‹ Rouget de LisleChapitre 25 sur 38 · MOI · texte numérisé non relu

MOI

Parler sans art, Penser sans fard, C'est ma devise.

Aller, venir, Rester, courir, Veiller, dormir.

Tout à ma guise.

C'est mon plaisir.

Femme discrète Et jolielte Mais pas coquette.

C'est mon désir.

Pour la patrie.

Donner ma vie.

C'est mon espoir.

Mauvaise tète.

Le cœur honnête.

C'est mon avoir.

Amour extrême Aux bonnes gens, Guerre aux méchants.

C'est mon système.

Ce portrait de Rouget ne manque ni de vérité ni de sincérité. Rouget de Lisle avait réellement une âme belle et généreuse. Le fond de sa doctrine épicurienne et stoïque perce dans cette peinture. Un de ses vœux, malheureusement, n'a jamais été exaucé.

11 a manqué à Rouget la femme qu'il rêvait. Son ami de ses dernières années, son bienfaiteur, Déranger, l'a

bien compris et il a très judicieusement apprécié notre auteur dans une lettre écrite à M""^ Voïart,à cette femme dévouée qui a donné à Rou2;et les soins les plus tendres et les plus assidus pendant sa dernière maladie.

Déranger va donc encore venir à notre aide pour faire connaître et apprécier l'auteur dont nous avons entrepris de faire comprendre la vie et les œuvres. Voici cette lettre écrite immédiatement après la mort de Rouget, c'est-à-dire au mois de juin 4836 :

« C'est avec bien de la douleur que j'ai reçu la triste nouvelle de la fin de notre ami. Je ne pouvais sans doute me dissimuler, d'après les détails que vous et M. Voiart avez bien voulu me transmettre, que la mort approchait du vieux poète, mais je ne la croyais pas si près d'éteindre une existence précieuse à l'amitié, et qui laissera une trace lumineuse jusque dans la postérité la plus reculée*.

« Je l'avais connu bien malheureux: nous avions eu bien de la peine à lui faire atteindre l'époque qui devait le sauver de la pauvreté si longtemps à sa porte. L'excellent général Blein a droit à la reconnaissance du pays pour tout ce que sa vieille amitié lui fit faire pour présers^er Rouget de Lisle du désespoir. Il ne trouva pas moins d'adoucissement à ses peines auprès de vous, madame, et quels que soient les avantages que lui procura 4830, ils auraient été insuffisants pour son bonheur, sans cette continuité de soins dont vous avez comblé ses dernières années. Rouget de Lisle n'était pas de ces hommes qui peuvent vivre ni mourir seuls. C'était Tar^ tiste resté enfant. Je me suis souvent dit qu'une femme intelligente et dévouée, partageant sa vie, lui eût appris

1. Bcrau^'iT pouvait penser alors à sa belle chanson, Les Etoiles filantes.

à mieux tirer parti du génie qu'il devait à la seule nature et dont il n'a laissé qu'une preuve impérissable, faute d'une bonne fée qui n'eût pu devenir son Mentor qu'à la condition de ne pas changer de sexe.

« J'ai bien regretté de ne l'avoir pas vu avant sa morl. Si cette triste nouvelle me fût parvenue plus tôt, je me serais rendu à Choisy pour assister à ses obsèques, où le devoir ne m'appelait pas moins que l'amitié.

« Vous me dites, madame, que le général a écrit pour demander les intentions du gouvernement relativement aux honneurs à rendre aux restes de l'auteur de la Marseillaise. Je doute qu'on prenne aucune disposition à cet égard. Peut-être une souscription procurerait-elle les moyens de lui élever un modeste tombeau. Je n'ose toutefois pas l'assurer, dans un temps comme le nôtre et chez une nation aussi oublieuse. Dans mon opinion, je crois les tombeaux chose fort inutile chez nous. Pourtant, si la souscription avait lieu, je ne serais certes pas des derniers à y prendre part; mais la crainte de l'insuccès ne me fera pas entreprendre de la mettre en train... »

