DelaqiicrriÎTc : 7^, I, p
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que très rarement des chambres à coucher, mémo pour les domestiques. La forme pignon de la façade excluait la mansarde, à peine permettait-elle une lucarne. Le grenier servait de réserve pour les vieux meubles, de séchoir pour le linge, de magasin pour le bois et les provisions. Toutefois dans les maisons d'artisans, sur l'Eau de Robec ou dans le quartier de Martainville, le grenier était utilisé pour étendre les laines nouvellement teintes ou pour encoller les chaînes. Sa configuration se transformait : de grandes baies ouvertes à tout vent laissaient passer l'air et la lumière. La fonction changeait. Le grenier devenait atelier comme l'ouvroir, au rez-dechaussée '.
La partie la plus imparfaite était l'escalier. Pour laisser aux appartements toute la surface, il se trouvait primitivement en dehors comme dans les chaumières de campagne, abrité seulement contre les intempéries par le prolongement de la toiture. Plus tard, il demeura sur le côté cour ; mais on l'enferma dans l'immeuble. Il était très étroit et d'accès fort difficile. Dans les maisons en pierre, on prit le parti de le mettre à l'extérieur dans les tourelles saillantes placées aux angles ou sur le milieu des façades, imitant la construction des escaliers des églises. Outre les tourelles d'escalier, on construisait par gloriole des tourelles en façade ou aux angles pour faciliter la distribution du logis ^ Mais c'était un cas particulier aux demeures des familles aisées. Le plus communément, l'escalier reste attaché à l'extérieur sur la façade de la cour.
C'est par l'escalier que s'évacuent les ordures ménagères, c'est également sur l'escalier que se trouvent les fosses d'aisance, à fonds perdu, le plus souvent au-dessus des nombreuses rivières qui parcourent Rouen, ou à dé-
I. Delaquerricre : j^, II, p. 7, 27U; Noël: 2li!^, p. ^2; B. Arch. et Cous.: 1908, p. io3, 1909, p. 3i.
•j.. Delaquerricre: 74, I, p. 3c), II, p. i3, gS ; B. Arch. et Cons.: 1900, p. 40.
LES MAISONS 3l3
faut au-dessus de cloaques creusés dans la cour même. Le plus généralement jusqu'à une époque très récente, les égouts de Rouen sont constitués par des ruisseaux. Un seul, le trou Patin, traversait au centre de la ville 56 immeubles situés dans 6 rues très peuplées. 28 de ces immeubles y possédaient des chutes de latrines et les autres y jetaient tous leurs immondices. Dans une Aille oh la population entassée dans les enceintes n'avait d'autre boisson que l'eau du sous-sol très perméable ou l'eau des rivières déjà très contaminées par l'industrie, cette évacuation des ordures ménagères augmentait considérablement les chances de la mortalité '.
Telles furent longtemps les caractéristiques de l'habitation de Rouen. Au xvin" siècle les maisons à destination d'atelier sont encore construites sur ces données^. Ce plan assez fruste et très voisin de celui des chaumières suffisait aune population que les épidémies et les guerres rendaient stationnaire et dont les goûts étaient demeurés peu difficiles parce que la fortune, en dehors de la noblesse, demeurait dans les mains privilégiées du haut négoce. On sait comment la fin de la guerre de Cent ans détermina dans toute la Haute-Normandie une prodigieuse renaissance. Les 36 églises paroissiales de Rouen furent construites de i45oà i5/40. La cathédrale fut ornée de son grand portail et reconstruite à neuf dans sa partie centrale. Dans le môme temps, on acheva le Palais de Justice, l'hôtel de Bourgtheroulde, l'aître de Saint-Maclou. Le goût de bâtir, fonction de la fortune, était général. Avec l'augmentation de la population et la recherche du bienêtre qui on étaient les conséquences, la ville se transformait et avec la ville, l'habitation.
