I. — Les valeurs mobilières
On sait comment l'obligation de trouver les ressources les plus indispensables au marché, origine de la cité, fut la cause du commerce, puis de l'industrie rouennaise. Mais l'activité des riverains de la Seine prit aussi une autre direction que ne commandait pas la recherche des nécessités premières. L'armement développa la spéculation. Sans doute, la plus grande partie des navires construits par le clos des galées était sous le pavillon de marchands désireux de ravitailler leurs comptoirs coloniaux ou étrangers et d'approvisionner leurs entrepôts urbains ; cependant, sans compter la course, la traite, la fraude de mer, d'autres alTrètements étaient également rémunérateurs qui ne touchaient pas au trafic des laines, des vins ou des denrées coloniales. Mais tandis que le haut négoce n'était accessible qu'à une oligarchie, à la classe des grands bourgeois si intluents dès le xii" siècle dans les conseils de la commune*, les entreprises lointaines réunissaient des spéculateurs de régions et de conditions fort différentes. Des Nantais, des Malouins, des Rouennais faisaient partie de la même association. Les contrats d'armement ne contiennent pas seulement des noms de marchands, mais aussi des noms de simples bourgeois, de renlicrs et même de chirurgiens et d'apothicaires. Le plus souvent la rareté du numéraire obligeait chaque participant à payer sa commande en nature. L'un fournissait les bois du bâtiment, l'autre la maind'œuvre d'établissement, un troisième le sel pour la pêche, un quatrième les vivres de l'équipage. Au retour