Voilà donc une lettre qui donne une appréciation vraie sur Rouget de Lisle et sur lé point qui lui a fait défaut dans son existence. Rouget lui-même l'avait bien compris; mais sa nature rêveuse, enthousiaste, droite et honnête, débonnaire au fond, peu faite pour se débrouiller dans les intrigues qui généralement accompagnent et précèdent nos mariages au xix' siècle, sa nature l'avait empêché de trouver

Femme discrète

Et joliette,

Mais pas coquette,

comme il le désirait. Il aurait fallu qu'ui.e main amie la lui préparât en faisant d'abord toutes les démarches préliminaires pour la lui présenter ensuite. La nature bonne et bienveillante de Rouget en eût fait le mari agréable et dévoué d'une femme inlelligente. On retrouve dans ses œuvres toutes les qualités que nous nous plaisons à reconnaître à sa personne et que nous signalons.

Nous qui sommes grand-père et qui, par conséquent, avons traversé la plus longue étape de la vie, nous nous plaisons ici à rendre un sincère hommage aux qualités si délicates de la femme et à l'influence si précieuse de la mère de famille en général, surtout quand elle sait échapper aux pernicieuses influences de la superstition si bien exploitée de nos jours. Puisse cette réflexion rendre à la compagne de notre existence le témoignage d'estime dont elle est si digne !

, Rouget de Lisle, dans les premières ajinées de sa vie, avait eu de fort belles relations. Au sortir de l'école royale militaire, où il avait été répétiteur de littérature ou d'histoire, il avait passé à Paris quelques mois, pendant lesquels il s'était lié avec les fils Trudaine et la famille Reaumarchais, dont la maison était ouverte aux officiers de l'armée. C'est là qu'il a pris le sujet de Tony et Lucy, anecdote historique que nous allons retrouver dans le premier volume : Essais en vers et en prose, publié en 1796. Il dédia même une romance à M'"^ Reaumarchais. Plus tard, il fut lié avec M. et M'"'^ Tallien; il prit même, de M'"' Tallien, insultée, la défense, dans le journal la Quotidienne.

Mais Rouget n'était pas de nature à se pousser luimême dans le monde, il aurait fallu qu'on le lançât. — Ses œuvres, qui ne sont pas sans mérite, annoncent une grande sensibilité, un esprit délicat et rêveur susceptible d'une mâle énergie parfois, comme le prouvent cer-

laines compositions, la Marseillaise entre autres, et le Chant de Roland à lloncevaux. Mais la note qui lui est la plus familière est toute sentimentale. Il a laissé plusieurs volumes, l'un de compositions littéraires, l'autre de compositions musicales, l'autre d'histoire, que nous allons successivement examiner. Le premier, publié en 1790, a pour titre : Essais eu vers et en prose. Il est dédié àiMéliul. Il contient 151 morceaux divers; ouvrage assez rare : il serait bon qu'on en fît une nouvelle édition. On prétend, mais rien ne justifie cette assertion, que la rareté de cette publication aurait pour cause la destruction des volumes ordonnée par Lazare Carnot. C'est un bruit sans fondement, et Carnot était un esprit trop supérieur pour prendre de pareilles mesures. Deux exemplaires que nous avons pu consulter, l'un chez M. Amédée Rouget de Lisle, l'autre à la Bibliothèque nationale, portent des autographes de Rouget. Un troisième exemplaire, que nous avons pu nous procurer en faisant nos recherches, a été destiné à Charles Prugens. Ce recueil contient un spécimen de différents genres de poésies. A côté d'un conte badin, VArgiuïient rétorqué, qui offre, dans le fond et dans la forme, le genre des contes de La Fontaine, on trouve des pièces de vers écrites dans le goût mièvre du jour, des épîtres à Chloris, une épitaphe sur le tombeau d'un serin, des vers à Nice dans le genre Catulle, des élégies, des idylles, des odes, tous les genres en un mot qui caractérisent la fin du xviir siècle.

