A. S. I.: M recens., passim
2. B. de la Serre: i'^6". p. i-jô; A. S. I. : M recens., passim.
coles, Buchy, Clercs, Duclair ont quelque peu fourni aux cantons industriels, Maromme, Pavilly et Rouen ; par contre quelques ouvriers de la laine en décadence à Elbeuf sont devenus des cotonniers de 1 agglomération rouennaisc. Mais les gains du Havre et de Houen proviennent surtout des arrondissements d'Yvetot et de Neufchâtel qui ont
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FiG. 23.
Densité Av population de la région rouennaisc. , (Échelle, I : 5oo ooo.)
perdu ensemble plus de 5 600 habitants dans la période de 1901 à 1906 (fig. 2.T). Autour de ces grandes cités, le port fluvial et le port maritime, les statistiques, les caries accusent de plus en plus une large tache blanche, indice des^ diminutions de densité. Si ce mouvement s'accentue encore, il faut prévoir le moment ofi, au milieu des chaumières en ruines, la population des communes rurales descendra bien au-dessous de ce qu'elle était au xni* siècle.
quand l'archevêque Eudes Rigaut procédait à son dénombrement.
La lenteur de la progression est la caractéristique de la densité de la population rouennaise. De 1272 à iGg/i, après avoir passé par des hauts et des bas, le nombre des habitants s'est accru seulementde 2opour 100. Durant tout le xvni" siècle, si remarquable par ses migrations, il n"a gagné que 11 pour loo. Certes, dès qu'elle fut vraiment constituée par le peuplement de ses faubourgs, l'agglomération se remplit assez rapidement par l'apport délé-
FiG. 2^. — Populations ilu Havre el de Rouen.
ments venus du dehors. La densité s'accroît en iio ans de 49 pour 100. Mais la rapidité de son essor pâlit singulièrement à côté de la croissance extraordinaire non seulement des grandes villes étrangères, mais même de cités françaises. A côté d elle et dans le même temps, le Havre passait de i3ooo à iSoooo soit une plus-value de 988 pour 100. L'industrie cotonnière, si favorable aux agglomérations textiles de la Seine-Inférieure, a pu faire la fortune du chef-lieu sans cependant augmenter le nombre de ses habitants de prodigieuse manière comme à Manchester ou à Munster. De 1890 a 1901, époque du renouvellement des traités de commerce, dans cette période si propice pour la filature et le tissage, la population de
38o LA. VIE DE ROUEN
Graville-Sanvic marque une augmentation de 6 pour loo, celle de la vallée de Maromme de 7 pour 100, celle de Gaudebec-Elbeuf de 5 pour 100, celle de Rouen de 4 pour 100 seulement. Rouen, la deuxième ville de France sous François I", tenait seulement le onzième rang dans le dernier recensement (fig. 2/1).
L'activité rouennaise n'a pas cependant diminué, elle s'est maintenue, mais avec réllexion, sans à-coups ; d'autres cités ont grandi, d'autant plus ardentes à la lutte que, sans passé historique, elles devaient de suite conquérir la fortune. Dans toute la Haute-Normandie et dans la Basse jusqu'à la zone d'influence de Gaen, Rouen a été longtemps la seule cité capable de condenser le trop-plein des populations rurales. Cette faveur lui est très vivement disputée. La vieille métropole des Normands se trouvera de plus en plus en dehors de l'orbite des immigrants. S'il ne va pas à Paris, le Cauchois préfère aller au Havre. C'est plus près, et à défaut d'emploi dans une usine, le travail des quais a toujours besoin de bras. Si le port maritime arrive à réaliser ses intentions, à créer dans ses terrains vagues la fonction industrielle qui lui fait défaut, la population du port fluvial pourra revoir les régressions qu'elle a déjà connues, au xvn'' siècle avec le départ des religionnaires, au xvni" avec la prospérité de l'industrie à domicile, au xix" avec la crise cotonnicre.
L'AGGLOMERATION URBAINE
Arrivée au stade actuel de son développement, Rouen a pris la figure de ces villes-régions qui débordent sur le plat pays environnant, plat pays dont elles vivent et quelles font vivre. C'est là un phénomène fréquent dans l'évolution géographique au xix" siècle. Des économistes, des statisticiens, des juristes, des historiens ont cherché à dégager les principes de ces groupements. Mais ces faits ne sont pas des quantités fixes qu'il suffît d'expliquer par des chiffres, par la seule volonté du libre arbitre ou par l'inffuence de la tradition. Les grandes villes représentent des formes de société liées au territoire, des organismes sans cesse en mouvement, et sil faut les observer dans le temps, il est aussi nécessaire de les considérer dans l'espace. A ce point de vue, comme tous les faits de surface, les villes relèvent de la discipline géographique.
A vrai dire, la constitution de la ville-région implique que des rapportssociauxetéconomiques s'établissent régulièrement entre les éléments forains et les éléments urbains qui, jusqu'alors, s'étaient rarement pénétrés. Des mouvements de choses et dhomnies s accomplissent entre des points souvent très éloignés de l'espace régional et à première vue, les facteurs de la géographie physique paraissent avoir moins d'intérêt dans le cas du développement urbain que dans celui de toute une contrée.
