‹ Rouen; étude d'une agglomération urbaineChapitre 105 sur 168 · I. — Les premiers établissements · texte numérisé non relu

I. — Les premiers établissements

(( Les fleuves de nos contrées d'Europe n'ont pas été, autant qu'on le dit, les chemins primitifs des peuples. Leurs bords encadrés de marécages, d'arbustes et de broussailles ne se prêtaient guère aux établissements humains. Les hommes se sont établis de préférence sur les terrains découverts oii ils pouvaient pourvoir le plus facilement à ces deux besoins : abri et nourriture. » Les fouilles archéologiques nous permettent de croire que le Caux et le Vexin ont été peuplés par les Paléolithiques, mais les seules traces durables et certaines révélées par le sol de Rouen sont de provenance néolithique. Venues par la vallée, ces populations se sont établies à une certaine distance de la rive à l'abri des inondations : menhirs de Petit-Couronne et de Saint-Etienne du Rouvray, dolmen de Léry; elles ont construit dans le lit même du fleuve, à l'abri des pillards : palafittes de Poses et de Rouen. Au bas de la rue Grand-Pont, à l'extrémité de ranticlinal entre la Renelle et le Robec, on a découvert à 8 mètres de profondeur des pilotis supportant un reste de plancher et dans le voisinage des débris de tissus, des silex polis, des graines de mil attestant l'activité de toute une cité lacustre. Avant d'être un emporium, Rouen fut une station tête de gué '.

Elle eut longtemps ce rôle unique. Les découvertes

1. Maunier: ouv. cité, p. l^l^^, Ratzcl: Politische Géographie, ouv. cité, p. 57; Vidal de la Blache: La Géographie politique. A. G., 1898, p. 108, loq; Zimniermann: La Géographie humaine iraprôs J. Brunhcs. A. G., 1911, p- 102; O. Sihlùler : Bcmerkungcn zur Siodelungs Géographie, Géog. Zcitschr., V, 1899, p. 65, 84.

2. Vidal do la Blache: Tableau de la France, ouv. cité, p. i05; Sion : 3ro, p. 116, 117; Fallcx: a88, p. 98; deVesly: 244- [>• 109; Fouquet: 23^. I, p. 2 ; Ghéruel: 222, p. 11.

préhistoriques sont rares en dehors des cabanes, des palafiltcs ; tout le mobilier mis au jour est presque entièrement romain, gallo-romain, franc ou mérovingien. Il est vraisemblable que du temps de César « la ville n'était si grande qu'à présent, car si elle 1 eût été. dit Belleforest dans sa cosmographie universelle. César n'eût oublié de mentionner sa magnificence, force et grandeur afin d'avoir moyen de se glorifier de l'avoir forcée, ainsi qu'il fait des autres villes de Gaule qui lors étaient en grand bruit ' » Cependant, avec la paix qui suivit la conquête romaine, la circulation se fit plus intense. Le passage de Rouen entouré d'habitations, protégé par une garnison', fut de suite achalandé. Entre les marais du Malpalu et ceux du Lieu de Santé, le faîte qui menait aux plateaux du Nord vers les terres limoneuses devint une route fréquentée. L'agglomération s'allongea sur cet axe. On a retrouvé depuis, dans son voisinage immédiat, de nombreux cimetières. Mais pour venir au fleuve, pour traverser la forêt, les Véliocasses suivaient la vallée du Robec, les Caletes, la vallée de la rivière de Clères. Ces deux directions prolongées se croisaient sur l'itinéraire principal en un point, plus tard appelé la Crosse. Au début, celte bifurcation fut plus peuplée que le reste de la cité. Ce n était encore qu'une sorte de ganglion où les nerfs, se croisant, s'épaississaient seulement un peu plus cju en dehors. Mais de ce ganglion partiront les rues bientôt de plus en plus nombreuses qui mettront en relation la cité avec l'extérieur. Ces deux coordonnées, Taxe du passage et l'axe des rivières, sont les directions principales suivant lesquelles se développera le réseau des comnmnications urbaines. Du jour où ce ganglion se forme, la ville existe.

1. Belleforest: La cosmographie universelle de loul le monde. Paris, i5"5, p. tj'i; Cochet: 282. p. !^l^o et s'«*.

2. La notice des dignités, rédigée vers 4oo, parle de Rouen comme le siège d'un corps important mis h la disposition du dux. traclus Armoricani et Nervicani, pour défen<lre le littoral contre les Saxons. Lavisse : ouv. cité. I, deux^' part., p. a(j2 : l'renloiit: .'iu'J, p. 48.

Lkvainville. — Rouen. ai

Les constructeurs de la première enceinte paraissent avoir eu l'idée de mettre ce nœud de routes à l'abri des bandes armées. L'enceinte, rectangulaire comme la plupart des enceintes romaines appuyées sur une rivière, comme celles de Metz et de Bologne, était traversée presque également par l'axe du gué. A l'est et à l'ouest le Uobec et la Renelle lui servaient de fossés. Au sud, la muraille était restée éloignée des inondations de la Seine dont les rives marécageuses présentaient une excellente défense. . Au nord-ouest, le mur protégeait les routes du Caux et du Vexin et venait butter contre les pentes boisées du plateau de Boisguillaume. Cette solution satisfaisait aux conditions stratégiques et économiques. Les rivières et le lleuve étaient un obstacle merveilleux en même temps que leur traversée déterminait l'emplacement de l'agglomération'.

Le christianisme, en pénétrant dans la cité, adopta le plan général tracé par le réseau routier. Les églises furent bâties à proximité de la transversale desj^ortes Saint-IIilaire et Cauchoise, un peu en retrait ])Our éviter les bruits incommodes du transit, sur les parties hautes, à l'abri des eaux des nappes turoniennes qui s'écoulaient à travers la ville. La cathédrale s'éleva sur la grande ligne des communications entre la Seine où accédaient les nefs et le carrefour oi^i allluaient les denrées. Les monastères peuplèrent les environs. Ils restreignirent d'autant biplace trop étroite réservée à de nouveaux habitants descendus des plateaux pour s'installer aux environs du gué. La jeune agglomération étoulTait dans ses murailles". Avant de savoir comment elle s'efforça d'en sortir et quelles considérations lui vinrent en aide, il est bon de connaître' quels obstacles pouvaient, en dehors des raisons militaires, s opposer à son accroissement.

I. Mauiiicr: ouv. citr, p. 3o3 ; nclaipicrritTc : 7}. I, p. ^7; Noël: :>34. p. Sg. \. 1111 pi. (le lu premitTO aggloini'ralioii clans Ilniiiloaux di- Sélry :

3. Lepecq : 2')/, p. au}; Fouquel: l'i'/. I, p. 3; Kulliic: l>l>4. p. 33; C.ochel: H2I, p. 18; do Vcsly: B. S. émul.: 1807, p. iHb.

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