‹ Rouen; étude d'une agglomération urbaineChapitre 108 sur 168 · I. H. mun., 1*1. de J. 1p Liour · texte numérisé non relu

I. H. mun., 1*1. de J. 1p Liour

parles inondations. La correction delà rive par les Normands la rendit d'un usage beaucoup plus commode. Sur le plan de Gomboust, de nombreux troupeaux sont figurés dans les prés du Loup et de la Bataille sur la rive droite, dans les prés de Grammont et d'Emendreville, sur la rive gauclie, à la lisière de Saint-Sever et du Claquedent. Quand, au xviii* siècle, ces pâtures commencèrent à manquer par suite des constructions de ïhiroux de Crosne à Martainville et de l'établissement de la cotonnade et de la faïence dans Saint-Sever, les bouchers conduisirent leurs bestiaux dans les pâturages de Bihorel et de Saint- Julien oîi ils possédaient plus de 5oo acres. La toponymie urbaine a gardé le souvenir du passage des bestiaux dans les noms de sa voirie ; rue du Chemin-aux- Bœufs, rue aux Bœufs, rue du Pré-aux-Bocufs, rue de la Truie, rue aux Ours, Clos-des-Coclions, faubourg Bouvreuil, ferme de la Bouverie*.

Le plan de Thiroux de Crosne ne dérangeait pas que les bouchers ; il portait le trouble chez toute une population de jardiniers et de maraîchers établis le long des murs de la porte Cauchoise, autour du Lieu-de-Santé, aux pieds des pentes du Mont-Fortin. Les cultivateurs étaient expulsés pour la deuxième fois. Ils avalent été chassés des bords du Robec dans la banlieue de Saint-Maclou et de Martainville par l'industrie drapière ; la cotonnade les expulsait du quartier Cauchoise. Cependant toutes les terres vaines et vagues ne furent pas construites. Au milieu du xviii* siècle, la ville louait encore par emphytéose des terrains non bâtis, occupés le plus souvent par des cultures. C'étaiejit les fossés Saint-Hilaire, les glacis hors Cauchoise, le faubourg Beauvoisine dont les pentes étalent défavorables aux habitali<^ns. Les rôles de la Capltatlon de 1728 signalent encore quelques laboureurs sur la paroisse Saint-Godard. Sous la Révolution, le défrichement des bruyères Saint-Julien et de la côte des Sapins eut pour

1. Héron: :i3o, j). -; Périanx : j-'.V/. p. Ga, C(), lag, /iig, 564, 636.

objet principal de donner du pain aux sans-travail, mais aussi de reconstituer des sols de culture au profit des maraîchers et des jardiniers dépossédés. Longtemps après les débuts de l'agglomération, la fonction agricole domine révolution des faubourgs comme elle a dominé révolution de la cité. Dans les deux cas, elle a arrêté 1 essor du commerce et de 1 industrie, 1 accroissement de la ville '.

La fonction commerciale . — Longtemps Rouen ne fut qu'un nœud de routes autour duquel se développa surtout la fonction agricole. Mais, le groupement croissant toujours, sa production intérieure fut bientôt insuffisante pour ses besoins. La ville devint un centre d approvisionnement où convergeaient les produits agricoles et manufacturés, toutes choses qui attirent les artisans et les marchands. Il arriva un moment où les différentes parties de l agglomération se distinguèrent non par le degré mais par la qualité de leur spécialisation fonctionnelle. Et encore chacune d'elles conlinua-t-elle de posséder l'ensemble des fonctions économiques : le groupe des marchands pratiqua l'agriculture comme le groupe agricole pratiqua le commerce, au moins dans sa forme domestique. La dilTérence entre eux est surtout dans la proportion des diverses fonctions ^

Du fait que la première agglomération a eu pour origine un nœud de routes, c est le long de ces roules et autour des voies qui en dérivent que la densité des habitations a d abord été la plus forte. Les espaces libres entre les rues étaient d autant plus vastes que l'on s'éloignait du centre. Bien qu'elle ail été brûlée plusieurs fois, la ville se reconstitue toujours aux environs du carrefour de la Crosse

En réalité ce n'était qu un immense marché. Les bourgeois de la cité, les habitants des faubourgs de la ban-

