‹ Rouen; étude d'une agglomération urbaineChapitre 35 sur 168 · A. S. I.: M. Statis., 1890, 1891, 190O, igo · texte numérisé non relu

A. S. I.: M. Statis., 1890, 1891, 190O, igo

I 200 moutons, loo porcs. 16 vaches, des bœufs et dos chevaux de labour. Mais c'étaient là des exceptions. Dès cette époque les boucliers de Rouen étaient obligés de sortir des limites de l'Election pour se procurer la viande nécessaire à la ville '. Semblablement, les drapiers ne récoltaient dans les environs qu'une laine médiocre et peu abondante. Ces conditions économiques ne se modi-

• àu-c/essous de 2S //'"■es O de 25 à 50.

(S de 50 è 100.

O p/uj de ZOO-

FiG. 8. — Rt'parlilion des prés en 1779- t'rix do l'acre. (Échelle, I : 5oo 000.)

fièrent pas dans les siècles suivants. Ruinés parles guerres et les disettes, les paysans furent réduits à conduire leur bétail dans les bois en delTens ; encore les animaux ne trouvaient-ils pas à satisfaire leur faim. Ils devinrent maigres, petits et osseux. L'introduction des légumineuses dans l'assolement, au milieu du xviii'" siècle, n augmenta ni le nombre ni la qualité des animaux de boucherie. Le

I. Duchemin : sHG, p. 107, i5i ; de Beaurcpaire : 576', p. 873, 634, 70'i à 705, 726; B. S. Agr., XIII, p. I ; A. S. I. : C 2120.

go LE SITE DE ROUEN

cultivateur réservait tous ses soins à l'élevage du cheval. Le portage, le halage, le roulage demandaient une cavalerie nombreuse et par ailleurs les meilleures lertes étaient consacrées à la culture du blé. « Bientôt, dit le récenseur de l'an II, elle dépérira aussi faute de fumier. » Aussi propose-t-il à l'Assemblée Nationale de décréter que tout cultivateur faisant valoir 20 ares de terre, par saison, sera obligé, par forme d imposition, d'élever tous les ans un veau mâle, un veau femelle et une truye. Ceux qui feront valoir /(O ares devront élever 3 veaux ». A cette époque il manquait 3 5oo bœufs, 5 800 vaches, 21 700 moutons sur les terres du district pour faire face à la consommation des habitants. Au môme moment plusieurs fabriques d'Elbeuf etde Louviers étaient obligées de fermer parce que la qualité et la quantité des laines françaises étaient trop inférieures à celles des laines anglaises. La période révolutionnaire, par suite de la faible extension des pâturages (l'S pour 100 des terres en labour en y comprenant les prairies naturelles des hords de la Seine), commençait par une disette de viande, comme le nombre restreint des emblavures chargées de froment la faisait débuter par une disette de blé '.

L'extension des terres à fourrage fut la caractéristique de l'agriculture pendant tout le xix^ siècle. L'assolement quadriennal, la suppression de la jachère et son remplacement par des emblavures de trèfle, de pois, de vesce, plus tard l'introduction de betteraves fourragères, la formation de prairies artificielles, l'amélioration des prairies naturelles ^ toutes ces heureuses innovations contribuèrent à faire monter dans l'arrondissement le taux des parcelles destinées à l'engraissement du bétail de 2C pour 100 en

1. Lcvasseur : 2o3, II, p. Sgo ; de Boauropaire : 6".7. p. /», ii, i3; Annu. S. I., 1806, p. 2i3, 217; B. S. Agr.. YIII, p. 119; IX. p. 9, 9a, i5a, /ioi ; A. S. I. : C 118, 119, 552, 563 ; L 1790; A. Nat. : F'» aSa. Soa h 5o8.

2. Les principales plantes parasitaires étaient: l'agroslis, la carotte sauvage, la vesce à bouquets, la valériane et les carex. Sion : 3to, p. 338 ; Ann. S. I., 1807, p. aSG, 337.

i83o à 37 pour 100 en 1908. Cet accroissement est dû pour la plus grande partie à la mise en valeur des limons. Les fonds de"s vallées, difficilement irrigables par le fait des usines riveraines, n'ont pu subir toutes ces transformations. Sous ce rapport, la situation est complètement changée depuis le xvni'= siècle. Avant la Révolution, l'éle-

, eu 0 à 10 ^ e^e la. .mrfitcf

. , de la. cmTimunt.

l-^jG. g. — Répartition des prés en 1908. (Échelle, i : 5oo 000.)