Dans VAlmanach des Muses de 1798, où l'on rendait compte des publications littéraires de chaque année et des pièces de théâtre représentées ou non, mais livrées à la publicité, on trouve la note suivante : « Poésies diverses : Essais envers et en prose, par Joseph Rouget de Lisle; Desenne, Durand, etc., in-8° de 157 pages avec une gravure ; — L'Hymne des Marseillais, le plus célèbre

des hymnes patriotiques; d'autres chants de guerre, où l'on reconnaît le même auteur; en général d'assez faibles poésies fugitives. »

Les œuvres de Garât offrent des spécimens de tous ces genres.

Rouget de Lisle, qui était poète et musicien, a mis en musique plusieurs de ses compositions, que nous retrouverons en parlant du volume in-folio publié par lui en 1825, sous le titre des Chiquante Chants français.

Ce n'est pas par ces œuvres diverses, médiocres en général, que Rouget de Lisle se serait immortalisé. Aurait-il obtenu, sans la Marseillaise, un titre au souvenir des hommes par son théâtre? Nous en avons donné la nomenclature. Nous ne le pensons pas encore et nous examinerons bientôt la valeur de ces œuvres diverses.

Rouget de Lisle se recommande à l'attention des hommes, parmi tous ceux dont le nom est resté vivant dans les souvenirs de la Révolution, par la grande droiture de son esprit et son honnêteté indiscutable. Ses lettres en font foi, comme on a pu le voir. S'il a eu des expressions assurément exagérées contre Lazare Carnot, de son côté, Lazare Carnot ne l'a point ménagé.

Pour ces inimitiés mesquines au fond, il serait bon de les laisser dans l'oubli si, en les rappelant, l'historien n'avait pour but d'engager les hommes publics à s'élever au-dessus de ces rancunes personnelles, toujours pénibles et misérables.

Et pour compléter l'histoire des rapports qui ont existé entre ces deux condisciples, Rouget et Carnot, nous devons citer un fait mémorable : nous avons vu que Rouget avait traité la prise des Tuileries, au 10 août, de catastrophe. Il n'était pas le seul des officiers qui avaient vu d'un mauvais œil cette journée du 10 août. Elle était en réa-

lité la dernière de la Royauté. Beaucoup d'officiers étaient royalistes constitutionnels, entachés de feuillantisme pour me servir d'un mot consacré.

On tenait beaucoup, surtout aux frontières de l'est et du nord, à avoir à la tête de l'armée des généraux en qui on pût avoir une confiance absolue. Or, tel n'était pas le cas de la garnison de Strasbourg où commandait le général La Morlière, âgé de 80 ans. Le maire Diélrich, excellent administrateur, est dépeint par le général Biron, dans sa correspondance confidentielle, comme ambitieux et, par suite, vacillant dans ses principes. On avait été jusqu'à crier : Vive le roi! dans le camp de Wissembourg.

Les Jacobins dénonçaient ces agissements. Il fallait savoir la vérité. Carnot et Prieur furent délégués pour aller vérifier les faits et raviver le sentiment patriotique. On interrogea nominativement les officiers sur l'acceptation de la prise des Tuileries et du nouvel état de choses qui en pouvait résulter. Le général La Morlière donna son adhésion franchement. Mais il n'en fut pas de même du prince de Broglie, chef d'état-major, du duc d'Aiguillon, maréchal de camp, et d'autres officiers. Parmi ceux-là se trouvaient Caparelli et Rouget de Lisle. Le premier, après quelques hésitations, accepta les faits accomplis. Rouget protesta. Dans son rapport, Carnot traita Rouget de caractère irascible et chagrin et de pauvre tête politique. On voit, par là, que ces deux grands hommes maladroitement se dépréciaient l'un l'autre. Rouget ne resta pas dans les rangs de l'armée, il errait en Alsace, et c'est à la suite de ce refus qu'il fut arrêté et incarcéré à Saint-Germain-en-Laye, malgré le concours puissant de la Marseillaise dans nos succès militaires.