Les termes de bon pays et de mauvais pays peuvent
S expliquer presque entièrement par des considérations géologiques et météorologiques ; les termes de bonnes villes et de mauvaises villes s'adaptent à des agglomérations où l'activitéhumaine a su conquérirdes franchises municii^ales, commerciales ou industrielles. L'éditde Geoffroy Plantagenet qui accordait aux Rouennaisles libertés communales, la décision dellenri II qui inslituaitla juridiction consulaire ont été aussi importants pour la grandeur de la cité que les forêts environnantes pour 1 essor de sa marine ou la force vive du Uobec pour la prospérité de sa fal)rique. Par contre, l'édit de Louis XI qui instaurait les foires de Caen, les traités lil)ie-échangistes de 178(1 et de 1860 ont été aussi funestes pour son commerce et pour son industrie que les seuils rocheux du lit de la Seine ou les coteaux abrupts qui étranglent la ville. Par ailleurs, sa fortune, résultat pour la plus grande partie de sa situation géographique, n'était pas à l'abri des événements politiques qui agitaient le royaume. Entre les faits de géographie sociale, il y a des rapports de connexion très étroits, bien qu'ils paraissent souvent fort éloignes les uns des autres. Mais tandis que les groujiements plus ténus des campagnes semblent plus indépendants ou ne ressentent que longtemps après les contrecoups des perturbations nationales, les agglomérations urbaines réiléchissent plus fortement et plus rapidement les décisions du pouvoir central.
Cependant si, en dernier ressort, les raisons de géographie humaine décident, le plus souvent, la fortune des centres urbains, les* populations ne peuvent, néanmoins, s'affranchir du joug de la nature. Les sociétés n'échappent point à la puissance des conditions physiques, non point seulement par l'empreinte qu'elles reçoivent du climat et du sol mais surtoutparce que ces conditions sont les causes premières de leur origine et de leur développement. Leurs mouvements peuvent varier entre certaines limites, mais leur activité ne peut faire que le cadre naturel n'existe pas : «le modifier leur est parfois permis, le sup-
l'agglomération urbaine 383
primer jamais'. )) La nécessité du moindre effort nous -oblige à suivre les directions naturelles du sol. Nos ■chemins de fer paraissent indépendants de tous les obstacles ; en réalité leur tracé est fixé d'une manière immuable. La ligne de Paris à Uouen suit la vallée de la Seine comme l'ancienne route qui joignait la métropole normande à la capitale du royaume ; le premier projet de voie ferrée par les plateaux doublait une ancienne voie romaine. Sur l'emplacement du Rouen actuel 4 ou 5 villes, œuvres des hommes, ont disparu par suite de vicissitudes diverses, mais l'œuvre de la nature est toujours là. La condition physique qui a créé l'agglomération urbaine s impose plus que jamais à travers les siècles, malgré les perfectionnements considéra])les de la science moderne : le faîte du sol qui, entre deux marais, conduit à la position extrême où il est encore facile de traverser le fleuve.
Par ailleurs, la puissance des lois naturelles se révèle à l'observateur dans les moindres détails de la vie sociale. Le site de Kouen compliquait à chaque moment les problèmes de l'alimentation et de 1 abri. Plus que l'enceinte militaire, ils arrêtaient l'agrandissement des faubourgs, la progression constante de la cité. Les géographes américains ont introduit dans l'étude des formes du relief terrestre la notion du cycle vital. Lue montagne, comme une vallée, passe insensiblement par tous les états qui caractérisent 1 existence humaine, 1 enfance, l'adolescence, l'Age nun-. la vieillesse. Le développement d'un centre urbain subit les mêmes transformations. Rouen, jusqu au xvni" siècle, est demeurée dans l'adolescence. La ville eut grand mal à en sortir parce qu'elle n'avait point de forces; elle n'était pas suffisamment nourrie et elle était mal constituée.
I. L. Gallois: L'évolution de la Guographie, dans Comptes rendus du Congrès national des socit'lis françaises do Géographie. Paris, Masson, ii)Oi, p. I lO.
38/l LA VIE DE ROUEN
Enfin si. au \ix' siècle, entrée dans une nouvelle jeunesse, la ville a vu renaître son ancienne prospérité, c'est pour avoir, encore une fois, dirigé son activité suivantles voies naturelles : en installant ses usines le long du Uobec et de la rivière de Clères, en allongeant ses quais le long de la Seine — de la Seine, source éternelle de sa forlune et de sa gloire.
Le problème reste donc le môme à la ville comme dans le plat pays : adapter les nécessités vitales à la rigidité de& conditions physiques. Le bourgeois a cependant un avantage sur son frère, le paysan. Tout en restant, comme lui, dans la dépendance du milieu, il a le pouvoir d'utiliser la collectivité des forces pour arriver à un mode d'existence meilleur.
En définitive, l'agglomération urbaine n'est isolée ni dans le temps, ni dans l'espace. Elle subit, en proportions inégales, suivant le moment oii elle vit et la surface qu elle occupe, l'ascendant de la région naturelle qui 1 entoure et les contre-coups de la société dont elle est une cellule. Sa déchéance vient souvent de ce qu'elle ne peut accorder ces deux séries de phénomènes. L'activité des Rouennais s'est toujours efforcée de résoudre ce problème. Elle y a longtemps réussi au mieux de ses intérêts.