‹ Rouen; étude d'une agglomération urbaineChapitre 95 sur 168 · licrgassc : (>(), p. a8(j, 36o · texte numérisé non relu

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rousses, les chiens", les congres, les moules continuaient à arriver dans les poissonneries rouennaises. Ces sortes étaient d un prix assez modique et assez abondantes pour suffire à l'alimentation de milliers d'individus qui ne pouvaient animaliser autrement leur régime nutritif.

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La facilité des moyens de transport accrut le rayon des importations. Aujourd'hui, les saumons viennent d'Allemagne, les éperlans de Hollande, les aloses de la Loire, les huîtres de Cancaleet de Gourseuilles, les maquereaux, harengs, roussettes des ports de la Manche et de la mer du Nord, surtout de Boulogne, le grand fournisseur de Rouen. Les commodités de transport ont assuré des prix

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S?q6 LA VIE DE nOUEN

de revient très modiques aux sortes communes : o fr. 20 à 1 franc le kilogramme pour les congres et cabillauds, 2 à 12 francs le cent pour les harengs, o fr. 10 à ofr. "o la pièce pour les maquereaux. Ces conditions économiques expliquent la valeur des importations. Elles ont monté de 1 520812 kilogrammes en 1901 à 3 /jooooo kilogrammes en 1908. Ici, il n'y a point de hausse exagérée à craindre, car la mer est le seul champ où l'homme récolte sans semer. Le poisson était la hase des menus populaires sous l'ancien régime. Il tend à le redevenir avec renchérissement continu delà viande de boucherie' (fig. 17).

L'ouvrier rouennais est demeuré longtemps indifférent aux légumes, aux pommes de terre, aux fèves, aux pois et à tous les menus grains si abondants, depuis la Révolution, sur les terres sableuses. Sans doute, dans les années de disette, le peuple se rabattait sur les pommes de terre que produisaient avec succès les sols défrichés des méandres, mais c'était en rechignant et pour revenir très vite au pain blanc, les années d abondance. Le précieux tubercule commence à prendre de l'importance et à paraître dans les statistiques en i8/i3. Sa consommation entra vraiment dans les mœurs au moment de la famine de 18/19. ^^ rassemblement considérable se forma sur le quai de la Bourse dans le but de s opposer à un embarquement pour l'Angleterre. Les charrettes furent pillées ; la municipalité dut indemniser l'entrepreneur. Faute de demande, le prix de l'hectolitre resta longtemps stationnaire. Si le prix actuel s'estélevé, c'est que l'ouvriercertain d'avoir du pain à un prix régulièrement bas. a porté, du côté des légumes farineux, le supplément de sa dépense de bouche, c'est surtout que la France puis l'Angleterre sont devenues, sous ce rapport, les clients fidèles de la région rouonnaise".

1. Renseig''- du service municipal de la poissonnerie; R. nmn. : 1903, p.

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2. R. S. Agr. : 1902, p. aaS ; A. inun. : juillet 18^7; A. S. I.: M subsisl., igo2.

Malgré leur libéralisme, les lois révolutionnaires ne donnèrent pas de suite à l'artisan tout le bien-être qu'il pouvait espérer. Au début de 1 Empire, Beugnot constate que la vie est chère à Rouen, « que le prix des pensions du lycée (700 francs par an) est trop bas vu renchérissement des vivres et que l'établissement ne pourra s'y retrouver' ».

Avec la Restauration commence une période de prospérité. Les approvisionnements sont plus faciles, les salaires plus importants. Cependant, les recettes n'avaient pas augmenté en proportion des dépenses quand la crise cotonnière vint surprendre la région rouennaise. La fabrique, en accaparant la main-d'œuvre féminine, avait détruit la famille. La majeure partie des artisans vivait à l'extérieur : « Le déjeuner, écrit un ouvrier, se fait avec du pain sec, souvent avec du pain bis et un quart de mauvais fromage de Neufchâtel. A dîner, comme leurs moyens ne leur permettent pas de faire la cuisine, leur femme et leurs enfants vont dans les auberges que l'on appelle vulgairement gargottes. » Ces misères avaient engendré des mœurs spéciales. On mettait les enfants à leur pain, c'est-à-dire qu'ils mangeaient sur ce qu ils gagnaient. Par contre, les enfants envoyaient les parents trop vieux à l'hôpital. Les périodes de crise industrielle étaient particulièrement terribles. En i863, malgré les secours de la Chambre de commerce et de la municipalité, malgré les fourneaux alimentaires et les allocations du bureau de bienfaisance, le cotonnier rouennais a souffert cruellement de la faim'.

Après la guerre, la reprise des affaires apporta des

1. Les prix actuels de l'intornat sont 700 francs pour les basses classes, I 100 francs pour les adultes. Dcjean : i'(V.y, p. ay/J, 3o3, 3o5 ; A. S. I. : M prcm. régis. ; A. Nat. : F'^* 282 ; F-" 266.

2. Villermé : 5/.^. I, p. 1^6, i53 ; Reybaud : ?/f), I, p. 70, 71 , 278, 283, 298; Gordier: 188. p. 3^ ; Noiret : noj, p. 45; Panel: 268, p. 205; A. mun. délib.: décembre 1867, août 1868; A. S. I. : M subsist., i8a5, i844, slaiisti., 1866.

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améliorations sensibles au sort de l'ouvrier. Mais le peuple est devenu gros mangeur ; il consomme souvent des denrées chères et qui paraissaient, jadis, très rarement sur sa table. De même que, dans la campagne, l'ouvrier agricole exige de la viande trois fois par jour, tandis qu'au début du siècle, le maître lui en donnait trois fois par semaine ; scmblablement, l'ouvrier urbain sollicité par l'achalandage des halles, par les travaux plus continus, plus ardus de l'usine, par les salaires plus importants, s'est laissé entraîner dans sa dépense de bouche sans que ses ressources aient augmenté dans la même proportion. L'effort commun du père et de la mère arrive à peine à boucler le budget familial; il leur est extrêmement difficile d'économiser pour les années de misère. Malgré des facilités d'alimentation plus grandes, le chômage demeure, plus que jadis, la plaie de la région rouennaise.

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