MADAME DUCAP, VOIX EN DEHORS
MAD. DUCAP.
(Elle demeure quelques instants accoudée sur la table le front dans sa main, muette.).... Si elle pouvait mourir sans rien révéler, cette femme !.... Je veux être seule ici... Jui le droit d’être seule. Je me suis donnéc à lui, mais il a promis de me donner tout... tout! l'argent prêté et les biens-fonds... Je serais volée s'il y avait partage.... Ma jeunesse vaut bien
sa fort et Ceri
Ah!
Sorti nage,
C’est d’enfanc qu'ilar
Il ne 1 qu'il la Madame
C'est q femme... content. .
soir, mad (Cerisette
C’est un venait, ...
sa fortune. ... (On entend le dialogue entre l'étranger et Cerisette. Madame Dueap écoute avec attention.)
8 VOIX DE L'ÉTRANGER
| Ah! il n’est pas à la maison ?....
OERISETTE.
e Sorti pour un moment. Il doit être dans le voisi-
nage.
VOIX DE L'ÉTRANGER
C'est un de mes vieux amis, voyez-vous, un ami
d'enfance, et je voulais savoir, en passant, s’il est vrai qu'il a retrouvé sa petite fille...
rée,
CERISETTE
Il ne l’a pas retrouvée oncore....et je ne crois pas qu’il la retrouve....C'est une histoire en l’air.... Madame sait d'où ça vient....
VOIX DE L'ÉTRANGER
C’est que, ça ne ferait pas son affaire....à la jeune femme. ...Mais lui, mon vieux Ducap, il serait si content. ...Eh bien! je vais continuer ma route, bon soir, mademoiselle, mes compliments à Ducap.... (Cerisette revient.)
CERISETTE
C'est un habitant du Saut, un ami de M. Ducap qui venait, . «
MAD. DUUAP. | de Lk
Je sais, je sais ! J'ai tout entendu....1Il ferait mieux | men de se mêler de ses affaires. Que l'enfant revienne ou sirs ( reste au fond de la chute, que je sois contente ou man
fachée, cela ne le regarde pas.
CERISETTE. Vo
Vous parlez de la chute, je l'ai vue souvent, mais terre * je ne m’en souviens guère....Quand je la regardais d'en bas, je croyais que l’eau tombait des nuages...
Vra
: : MAD, DUCAP. | | su; c'
Vous étiez jeune ? sur la
me do
CERISETTE, | bien. :
Toute petite: trois où quatre ans. Mais il me ss ! A
soleil,
semble que je vois encore l’eau descendre en tourbil. lons comme une épaisse fumée blanche ; il me semble que j'en entends encore le bruit formidable et que je vois se croiser, dans le grand bassin, au pied, des cercles de toutes couleurs.
hélas !
larme.)
MAD. DUCAP, Pauvi
Vos parents demeuraient là....sur les hauteurs ?
CERISETTE
J'ai bi Mais ici,
Oui, madame, Mes petites compagnes et moi nous avions bién du plaisir à descendre l'immense côte de verdure dont le pied se baigne dans le fleuve, et bien
Ju Ju
de la fatigue à la remonter. N'importe, nous recommencions toujours....0'est comme ça pour les plaisirs de la vie, nous les payons cher et nous les 1'edemandOns sans cesse.
MAD. DUCAP.
Vos parents, que faisaient-ils ? Cultivaïentils la terre ? Fu
CERISETTK.
Vraiment, je ne le suis plus.... je ne l'ai jamais su; c'est si loin, si loin! Souvent quand j'allais jouer sur la grèvo, je voyais une femme venir à moi. Elle me donnait des baïîsers et des bonbons, Jel'simais bien. Un jour elle me fit boire une liquour délicieuse, et je m'endormis sur l'herbe en riant, la figure au soleil.... Quand je m'éveillai il n'y avait ni rivière, ai chute, ni côte.... rien! Je croyais faire un rêve; hélas ! le rêve pénible dure engore! (Elle essuie une larme.)
MAD. DUCAP, se levant stupéfaite, Pauvre enfant !.... Vous avez du souffrir, us sonffrir beaucoup.
CERISETTE
J'ai bien pleuré d’abord, oui, j'ai bien pleuré...
Mais ici, sur la terre, les douleurs comme les joies ne
sont pas de longue durée,
MAD. DUCAP. gagn Vous souvenez-vous du nom.... de vos parents?
CERISETTE
Mai
On m'a toujours dit que je n’en avais pas, de parents.
Mais, moi, je me souviens bien d’un homme que j'appelais papa, et d'une fomme que j'appelais ma- Je } man, en enchaîuant leur cou de mes petits bras; ot PAssag je me souviens bien des baisers qui pleuvaient sur mon front. Hé a MAD, DUCAP.
Où avez-vous été élevée ? Vous avez requ de l'ins- Mais truction .... votre langage n’est pas celui d'une ser- de vos ç vante,
CERISETTE
Ceux qui m'ont élevée m'ont comblée de soins. Ils n'avaient pas d'onfants, et tout leur amour était pour moi, Pensionnaire pendant plusieurs années dans un couvent, j'ai beaucoup étudié. Mais j'étais jeune ! C'est
encore. J’af lu depuis.... La lecture, c'est ma pas ! Vous vous sion. Hélas! Mes parents adoptifs sont morts à quel. {À ques mois d'intervalle ! Un de leurs cousins a recueilli ! l'héritage, mais il ne m’a pas recueillie, moi.... Je Est-cé ç garde leur nom, c’est tout. Il m'a fallu servir.
MAD. DUCAP.
Vous devriez aller aux Etats-Unis, où il y a tant à
RÉMIER ACTE. 99
gagner; ne restez pas plus longtemps ici à travailler dur pour quelques piastres par mois. :
CERISÉÈTTE.
Mais comment y aller ? je n’ai pas d'argent.
MAD. DUCAP.
Je pourrais peut-être vous aséheter votre billet de passage.
r à CERISETTE.
Hélas ! m'en aller seule en pays étranger ?
MAD. DUOAP.
m | Mais vous trouverek dés côñtaines....des milliers r- de vos compatriotes, là-bas.
CERISETTE
| Ceux que l’on cherche ne valent pas toujours ceux \s que l'on quitte.
a» MAD. DUOAP.
ns
ds C'est un conseil que je vous donne ; songez-y. Si LE vous vous décidez à partir, je vous alderat.
l- | OERISETTE,
É Hét-cé que oué ne vous trouver pas bien de moi ?
MAD, DUCAP.
Oui, je me trouve bien de vous; maisilya ceci qu'il faut vous dire. Jean, le domestique, vous fait la
cour, et cela ne convient pas. Il y a danger à : demeurer ensemble sous le même toit,
CERISETTE
Tout à l'heure, ce me semble, vous m’eneouragiez
à aimer, Eh MAD. DUCAP.
A n’aimer qu’un seul, celui qui ne reste pas'ici. Oui CERISETTE.,
Je ne me rappelle pas de la distinction. | Com
pence MAD. DUCAP.
Alors vous aimez mieux Jean ?
Une CERISETTE. à la po
Je pense que....oui
Et vo
MAD, DUCAP, 8e levant,
J'ai donc raison de vous éloigner. Au reste, M. Ducap.ne veut pas se séparer de son domestique. Il Avant ne veut pas entendre parler de cela, mais pas du tout. scrait à ... Voici M. Ducap, sortez, Cerisette, nous reparle- ! gon: ile rous de cela. (Ducap entre.) comme cer la ma
Commé