Il sortit de prison après le 9 thermidor et nous avons vu ce qu'il devint par ce qui précède. Pour revenir à ses

œuvres après celte digression, nous allons en continuer le rapide examen avant d'aborder laqueslion delà Marseillaise, son œuvre principale.

Nous avons publié la liste des travaux divers de Rouget de Lisle, et donné sur son volume publié en 1796 quelques détails que nous compléterons. Peut-être y aurait-il un intérêt réel à faire une édition des œuvrer complètes de Rouget de Lisle. Nous en possédons à peu près la copie entière. Dans le courant de cette étude nous avons déjà publié quelques pièces de vers de Rouget; mais il en reste de différentes natures et qui sont presque complètement inconnues, sans même faire allusion à ses pièces de théâtre. Ainsi on trouve un conte badin intitulé : U est-il. ne V est-il pas? la Matinée, idylle, Rosa mourante, élégie, etc., etc.

Dans une biographie, faite en 1816, au nom de Rouget de Lisle, on signale une pièce qui fut jouée, en 1798, sous le titre de Jacquot ou l'Ecole des Mères. Elle n'eut qu'un succès passager.

Il existe une Ecole des Mères, pièce en cinq actes et en vers, de M. Nivelle de la Chaussée, de l'Académie française.' Elle n'a aucun rapport avec la pièce de Rouget de Lisle. Cette pièce, intitulée : Jacquot ou VÉcole des Mères, pièce en deux actes, mêlée de musique écrite par Délia Maria, est tirée d'un conte moral de Marmontel. Les journaux critiques de l'époque, 29 mai 1798, constatent un succès tout en reprochant à la pièce son manque d'unité. D'autre part, le Moniteur du 11 prairial an VI en fait l'éloge.

Voici comment il s'exprime :

« La pièce est bien écrite, du naturel, de la sensibilité, <( des traits heureux sans prétention, voilà ce qui en ca- « ractérise le style. Quant à la musique, elle a bien reçu

(I, (les applaudissements, mais il faut le dire, à l'exception « du duo du deuxième acte, qui est bien dialogué et qui (( se termine par un trait de chant délicieux, cette com- (( position ne paraît pas mériter beaucoup d'éloges. »

Dans le volume on signale avec raison VRymne à Vespérance, publiée avec la musique à la tin du volume Essais en vers et en prose; Adélaïde de Montville, anecdote qui, d'après certains auteurs, serait vraie au fond et se serait passée dans la maison du célèbre Beaumarchais, où Rouget de Lisle allait faire de la musique et où il était un des intimes de la maison ; le Chant des vengeances, intermède exécuté sur le Théâtre des Arts, le 19 floréal an VI; le Chant de guerre, imprimé chez Didot,en 1800, et enfin la Matinée, idylle, par M. R.D. L., 1818, in-S" avec musique. La dernière strophe de cette idylle est certainement une réminiscence du séjour de Montaigu, que Rouget avait quitté depuis peu de temps, comme nous l'avons vu dans ce qui précède.

« 0 douce paix des champs, ô plaisirs purs et vrais, Quêtons ceux des cités n'égaleront jamais, Il faut donc vous quitter ! sur le déclin de l'âge Il faut abandonner cet antique héritage; Il faut aller mourir et loin de mon berceau Chercher le coin obscur qui sera mon tombeau; 11 faut!... J'obéis. Quelque épreuve cruelle Que me réserve encor la Fortune infidèle, Mon souvenir du moins me tiendra près de vous, Pénates adorés, qui me fûtes si doux!

Telle, du lieu natal par les autans chassée Vers lui, Progné toujours reporte sa pensée. Se rappelant ces eaux, ces ombrages, ces airs, Ces nids, à son enfance, à son amour si chers! Et, près de terminer sa languissante vie, Tourne un regard mourant vers sa douce patrie. î

Dans cette notice, l'œuvre de Rouget, la Marseillaisej est désignée sous son nom primitif : Chant de guerre pour V armée du Rhin. On la commente ainsi: «Ce chant patriotique, composé avec une sorte de verve, et dont l'auteur ne prévoyait pas certainement toute la funeste célébrité, a été longtemps le cri de ralliement des plus furieux démagogues et le signal des plus horribles massacres. » Il faut se rappeler que c'est en 1816 qu'on écrit ainsi !

