SCÈNE VII
EVA, nièce, RENÉ, avocat.
EVA
Je suis aise de vous voir, M. Mural.
KENÉ.
Et moi, je suis heureux de cet accueil, mademoiselle. Il me semble qu'il me dit d'espérer à nouveau.
EVA
N'y comptez pas trop cependant.... Mais prenez un siège.
RENÉ
Ne pas espérer ?
EVA
Ne pas désespérer non plus.
RENÉ
Un peu de miel sur le boid du calice.
EVA
Il ne tient qu'à vous que la coupe en soit remplie.
EVA
Qu'importe un chemin difficile, s'il conduit en lieu «ûr ? Et puis, la^ félicité est mieux appréciée quand elle a coûté cher.
JRENÉ.
C'est vrai, mais Thomme a des devoirs sociaux, des devoirs politiques aussi parfois, qu'il ne saurait sacrifier sans se déshonorer à ses propres yeux et aux yeux de son pays.
EVA
Qu'est-ce donc qu'un attachement politique, si VOUS le comparez à l'amour d'une femme ?
RENÉ
La politique honnête sauve les pays.
La femme honnête sauve la politique.... en sauvant la famille.... Mais je sens que je ne gagnerai pas.... votre cause. J'appelle ma cousine ; elle sera plus éloquente que moi. {Elle se lève,) Pardonnezmoi ; je lui dis que vous l'attendez.
262 ROCGlî ET BLEC,
SgKNE VIII.
EENfi MURAL, avoc«t.
Voilà une rude épreuve pour mon amour et pour mes couvictioDs politiques. Il n'est pas possible que je cesse d'aimer, mais il n'est possible, non plus, que j'abaEilonne mon parti, que je crois le meilleur, , pour en servir un autre qui n*a point mon estime.
Pourquoi cet homme met-il une pareille condition au bonheur de sa fille ?.... Il ne songe donc pas que l'humiliation pèsem sur elle comme aur moi!.... Pourtant, suis-je aussi convaincu que je le dis?.... Les autres le sont-ils?.... N'y mettons-nous pas tous un peu d'amour propre ?.,.. N'obéissons-nous pas un peu à la consigne quand nous croyons céder à la conviction ?,.. Il y a des hommes loyaux dans les deux campa, et les uns et les autres ont opëré de grandes choses....