Mais les matériaux employés, presque à l'état naturel, se prêtaient mal aux agrandissements. Avant de gagner
1. Levillain : 2fl<). p. lô; Houchcr: v.</. p. 170; h. S. indus.: 188O, p 5g5; A. miin. délib. : A" i5i8; A'' i557; A. Nat. : (Y- 160.
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Cil hauteur, ce qui moflifiail la technique architecturale, on empiétait, autant que l'aire se pouvait, sur la voie puhlique. Le système des galeries à arcades exigeait, pour supporter les façades, des piliers très forts ; il était impossihle de se les procurer aux environs de la cité. Cet appaleil demeura confiné à quelques grandes places très achalandées, celle de la cathédrale, celle de la Basse- Vieillc-Tour où on le voit encore ; mais dès le \v' siècle son prix élevé le fit ahandonner et lencorhellement devint la règle générale. La charpente de hois facilitait ce dispositif. Malheureusement, les rues devenaient de plus vn plus étroites à mesure que la ville devenait plus riche et populeuse. Par l'encorhellemcntlcs voies de communication s'obstruaient facilement. C'était excellent pour la défense, mais déplorable pour l'ingiène. Dès 1020, l'échevinage interdit ce procédé'.
La maison de l'artisan , dans les quartiers pauvres de Saint- Vivien et de Saint-IIilaire, demeura conforme au type du xvi" siècle, avant l'encoi-bellement ; ses habitants ne pouvaient supporter les frais de transformation ; ils continuèrent à s'entasser dans une seule pièce. Par contre, les marchands du centre de la cité, principalement autour des rues du Bac et du Gros-IIorloge, se décidèrent à surélever leur comble pour loger un deuxième étage, semblable en tout point au premier. Mais si elle répondait aux besoins familiaux, celte solution ne résolvait pas le problème général de l'augmentation de population. La notion de l'abri individuel était trop ancrée chez les Uouennais pour que deux ménages logeassent sous le même toit et les matériaux en usage ne permettaient pas d'établir deux étages supplémentaires, nécessaires pour une nouvelle famille. On gagna en largeur ce qu'on ne pouvait prendre en hauteur. On construisit un nouveau bâtiment sur la cour. Un corridor et une porte spéciale
1. Yiollel le Duc: ouv. cité. p. a/49, ^^7' "-^"'O ' Delaiiuerriîro : ji. H. j). 8; A- mun. délib.: A'- i520.
pris sur la boutique et la façade assuraient ses communications particulières avec la rue. tandis que le bâtiment de devant gardait ses entrées propres par la pièce du rezde-chaussée. La portion de cour non bâtie comprenait un
Côté du houlanger
t p"rdi
3 toiifs.
FiG. 18, If). — Rez-de-chaussée el premier étage d'une maison rouennaisc, 1670 ; d'après A. S. I. : G. 7818.
puits et un escalier communs aux deux maisons. Dès cette époque, le jardin est très réduit, les maisons du xvi" siècle parvenues jusqu'à nous nous révèlent le plus souvent ce même type d'habitat : doux habitations séparées
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par une cour et clans chacune une boutique au rez-dechaussée, deux étages identiques, un grenier'.
Au xvn* siècle, l'état régressif de la population maintint ce dispositif général. Mais la complication de l'existence, la recherche du bicn-ètre augmentèrent le nombre des pièces sans que la surface totale fût modifiée. Une civilisation plus évoluée exigeait que chaque appartement eût sa destination particulière. A côté de la boutique on construisit une cuisine d'où partait souvent l'escalier qui conduisait aux appartements et toujours le degré qui menait à la cave ; aux étages, des murs de refend séparèrent des cabinets pour les enfants et les domestiques ; dans le grenier, le comble à la mansarde accrut encore le nombre des pièces logeables. Ce plan prévalut longtemps (fig. i8, 19). Les inventaires des biens nationaux nous apprennent qu'il était encore en usage à la fm du wiu" siècle. Toutefois, à celte époque, la surface non bâtie des immeubles a encore diminué. L'essor du coton avait exigé de nouveaux locaux. On les prit sur les parties libres de la cour et surtout sur les jardins. Le plus généralement cette nouvelle maison communiquait directement sur une autre rue, mais souvent encore ses relations n'étaient assurées avec l'extérieur que par des couloirs placés dans le bâtiment de la cour et dans celui de la façade. L'ancien boël avait complètement changé de destination. La fonction agricole de l'immeuble avait fait place à la fonction industrielle et commerciale".
