseuses de Fragonard ; une assez intéressante Vue de Rome par Martin ; et des œuvres espagnoles telles que le bon Samaritain de Ribera, réplique de celle de Munich, et le curieux Portrait d'homme montrant une mappemonde que 1 on a longtemps pris pour un Christophe Colomb et dans lequel on se résigne aujourd'hui à voir un inconnu, mais que le peintre Bonnat attribue à Vélasquez

Un curieux tableau est le panneau du xvi« s. qui représente une Diane à peu près nue, assise sur le gazon. On a supposé qu'il était l'œuvre du Primatice : l'attribution n'est pas vraisemblable ; on y a vu un portrait de Diane de Poitiers mais il ne lui ressemble pas ; ce qui reste certain, c'est que

l'œuvre ax^partient à l'École de Fontainebleau et qu'elle est curieuse ; le grand baudrier d'orfèvrerie que Diane porte en sautoir a été détaillé avec amour par l'artiste, et c'est un bijou exquis et curieux, dont le modèle a dû être pris sur quelque échaqoe existant réellement. Les motifs rappellent les émaux de la célèbre ombrelle de Diane de Poitiers, de la collection Reiset.

Il est impossible de ne pas citer et il serait trop long de décrire comme ils le méritent des tableaux tels que les Baigneuses de Lancret, la très belle Nativité et V Amadis berger de Lahire, le Concert d'anges de S. Huet, la Fête à Paies ou VEté de Suvée, la Chasse au cerf de Fr. Desportes père et la Chasse à la biche d'Oudry : les esquisses de la Coupole du Val de Grâce par Jouvenet et une réplique de son portrait du lyouvre : un beau. Portrait de chartreux de Restent ; un très curieux portrait de Pierre Corneille, qui n'évoque que l'image d'un homme de loi d'aspect épais, vulgaire et négligé. A ses familiers, aux passants, aux indifférents, aux inintelligents, comme le peintre de cette œuvre, peut-être même seulement aux non avertis, notre plus grand poète tragique apparaissait donc sous ces espèces désobligeantes ! Ce tableau est x)énible. Au point de vue historique, une autre œuvre intéressante, c'est la grande vue anonyme de Rouen au xvii^ siècle, qui montre le pont de bateaux et sa barbacane, le port et la ville reproduits, semble-t-il, avec une fidélité parfaite.

Citons encore quatre grands paysages d'Hubert E.obert ; de Ivcly, les portraits d'un chevalier, d'une femme et de Henriette de France avec ses enfants ; de Van Bosch, une Scène de sabbat ; de L. Boilly, une Scène de la vie de M. de Fontenay, ancien maire de Rouen ; un portrait de Descamps par lui-même.

ly'Ecole moderne n'est pas moins bien représentée que les Ecoles anciennes.

Corot est représenté par deux toiles exquises. Une œuvre particulièrement admirable est la Justice de Trajan, de Delacroix. Cette grande toile a eu bien des infortunes ; elle avait été déclouée du châssis et elle est restée quelque temps roulée, non sans en souffrir ; ce traitement a nécessité de nombreuses retouches, mais, par bonheur, elles ont été faites par l'artiste lui-même.

Entre plusieurs œuvres de Daubigny, une vue des Bords de l'Oise et les Bords de l'étang de Ville d'Avray ; de Géricault, un Officier de carabiniers, un Cheval an été par des esclaves, et le Cheval du plâtrier ; une des plus belles œuvres de Ribot, le Supplice d'Alonzo Cano ; une petite toile à la fois très belle et très rare de Millet : un portrait, présente toutes les qualités que le maître appliquait de coutume à d'autres genres ; poésie, originalité de vision, synthèse puissante, lumière douce et dorée, dessin simple, ferme moelleux, il y a tout cela dans ce buste d'un fonctionnaire sanglé dans son uniforme et coiffé de sa casquette d'crdc nuance ; c'est le capitaine du port du Havre. Cette intéressante rareté a été découverte et acquise par M. G. Le Breton.

Le Cheval dans un pré, en Bretagne, est une des plus belles toiles de Rosa Bonheur ; il faut admirer dans le voisinage la Partie de loto de Chaplin, le Mazeppa de Louis Boulanger, Stamboul de Ziem, vrai et poétique effet de crépuscule du matin. Les vainqueurs de Salamine, de Cormon, que nous connaissons tous et à qui, en faveur du mouvement, de la lumière, de la couleur, de la poésie qui se dégagent de cette toile, nous pardonnons de débarquer à cheval ; Horace avait d'avance excusé l'artiste poète.

Poétique et célèbre aussi est l'œuvre de Luc-Olivier Merson, Saint Isidore en prière pendant que l'ange le remplace à la charrue ; et l'œuvre hardie de Court, Sainte Agnès, dont la

nudité lumineuse rayonne au centre du tableau, frappe d'épouvante et de cécité les misérables qui s'approchent d'elle et intimide même un peu le spectateur.

La Belle Zélie d'Ingres est, en réalité, un portrait de jvxme Aymon ; le dessin impeccable de cette figure qui n'est pas absolument régulière, le charme du sourire et des yeux nous ravissent et font voir, en dépit de la couleur, que le modèle n'était pas une figure de cire.

De la poésie recueillie à plein pinceau dans les sites que le passant traverse indifférent, vous la savourerez dans les toiles de Pelouse, dans V Ecluse dans la vallée d'Optevoz, de Daubigny.

Citons une oeuvre de jeunesse de Stevens, dans un genre qu'il a peu cultivé. Un métier de chien, pris sans métaphore, souvenir du pays de l'artiste, où tant de pauvres toutous halètent et s'écorchent les pattes en tirant sur le pavé raboteux de lourdes petites voitures.

Citons le Retour de chasse de Luminais ; l'appétissante Marée de Bergeret ; V Enigme d'Agache ; la Fin de Journée de Nozal ; V Andromaque bien connue de Rochegrosse ; un portrait de Pouyer-Quertier par Debat-Ponsan ; un joli Sous bois de Def aux ; Etretat par le Poittevin et un tableau naguère célèbre du maître rouennais Court : Boissy d'Anglas.

Parmi les pastels, citons un beau portrait du célèbre financier Samuel Bernard, par Vivien ; parmi les dessins, ceux de Puvis de Chavannes, de Géricault, de Wateau, de lyC Sueur, et, comme documents d'histoire locale, la vue de Rouen par Cochin fils, et la Visite du Premier Consul à la manufacture de M. Sévcnne, par J.-B. Isabey.

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