‹ Rouen; étude d'une agglomération urbaineChapitre 106 sur 168 · II. — Les raisons du développement urbain · texte numérisé non relu

II. — Les raisons du développement urbain

La fonction agricole. — A l'origine des villes, la fonction agricole est prépondérante par rapport à la fonction industrielle et commerciale. Elle dérive de la nécessité de nourrir les habitants et de constituer dans les murs des terres cultivables à l'abri des guerres continuelles. Les villes fluviales, malgré les ressources des pêcheries et des plaines de débordement, n'échappent pas à cette loi. A Rouen même, le problème de l'aliment se compliquait par suite de 1 instabilité sociale et politique de la région, par suite aussi de la population flottante, toujours croissante aux environs du gué. A ses débuts dans la ville, l'artisan descendu des plateaux s'occupe de culture. La prévovance et l'atavisme l'obligent à planter la plus grande partie de sa propriété. Semblablement, pour nourrir les troupeaux, la cité est forcée de réserver des vides urbains. Ce sont les coins, les carrefours, et, dans le vieux Rouen, les placesou boëls. Ces pâturages artificiels étaient d autant plus productifs qu'ils constituaient les seuls dépotoirs des ordures ménagères '.

Dans ces commencements, la ville se distingue fort peu des villages environnants. L'échange est réduit au minimum, le nombre des artisans ne dépasse guère les besoins locaux, seules les cultures sont d autant plus soignées que lespace est très restreint. Par les fumures employées, par une technique plus évoluée, la fonction agricole apris de suite dans la cité la forme intensive que le plat pays connaîtra longtemps plus tard.

Les textes font de fréquentes mentions d'espaces culti-

I. Périaux : 23fi, p. xvii. Sur la fonction agricole des villes voir : Maunicr: ouv. cité, p. 78, 76, 80; Brunlics : ouv. citi', p. 372; Klach : Etude sur les origines et les vicissitudes de l'Iiabitation en France, dans de Foville : En<[uàte sur les conditions de l'habitation en I"rance, 2 vol. Paris, 189/1, 1899, p. 52, 53.

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vés OU d'exploitations agricoles à l'intérieur des enceintes. Dans une confirmation faite en 876 par Charles le Chauve sont énurnérées les petites tenures appartenant à l'évèché ou à l'abhaye de Saint-Ouen et situées dans fintérieur de la cite ou le long de son enceinte : mansuni" intra et juxta civitatem. L'ancien marché neuf (aujourd liui la place Yerdrel), les rues aux Juifs, Boudin, Saint-Lo, l'hôtel des Sociétés savantes constituaient encore en 1 4 10 des terres vaines à destination de pâturage '. Le plan de Belleforest de 1575, l'estampe de G. Hoesnagle de la même épo- (|ue nous révèlent à l'intérieur de l'enceinte des terres^ vaines et vagues non seulement au droit des murs près des portes Beauvoisine, Saint-llilaire, Marlainville et Cauchoise, mais aussi au centre de la cité autour de Saint- Maclou, des Cordeliers, du marché aux veaux. Ces espaceslibres devaient diminuer rapidement avec laugmentation de la population. La sécurité des routes permettait de constituer facilement des approvisionnements qui annihilaient la fonction agricole des villes. En i6o5 les boëls sont loués à de petits marchands forains. Dès la fin du xvii'' siècle, le plan de Gomboust nous montre que les jardins urbains sont construits et que les pâtures, prèsl'enceinte, sont devenues la propriété d'ordres rehgieux, principalement des Bénédictins, des Filles de Saint-Maclou et de Sainte-Claire. Sur le plan de 1784, dressé par lesingénieurs des Ponts et Chaussées, les espaces libres ont complètement disparu" (fig. 20).

A l'extérieur des murailles, la fonction agricole persista plus longtemps. La forêt assura d'abord une nourriture abondante aux troupeaux urbains et particuliers. En 126/i, saint Louis accorda aux religieuses emmurées le droit de paisson dans la forêt de Rouvray pour Go porcs. Au xvi* siècle, le bois était encore assez proche, le parcours jour-

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