SCÈNE VI
CERISETTE, triste, un balai à la main.
Partirl.... partirl.... Aller sous un ciel inconnu, loin des champs où j'ai coupé tant de fois, d'une fau-
LS
cille alerte, l’avoine et le blé! loin des jardins où tant de fois j'ai semé les légumes et les fleurs! loin des pacages riants où j'aimais à traire mes génisses aux grands yeux doux, Partir !.... partir!.... Ne plus chanter avec le rouet en filant la laine de nos agneaux !.... Ne plus aller à la brairie battre le lin, sous les grands arbres, aux beaux jours de l’automne. Né plus danser autour de la grosse gérbe, sur le chaume doré!.... Ne plus courir, l'hiver, aux épluchottes de blé-d’inde avéo lés amis en gaietél,... Partir! partir! Et pourquoi me chasse-t-on d'ici ?: Il ÿ a quelque chose que je ne comprends pas. Hier encore madame me traitait comme une amie. Elle me parlait de cet amour dont je n'ai pu me défendre, et ne paraissait pas s’en effrayer. too que je ne suis pas demeurée sage? Elle veüt que je fasse un choix entre Paul et Jean.... Je le fuis..,, Puis, ce n’est plus cela, elle choisit ensuite pour moi. ŒÆlle m'assigne Paul, quand j'incline vers Jean. ... Qu'elle me garde à son service, je serai prudente, je serai réservée. ...je.... Mais non! elle ne voudra rien entendrel... Jo ne suis toujours pas obligée de l'écouter, de suivre 8e3 conseils, de m'en aller aux Etats-Unis. Puisqu’elle m'envoie, je partira, mais je n'irai pas loin... Non, non, non! Je n’irai pas loin! Je trouverai bien une place dans Ia paroisse, chez les habitants. J'aime mieux gagner moins d'argent et avoir plus de bonheur. (Paul entre.)
DEUXIÈME AOTE,