L'Echo du Jura, aux dates des 4 et 11 août 1827, donne une analyse succincte de ilfacôef^, tragédie lyrique en trois actes, paroles de M. Rouget Delille (sic), musique de M. Chélard, ballets de M. Gardel, décorations de M. Gicéri, jouée le 20 juin 1827 à l'Opéra. On y a beaucoup applaudi le chœur final, chanté en l'honneur de Macbeth :

Honneur au brave, au fils de la victoire, L'orgueil du peuple et le vengeur des rois! De son pays il est tout à la fois L'espoir, l'amour, le soutien et la gloire.

On y fait ressortir aussi, avec raison, une heureuse i innovation faite par Rouget de Lisle dans la pièce de Shakespeare : au moment où Duncan vient d'être assassiné par Macbeth, éclate un orage épouvantable, les trois sorcières s'élancent du milieu des flammes, et contemplant le criminel avec un air d'ironie triomphale :

c Te voilà roi, Macbeth ! s

lui crient-elles, puis elles s'abîment dans la terre. Celte nouvelle apparition produit un très dramatique effet.

En 1865 parut à la scène de l'Opéra Macbeth, opéra en cinq actes, traduit de l'italien de M. Piave par MM. Nuit-

ter et de Beaumont, musique de Verdi, — Un chroniqueur, Edouard Fournier, dans un compte rendu du journal la Patrie, 1" mai 1865, rappelle l'opéra de Chélard qui, peu goûté en France, fut à l'étranger chanté par une cantatrice célèbre, M"*^ Schrœder Devrient, sans qu'on mentionnât le nom de l'auteur du libretto, et le chroniqueur semble dire que MM. Nuitter et de Beaumont ont fait des emprunts au livret de 4827 et il ajoute :

« De qui était-il? D'un pauvre homme, qui ne se « nomme pas, car la célébrité que d'autres chants lui « avaient faite dans un autre temps le forçait de se ca- « cher dans celui-là. Ce Macbeth était de Rouget de « Lisle. l'auteur de la Marseillaise. »

Voilà encore Rouget malheureux, même en cas de légitime succès littéraire. On voit donc que nous n'avions pas tort de dire ce que nous avons avancé et que nous répétons en langue verte : Le guignon le poursuivait partout.

Nous avons parlé de son libretto d'opéra, Othello, et nous avons rappelé ce que fit Déranger, qui devait le présenter au compositeur Berlioz. jSous trouvons dans un numéro du Ménestrel, 16 mars 1859, la reproduction très curieuse d'un article de Berlioz, qui cite tout au long une lettre adressée à lui par Rouget de Lisle. Elle mérite d'être rapportée ici :

« Clioisy-le-Roi, 20 décembre 1830.

« >'ous ne nous connaissons pas, monsieur Berlioz; voulez-vous que nous fassions connaissance? Votre tête paraît être un volcan toujours en éruption. Dans la mienne, il n'y eut qu'un feu de paille qui s'éteint en fumant encore un peu. Mais enfin, de la richesse de votre

