‹ Rouge et bleu: comédiesChapitre 62 sur 86 · LE MÊME, LES DEUX EVA · texte numérisé non relu

LE MÊME, LES DEUX EVA

KENÉ MUKA,L, avocat.

Mesdemoiselles, vous me voyez tout confus. Je désirais voir M. Flamel, et la servante m'a dit qu'il était sorti. Je n'ai pu résister au plaisir de vous présenter mes hommages, puisque je suis chez vous. Me pardonnerez-vous mon sans ggne, la liberté grande que je prends 7

EVA, fille.

M. Mural, vous n'êtes pas tout à fait un étranger pour nous ; nous nous sommes vus déjà.

EVA, nièce.

Dans une charmante soirée : on y jouait la comédie....

RENÉ MURAL, avocat.

Oui, oui ! je me souviens. ...je me souviens !....XJne soirée fort agréable.. ..une amusante comédie. ...et qui finissait bien, puisqu'elle finissait par un mariage. J'arrivais à Québec alors, et je n'y connaissais que peu de gens. J'ai vu passer devant mes yeux un tourbillon de jeunes filles gracieuses, où vous étiez perdues sans doute.. ..(-4 Eva^ /illé du notaire.) Mais je vous ai vue ailleurs, et c'est là surtout que j'ai appris à vous estimer.

Vraiment ? Où cela ? Je ne me rappelle point.

RENÉ MURAL, avocat.

Vous étiez si recueillie, si....

EVA, fille.

Oh !....

RENfc MURAL, avocat.

Si humblement agenouillée dfvant l'autei de

(A part.) Lui aussi !

EVA, iiiète.

(A part.) lU nous ont donc suivies tous deux ?..,.

M. Mural, beaucoup de jeunes filles vont prier chaque jour à l'autel de Marie.

Et pendant ce tempa-hl, noua les hommes, noua les forts, nous oublions Dieu pour ne songer qu'aux afl'iiires.

EVA, fille.

Il est souvent difficile de faire oublier aux hommes les choses sérieuses qu'ils ont ù exécuter dans ce monde, et c'est fort iiiituiei. Pourvu qu'ils ne peidcut pas Dieu du vui! Lout à fiiit, je les excuse.

liEKÉ MURAL, avocat.

Si les anges de la terre nous absolvent, eaux de là-baut nous tendrout la main.

EVA, nièce.

Qu'avez- VOUS besoin de tant d'aide, vous êtes le sexe fort ?

RENÉ MURAL, avocat.

Oui, avec de gi^audes faiblesses, comme vous êtes le sexe faible avec de grandes forces.

EVA, fille.

Aimez-vous toujours Québec, M. Mural ?

RENÉ MURAL, avocat.

Beaucoup. Son site est si pittoresque I sa gloire est si pure ! ses femmes sont si belles I.... C'est un nid d'aigle peuplé de colombes.

EVA, nièce.

Avis aux chasseurs....

RENÉ MURAL, avocat.

Je suis bien maladroit.

EVA, fille.

Vous ne faites que.... blesser ?

RENÉ MURAL, avocat.

La colombe semble me fuir à tire-d'aile.

KE.NÉ MUHAL, nvocut

Elle cherche un refuge, souvent, sous K's toite.... sacrés.

EVA, filk'.

N'est-ce pas ce que fait le chasseur parfois ?

KEXÉ MUBAL, avocat.

Parfois, je l'avoue.

EVA, fille.

Soua oes toits tous les bruits se taisent.

KKXfc MORAL, avocat.

Par les bruits qui montent du cœur.

EVA, Eiùce.

Vous autres, mpssieurg, vous avez des cœurs qui sont un peu tapageurs.

KEKÉ MORAL, avocat.

Et les vôtres, mesdemoiselles, ils demeurent trop calmes peut-être. (On entend parler en dehors.) EVA, fille.

Voici mon père, mais il n'est pas seul ; voulezvous pa.sscr dans la serre en attendant qu'il soit libre ?

PBEMIER ACTE. 213

RENÉ MURAL, avocat.

Je VOUS suis avec bonheur. {A part.) ! C'est donc elle qui est la fille du notaire ? c'est elle que j'aime !../. {lU sortent,)

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