vage n'était guère entrepris que sur les rives de la Seine et de ses affluents (fig. 8) ; il a actuellement pénétré dans les communes les plus éloignées des rivières (fig. 9). Il y est même plus important. Les cantons de Boos et de Buchy sur les plateaux contiennent respectivement /|3 pour 100 et 50 pour 100 de leur surface en terres à fourrage, ceux de Sollevillceld'Elbeufen bordure de Seine marquent seu-

lement 2 pour 100 et 12 pour 100'. Le mouton profila d'abord de cette situation. Dès la fin de l'Empire, la Société d'agriculture de la Seine-Inférieure chercha à augmenter le nombre des animaux et à améliorer les laines par l'introduction de béliers mérinos. Mulgié plusieurs tentatives, les cultivateurs ne purent lutter avec la qualité des laines étrangères. Le mouton devint d'autant plus A'ite un animal de boucherie que les forts salaires payés aux ouvriers, vers i836, leur permettaient celte •chair d'un prix relalivement élevé. A celte époque l'arrondissement de Uouen possédait 08 600 sujets, pesant en moyenne 3o kilogrammes chacun, soit (j kilogrammes de plus que sous l'Empire. Cet élevage, fortement touché par l'arrivage des laines d'Australie et de la Plata, diminua encore d'inléret avec la haute valeur que prit la viande de bœuf. Bien que le mouton atteigne dans l'arrondissement le poids de 63 kilogrammes par animal, la quantité produite est insufiîsanle pour alimenter les abattoirs de la ville. Le troupeau de l'arrondissement compte à peine 21 000 tètes ^ L'infériorité des laines indigènes, la mévente des blés et du colza, l'animalisation du régime alimentaire chez les ouvriers, l'augmentation de la population incitèrent dès i83o le cultivateur normand à élever les bœufs pour la viande. Mais autour de Rouen, l'essor de la population et de la richesse urbaine, l'amélioration des routes déterminèrent les paysans des plateaux à augmenter le nombre de leurs vaches laitières au détriment des bœufs de boucherie. En i835, MoU remarque que les terres autour de Barentin ont, de ee fait, pris une grande valeur; en i836, le canton de Pavilly possède 2 060 vaches ^t pas un bœuf. La création des chemins de fer, en ame-

I. De lîeaurcpairc : fi.'>. p. [)8 ; I.otliii : .'>//. p. 85t"i ; IJ. S. Vgr.. I. ^^33, VII, p. i(j8; I\, p. a/ii; XXII, p. '49'»; A. S. 1. : M. Statis.. an IX, p. f.^ ; M. agricu., i83o, 1908.

3. B. S. Agr., V., p. 1G3, 19^; B. munie., 1902, p. io4 ; Cons. gén. S. I., i8i6, p. 179; A. S. I. : M. Slalis., 180G, iSSO, 1908; A. Xat. : F'» 5io, 5i I, 5i3.

LES RESSOURCES DES PLATEAUX qS-

nant aux abattoirs le bétail de la vallée de la Risle et du marais \ ernier, diminua encore le nombre des bœufs dans^ l'arrondissement. (Généralement les communes des plateaux acbètent les vaches pleines et les livrent à la boucherie lorsqu'elles sont épuisées par les nourritures successives. Le veau et le lait sont les produits des fermes aux environs de Rouen. En igo8, sur 52 3oo bovidés, la> statistique agricole de la région marque seulement 9 070 bo'ufs. Sans les chemins de fer la ville manquerait de viande, comme elle manque de blé'.

Sans les chemins de fer, les usines manqueraient également de matières premières. Les cultures industrielles n ont jamais eu autour de Rouen l'importance que pouvait leur donner la proximité d'un centre manufacturier. Les plantes tinctoriales ont réussi médiocrement sur les sols légers de la vallée. La Révolution marqua leur dispation. Avec des fortunes diverses, les plantes oléagineuses ont persisté plus longtemps sur les plateaux. « Leur usage le plus ordmairc est pour les ouvriers qui fabriquent les étoffes de laine et pour ceux qui font des ouvrages de bonneterie ; il s'en consomme aussi beaucoup pour les couverturiers. » Cependant, avant la Révolution, la région de- Rouen cultivait surtout la rabette. Le colza y occupait seulement 27 acres sur les i 298 acres consacrés àcette culture dans la généialilé Cette crucifère ne devait acquérir toute son importance qu'après la Restauration. Les demandes répétées des draperies de Louviers et d'KIbeuf, des savonneries de Marseille, les encouragements de la Société d'agiicullure redoublèrent les tentatives des cultivateurs. Le colza fut la source de fortunes sous le second Empire. Les cantons voisins du Gau\ y consacraient la meilleure part de leurs emblavures. En

I. Moll : r)o, \). 9^; Verrier: io3, p. 88, 89, 92, 97; B. S., Agr., f, p. iV\, i35; IX, p. 2'|i; XVI, p. 1,5; XX, p. 2'i";X\I[,p. /,2i, 477; XXVI. p. .'Î7 ; Cons. Gcn. S. I., i84i, p. 209 ; B. mun., ms. n" 17G1 ; V. S. I. : M. Slalis., i83G, 1908; A. Nat. : F'» 5io.