volcan et des débris de mon feu de paille combinés, il peut résulter quelque chose. J'aurais à cet égard une et peut-être deux propositions à vous faire. Pour cela, il s'agirait de nous voir et de nous entendre. Si le cœur vous en dit, indiquez-moi un jour où je pourrai vous rencontrer, ou venez à Choisy me demander un déjeuner, un diner, fort mauvais, sans doute, mais qu'un poète comme vous ne saurait trouver tels, assaisonnés de l'air des champs. Je n'aurais pas attendu jusqu'à présent pour tâcher de me rapprocher de vous et de vous remercier de l'honneur que vous avez fait à certaine pauvre créature de l'habiller tout à neuf et de couvrir, dit-on, sa nudité, de tout le brillant de votre imagination; mais je ne suis plus qu'un misérable ermite écloppé, qui ne fait que des apparitions très courtes et très rares dans votre grande ville, et qui, les trois quarts du temps, n'y fait rien de ce qu'il voudrait faire. Puis-je me flatter que vous ne vous refuserez point à cet appel^ un peu chanceux pour vous, à la vérité, et que, de manière ou d'autre, vous me mettrez à même de vous témoigner de vive voix et ma reconnaissance personnelle et le plaisir avec lequel je m'associe aux espérances que fondent sur votre audacieux talent les vrais amis du bel art que vous cultivez. « Rouget de Lisle. »

Berlioz ajoute : « J'ai su plus tard que Rouget de Lisle qui, pour le dire en -passant, a fait bien d'autres beaux chants que la Marseillaise, avait en portefeuille un livret d'opéra sur Othello qu'il voulait me proposer; mais devant partir de Paris le lendemain du jour où je reçus sa lettre, je m'excusai auprès de lui, en remettant à mon retour d'Italie la visite que je lui devais. Le pauvre homme mourut dans l'intervalle, et je ne l'ai jamais vu. »

Le théâtre de Rouget de Lisie est composé de dix pièces dramatiques, au nombre desquelles nous trouvons Othello et Macbeth, dont nous avons déjà parlé. Voici l'analyse des pièces dont nous avons la copie :

Almanzor et Féli.me. opéra-féerie en trois actes. — Présenté par le citoyen Rouget de Lille (sic), le 21 août, l'an II, demeurant faubourg Poissonnière, n" 23.

« Sis pntcul omnc nefas ; ut amabilis esto. » Ovide (Art. Ame).

La scène se passe en Perse.

Almanzor, élève de Milfort, aime Félime et va l'épouser. Lirine, fée, est éprise dAlmanzor, et veut supplanter Félime. Elle use de sa puissance de fée pour atteindre son but. Félime veut se dévouer pour Almanzor et sacrifie son amour à sa rivale. Milfort est ami de Maugi? l'enchanteur; il invoque son pouvoir pour sauver Félime, et les manœuvres de Maugis font un tel effet sur Lirine que la fée, convertie par le dévouement de Félime, sacrifie à son tour son amour à celui de Félime. Et la pièce se termine par l'union d'Almanzor et de son amante.

Grande mise en scène comme il est facile de le comprendre, avec l'intervention d'un enchanteur et d'une fée. Le titre de cette pièce, représentée au Théâtre des Arts en 1795, ne figure pas dans VAlmanach des Muses, où cependant on relevait exactement le titre des pièces jouées dans le courant de l'année. Il faut supposer qu'elle n'a pas eu un brillant succès.

FiERVAL OU LE FANFARON DÉMASQUÉ, comédie cn un acte et en vers.

« Facit indignatio versus. »

La scène se passe à Paris, dans l'antichambre ou le salon de Géronte. Géronte, espèce de Cassandre, est séduit par les fanfaronnades de Fierval. Il veut le donner pour mari à sa fille Hortense. Hortense aime d'Albius. Avec le secours de Frontin et de Lisette, les forfanteries de Fierval sont démasquées. Géronte, désabusé, congédie Fierval et donne sa fille à d'Albius. Lisette épouse Frontin.

L'Ile déserte, comédie en un acte et mêlée de musique. — Imitée de Métastase.

La scène se passe dans une île déserte. Constance et Germande, femme et mari, voyageaient sur meravec Silère, sœur de Constance. Ils s'arrêtent dans une île pour se reposer. Des pirates s'emparent de leur chaloupe que vient défendre Germande pendant le sommeil des deux femmes. Germande est pris, emmené, et les deux femmes restent dans l'île. Ce fait s'est passé il y a dix ans. Germande, prisonnier pendant huit ans, recouvre sa liberté. Pendant deux ans il cherche l'île où il a laissé sa femme malgré lui. