I.E U(»Hi;C A UillEN
(Ancien quarlier dos Icinturiers)
Ilans le fond, les clucliers de la callidldrale.
vastes et moins chers, sont plus propices à leur industrie.
A ce moment la localisation de la fabrique apparaît comme directement et étroitement liée à la morphologie de la ville; elle est affectée par ses conditions physiques. Les tanneurs, les maroquiniers, les gantiers s'étaient logés sur la Renelle, à la lisière occidentale de la cité. La toponymie urbaine a gardé le souvenir de ses corporations dans les rues Ganterie, des Tanneurs, des Maroquiniers. Les teinturiers s'étaient établis à l'est, sur le Robec, les foulons sur la même rivière dans les rues Foulerie et Fouleuse. Les penteurs, reitres, purins ou drapiers étendaient leurs chaînes encollées dans les prairies en dehors des murailles. Ils ont fondé les paroisses Saint-Hilaire, Saint-iNicaise, Saint- Gervais. La rue des Penteurs dans Martain ville rappelle leur ancienne confrérie' (PI. XIII).
La fonction industrielle demeura cantonnée à la périphérie par la volonté municipale. Le maire, les échevins, les jurais, les capitouls avaient, par lettres royales, haute juridiction sur toutes les manufactures. Au xv* siècle, Charles VI pour repeupler la région prend un édit qui rend l'accès des métiers plus facile : l'échevinage décide de loger les nouveaux habitants à l'intérieur, près des portes de l'enceinte. Au xvi* siècle, les odeurs des tanneries empoisonnent la ville ; l'échevinage transporte cette corporation de la Renelle sur la Basse- Aubette, mais à l'intérieur des murailles. Il fallut un édit royal pour mettre fm aux tracasseries de la municipalité cl autoriser l'exode des drapiers vers Darnélal où l'on foulait à l'eau. Pour développer Saint-Sever, Henri IV dut accorder la protection royale à une verrerie et à une compagnie hollandaise pour le tissage des toiles ; encore cette dernière fit-elle faillite". Les règlements corporatifs étaient aussi opposés au développement des faubourgs. La guilde des
1. (Juin- Lacroix : l'oS, p. 10^, i36 ; Piriaiix : a.'iy. p. 181, 438, 617, 519; Dubosc: y6, p. 3, 5.
2. Levasseur: 2o3, II, ^82, 483, 53 1 ; de Bcaurepairc: 218, p. 5o; A. mun.: cartons, i^S, 295 ; A. S. I. : C i54.
Levainville. — Rouen. aa
tanneurs gardait depuis sa fondation en io3i , avant l'institution de la commune, le droit de surveillance sur les maîtres et compagnons de la ville et de la banlieue. Elle était particulièrement jalouse de ses prérogatives, elle empêchait les tanneurs forains de s'approcher de la cité. Semblablement les toiliers de Déville, Darnétal, Saint- Paul, Grammont, Sotteville, Emendreville, Belbeuf étaient impuissants à se soustraire à l'inspection métropolitaine qui leur interdisait de s'établir dans les faubourgs * .
Les vieux plans et les anciennes estampes nous ont conservé une fidèle image de la ville réduite au rundling de ses murailles. Les vues et pourtraicts du xvi* siècle indiquent à peine les faubourgs. Une maison sur la route de Paris, par la vallée, marque l'emplacement futur d'Eauplet. Au delà des portes Beauvoisine et Saint-Hilaire s'étendent des champs. Dans Bouvreuil et Cauchoise, quelques pauvres chaumières représentent les habitations des maraîchers, Saint-Sever est réduit à quelques tanières de matelots autour de la Barbacane, à quelques demeures de cultivateurs le long de la route d'Elbeuf (PI. XIV). Il faut remonter au xvii' siècle pour constater sur le plan de Gombousl un dessin des faubourgs plus précis. Autour de la montagne Sainte-Catherine, les routes de Paris et de Lyons ont attiré quelques maisons ; l'espace entre Saint-IIilaire et Darnétal se rétrécit; l'ancien emplacement du pré de la Bataille, le Lieu de santé, le bas des pentes du Mont-aux-Malades sont transformés par les jardins des maraîchers : mais les habitations sont encore rares ; quelques demeures de faïenciers s'alignent dans Saint-Sever sur les routes de Sotteville et de Caen. Les plans de de Fer de 1709 et de 172/1 ne marquent pas grand changement" (PI. XV).
I. GluTuol: 2^2. p. 95 ; Ouin-Lacroix : l'OcV. p. ii5. a. 1*1. (le Bellcforest (1675), de Gomboust (iG5ô), do de Fer (170(1, 172/1); vues d(^ G. Hoesnagle (i575), de Boisseau (i045), de Chevreau (1700).
Pour la première fois, en 1728, les registres de la capitation indiquent un plus grand nombre de filateurs à Saint-Paul, de faïenciers et de tisserands à Saint-Sever, en totalité i 196 feux dans les faubourgs contre i5/i/|2 dans la cité. C'est un fait nouveau et uniquement attribuable à la fonction industrielle. Là où elle n'a pas exercé son influence, au nord de Rouen, par exemple, le même accroissement des faubourgs n'existe pas. Le plan de Denos en 1770 ne marque aucune modification sensible des faubourgs Cauchoise, Bouvreuil et Beauvoisine, le plan de la nouvelle roule de Neufchâtel, dressé par les ingénieurs des Ponts et Chaussées en 1769 indique seulement 2G maisons dans Bouvreuil, 96 dans Beauvoisine. L'intendant voulut diriger les nouvelles populations vers les faubourgs occidentaux, du côté où les relations avec les manufactures campagnardes étaient les plus fréquentes. Le projet de Thiroux de Crosne avait comme base de joindre par une grande rue la Calende, le Vieux- Marché et la porte Cauchoise. L'hôtel de ville eût été construit au milieu près du Vieux-Marché. En même temps, 3 rues nouvelles partaient du quai d'Harcourt pour aboutir rue du Renard, par où se faisait tout le transit du Caux. C'était un déplacement de la ville nettement orienté à l'ouest, l'aveu que la fonction commerciale n'était plus seule prépondérante dans les destinées urbaines' (PI. XVI).
Malheureusement ce projet dérangeait les maraîchers. Le faubourg Cauchoise fut longtemps encore isolé du centre commerçant. Cependant le moment venait où les privilèges municipaux et corporatifs devaient battre en retraite devant la classe toujours plus active des travailleurs. Malgré les entraves mises à leur liberté, les artisans quittaient l'enceinte pour se répandre dans les faubourgs.
I. B. de la Serre: 5g. p. (jo; P\. de D('nos (1770), de Lccarpenlicr (1758); vues de Bachelcy (1765, 17G8); A. S. I.: C i/i4, 229; A. iNat. : F'* 175; PI. N'" 83.
Leur départ permet en 1788 l'élargissement du quartier Saint-Gcrvais, en 1787 celui de Marlain ville. Dès 1784, le plan des Ponts et Chaussées dessine les axes principaux de Saint-Paul, Saint-Hilaire, Cauchoise et surtout Saint- Sever. Le rundling initial n'est plus isolé'. La ville s'annonce avec ses tentacules. Dès la fin du xviii'' siècle, on peut deviner ce que sera la grosse agglomération du xix* siècle. Un nouvel agent, le machinisme, devait enfin permettre à la fonction industrielle de créer les faubourgs de Rouen.
Le phénomène des cités monstres, des cités industrielles particulièrement, si fréquent en Angleterre dès le xviii'^ siècle, se produisit en France au xix*. Il n'est vraiment remarquable à Rouen que vers les années i85o. Jusque-là, la constitution des 5" et 6" cantons, hors les boulevards, est plutôt une mesure administrative que la concrétion de l'expansion urbaine. La fonction industrielle reste localisée dans les vallées avec la machine à eau. La ville est un marché, ce n'est pas encore une fabrique. Entre les recensements de 1806 et de 1826. le centre marchand a augmenté de 28 pour 100, tandis que le cinquième canton sur la rive droite, hors des enceintes, a progressé de 16 pour 100 et Saint-Scver de (3 pour 100 seulement. Les estampes de Rouen du xvi* siècle et de i83o nous montrent des faubourgs presque identiques. Sans doute, les groupements de cotonniers sont plus denses dans Saint-Sever autour de la route d'Elbeuf sans doute les encoUeiirs, les apprêteurs ont transformé le quartici' Cauchoise. Les rues Stanislas-Girardin, Rouland, Aubcr se sont rapidement bâties, celle du Renard s'est agrandie. Mais le coteau Saint-Hilaire est complètement désert ; la future commune de Bihorel n'est représentée que par la ferme des trois grosses pipes et une seule maison bourgeoise; l'église du Mont-aux-Malades,
I. PI. dos Ponts et Chaussées (1784); pi. routier de Rouen (179a); vues de Cochin (fin du xviii").
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couverte en chaume, reste isolée au milieu des habitations disséminées de ses paroissiens, le quartier Saint-Filleul entre le mont Riboudet et la rue Constantine est désert. DarnétaL Déville sur la rive droite sont séparés de la cité, comme Solteville et Petit-Quevilly, entourés de leurs champs, en demeurent éloignés sur la rive gauche. La déconcentration atteint seulement les premiers actes du processus. Mais le rapport de la population commerciale à la population industrielle est encore négatif; les plus importantes des fonctions industrielles ne sont pas encore devenues urbaines'.
Bientôt les moteurs hydrauliques perdirent leur importance, les vallées cessèrent de concentrer les fabriques cotonnicres : le rapprochement se fit entre l'usine et la gare, particulièrement la grande gare de la grande ville. Or, le manque d'air, de lumièie. la cherté du sol sont incompatibles au contre de la ville avec le développement de la fonction industrielle. Elle demeure confinée à rextérieur, aux points extrêmes des faubourgs. Mais d autre part, corrélativement à cet accroissement des usines, les organes qu'elles impliquent de\iennent plus importants. L'industrie, quand elle prend consistance, est un agent de concentration singulièrement puissant. La fabrique ne permet guère à ceux qu'elle emploie de s éloigner d elle. Les quartiers ou\riers s'élèvent rapidement dans ses environs immédiats. Les artisans désertent le centre pour s'établir en dehors des boulevards. En i85i , le cinquième canton compte ^ 5oo cotonniers. Saint-Sever, le sixième, ^o34. Cet exode est la raison de plusieurs transformations dans le plan de Uouen. Il permet l'assainissement longtemps attendu du quartier Maitainville et l'ouverture de la rue d'Amiens ; il prolonge l'avenue du Mont-IUboudet sans discontinuer jusqu'à Déville ; il oblige la municipalité à ouvrir dans Saint-Sever la rue Lafayette, la
I. B. de la Serre: 3/7. p. G02, 6o3 ; A. mun., i5 juillet i85o, 6 mai i85i; A. S. I. : M recens'; M stalist. agricole, i853, 1868.
rue Méridienne, la rue Dutronché. l'avenue Grammonl ; il force la ville à s'annexer le quartier de Boisguillaume où vivait dans une région indécise toute une population de malandrins. La comparaison du recensement des maisons en 1821 et en i856 indique brutalement cette migration de la population. Les faubourgs ont augmenté de 72,8 et 76,6 pour 100 tandis que 3 cantons au centre ont progressé de 2,9 à i/i,3 pour 100, le quatrième a même diminué de 36,9 pour 100.