I. B. mun. : ms. 8i5, 817; A. S. I.: C 325; A. Nat: Q> i38/i, i83r). a. Maunier: ouv. cité, p. 97, i6y; Fallex : 28H, p. 97.

lieue et du plat pays s'approvisionnaient en sûreté à l'abri des enceintes. L'instrument de la fonction militaire, la rortification, a permis de perfectionner l'outil de la fonction économi(pic, le marché. Entre la porte Cauchoise et la porte Saint-Hilaire. entre la porte du Bac et la porte Beauvoisine, les transactions étaient journalières ; marché d'épices rue de l'Epicerie, marché pour le poisson rue llarangucric, marché aux herhes place de la Cathédrale, aux volailles près du Clos-aux- Juifs, parc aux bestiaux autour du Vieux-Marché, parc aux chevaux sur la place de la Rougemare. Sans s'écarter le chaland trouvait d'autres marchandises moins éphémères. Le nom de la rue du Hallage qui subsiste encore dans la toponymie des rues rouennaises indique tout le passé d'un vieux quartier marchand, à proximité de la rivière et de la route, merveilleusement doué pour le trafic et tout rempli du bourdonnement actif des boutiques et de la vie communale. A l'origine, on eût trouvé sous les halles tous les produits des métiers rouennais occupant une place déterminée à côté des produits des métiers forains qui venaient y étaler librement. Le vendredi, la vente était interdite aux fenêtres des marchands détailleurs. « C'était une obligation j)Our tous de venir se soumettre sous les yeux des gardes des communautés à celte périlleuse comparaison des marchandises que les corporations voulaient é>4ler et que les sentences de l'échevinage leur rappelaient sans cesse. » Le quartier des halles, le quartier du bac resserré et comme étouffé dans ses rues étroites, bordées de maisons à deux étages, était traversé par la vieille rue du Bac, menant à l'agitation maritime et bruyante de la rue de l'Epicerie, débouchant sur le tapage des voies et des couleurs du marché de la Ilaute-Vieille-Tour '.

l']niin. dans les environs immédiats du marché, les rues des corporations prolongeaient cette activité. Elles n'étaient

I. Auge; 2i('>. p. 8l, 83; Frère: 2-jS. p 38; Périaux: 33 j. p. 376; do IJcaurcpairo : i55, p. a/i8.

autre chose qu un marché spécialisé et permanent, soumis aux mêmes rcijlementalions. L extrême locahsation des métiers concentrait les approvisionnements, intensifiait la concurrence des producteurs, facilitait le contrôle des inspecteurs, permettait la surveillance des étrangers. Ces groupements de corporations, surtout des corporations marchandes, élahlis un peu à l'écart de la circulation, mais assez près cependant du parcours de la clientèle, donnaient à la ville du xiv" et du xv*^ siècles un aspect très caracléristicpje. C est le moment on la plupart d'entre elles, conscientes de leur force, font consacrer leurs statuts et demandent la protection des églises de leur paroisse. Les chapeliers sont fixés près de Saint-Herhland, les cordonniers près de Saint-Maclou, les drapiers près de Saint-Jean, les pelletiers près de Sainte-Croix, les bourreliers près de Saint-lNicaise, les bouchers dans les quartiers pauvres, loin des riches demeures, près de Saint-Ouen et de Saint-Maclou, dans la rue Massacre. Les tanneurs restaient sur la Renelle, les teinturiers sur le Robec, les tonneliers au bas de la rue tiraiid-Pont à proximité du quai aux vins, les Juifs entre le marché aux aliments et le hallage, à l'emplaccmenl actuel de la place Verdrel'. Devantures du marché, boutiques du hallage, échoppes des corporations, telles sont les trois raisons de la fonction commerciale qui ont créé la cité.

L'extension du trafic a comblé Ips espaces non bâtis entre les axes de la circulation. Jusqu'à la fin de la commune au moins, le centre urbain se trouve à la croisée de la route (jui mène du point de passage sur le fleuve aux plateaux du Mord et de la route {|ui conduit de la vallée du Hobec à la vallée de la rivière de Clères. Les quatre extrémités sont déterminées par le port, la crosse, les halles de la Ilaute-Vleille-Tour, le vieux marché. Près du point de rencontre se trouvent le Gros-Horloge, la maison de ville, plus tard le Parlement.

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