1783, celui de Pavllly en avait ensemencé 676 hectares. La surproduction des moyens d'éclairage et surtout l'importation des huiles d'arachide furent le signal de sa déchéance. Actuellement, il a été conservé dans les assolements parce que les racines profondes retournent le sol et le préparent pour les semences de blé et parce qu'il occupe la main-d'œuvre entre la fenaison et la moisson. Mais son importance est très diminuée. En 1908, le canton de Pavilly n'avait ensemencé que 88 hectares'.

Les plantes textiles apparaissent dans l'arrondissement de Rouen vers 1860. Jusque-là elles semblent cantonnées dans les régions maritimes. En i836, la région rouennaise comptait seulement 5 hectares semés en chanvre et 3 en lin. Il fallut la crise du coton en i863, l'installation de teillages mécaniques pour que cette linacée s'emparât des emblavures voisines du Caux. Mais cette culture disparut quand le coton revint à des cours plus modérés : 5o hectares en demeurent chargés dans l'arrondissement pour gagner les primes d'exploitation". Sans doute, le climat plus continental de la région rouennaise, ses limons plus sableux expliquent que la culture des plantes textiles et oléagineuses y soit moins rémunératrice que dans les contrées maritimes. Cependant il eût été facile de parer à ces inconvénients par l'emploi raisonné des engrais ou des fumiers abondants à proximité de la ville. Mais le lin et le colza y rencontraient une certaine hostilité. Intéressés au bas prix des salaires, les toiliers, les drapiers et les merciers n'autorisaient ces cultures accaparantes que dans les crises cotonnières ; d'autre part, les intendants et les préfets craignaient d'y voir consacrer les meilleures parcelles au détriment des emblavures de blé et des pâtures, si nécessaires aux grosses agglomérations voisines.

1. B. S. Agr., 1909, p. ^9; Annu. Norm., i8i3, p. 218; A. S. I. : M. statis., i830, 1878; A. Nat. : G^ /îlgi, /igi, /I98, 5o3.

2. De Beaurcpairc : 6'), p. 58; B. S. Agr., I, '\Z^; XXV, p. ao^ ; A. S. I. : M. slatis., 1806, i836, 1806; A. Nat. : F'» a5/», 279.

m. — L'eau sur les plateaux.

Le déboisement de la forêt, la conquête à la culture des terres limoneuses, l'établissement des populations sur les plateaux, tous ces phénomènes n'ont pu se produire et se continuer que par la possibilité d'y trouver de l'eau. A vrai dire, elle était absente de la surface. Nous savons que les eaux pluviales qui échappent au ruissellement et à l'évaporation s'infiltrent goutte à goutte dans les fissures de la craie sénonienne et sont arrêtées par la couche marneuse du Turonien. Pour atteindre celte nappe aquifère, il faut descendre jusqu'à 60 mètres comme à Boisguillaume, Bihorel, le Mont-aux-Malades, et même à 80 mètres comme sur le plateau de Boos. Les dépenses du fonçage augmentent vite avec la profondeur, « elles s'élèvent à 100 francs, y compris la valeur du tube et de la pompe si la nappe se trouve à 8 mètres ; mais si elle est plus éloignée, il faut compter par mètre au moins 10 francs pour le forage et 5 francs pour la maçonnerie qui doit descendre jusqu'à ce que les éboulements ne soient plus à redouter' ». Ces travaux ne sont accessibles qu'à la population bourgeoise de petits rentiers et de petits commerçants, établie dans les faubourgs à proximité de la ville; ils sont beaucoup trop chers pour le cultivateur des plateaux. Aussi les puits sont-ils rares en dehors des communes suburbaines.

Le paysan s'est ingénié à retenir les eaux pluviales avant leur pénétration dans le sol. Les citernes sont difficiles à creuser, encore plus difficiles à colmater, elles ont le grand inconvénient de tarir l'été. Les mares creusées dans l'argile à silex ou le limon sont beaucoup moins dispendieuses et suffisamment étanches, à condition de piétiner le fond pour boucher les pores et les

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