11 ne restait guère de place habitable quand l'industrie cotonnière connut dans la première moitié du xix" siècle la môme prospérité qu'à ses débuts. Les dernières cours du quartier Cauchoise furent couvertes pour y accumuler des cotonnades : mais la main-d'œuvre resta entassée autour des machines dans les vallées ou sur les plateaux
1. Quenedey: gy. p. lO, 17; lî. -\m. des Mon. : 1901, p. 55. 58.
2. Dolaquerrière : 7^. II, p. 99 ; Dubosc : j(J, p. i33, i'ù!\, i35, l58 ; A. S. 1. : G 7203, 73i5, 7818, 4389; A. Nat.: Q-^ 160.
environnants. Toutefois, au même moment, l'augmentation du transit, l'amélioration du port, 1 ouverture de la voie ferrée amenèrent toute une population de dockers, de uiaçons, de terrassiers; elle fut forcée de loger en ville, à proximité de leurs chantiers. Dans les quartiers Martainville et Saint-^ ivien, on construisait partout 011 il restait quelque espace, sur les cours, sur les escaliers, sur les galeries, sans souci de l'hygiène la plus élémentaire. Les bouges de la cour du Lierre, du Panier fleuri, du trou Martin contenaient i 800 lits. Les villages voisins de Rouen oîi les conditions extérieures étaient plus favorables n'offraient pas sous ce rapport une situation beaucoup meilleure. A Sotteville, avec des rues larges, bien aérées, des maisons espacées, des cours, des jardins, les appartements étaient malsains parce qu ils étaient en contre-bas du sol extérieur et que les fosses d aisance voisinaient avec les puits. Les ouvriers de Rouen étaient, après ceux de Lille, les plus mal logés de toute la France'.
Au début du XX'" siècle de nombreux quartiers sont encore aussi misérables. Sans doute l'habitation du bourgeois est élégante et établie suivant le dernier confort moderne ; sans doute dans les 5*" et 6" cantons l'abri individuel est devenu presque une règle. La maison de l'ouvrier composée d'une salle avec cuisine au rez-de-chaussée, deux chambres à l'étage, un grenier mansardé, par derrière un petit jardin avec buanderie et fosses d'aisance, cette maison est petite mais saine. Mais au centre de la vieille métropole, les cités populeuses habitées par les déchargeurs, par les journaliers, n'ont fait aucun progrès. Les maisons dans le quartier .Martainville sont pour la plupart vermoulues. Los couloirs et mrme les pièces sont des cassecous, les ordures n ont aucun système d'évacuation. A
I. Delaqucrrière : 7^. H, p. 108; Audiganc: /70. I, [)• 71, 3oi ; Panel: a68, p. 282, 284, 287; Dcjean: L'fi.'i. p. So'i : Villermt; : :t/j. I, p. i'.]t); lî. S. indus. : 1890, p. 333.
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Saint-Sevor, })eaiicoup de demeures se trouvent en contre-bas de la rue et n'ont que des bétoires pour évacuer les eaux ménagères ; des fannilles entières s'entassent dans une seule pièce. La cour du Vert-Buisson contient i/io locataires entassés sur /|2o mètres carrés. On devine ce qu il advient dune cobabitation prolongée dans ces immeubles: douleur et paralysie. L'bygiéniste a parfaitement raison de répéter ses attaques contre ces témoins d'une activité passée. L'art n'a rien à perdre à leur destruction'.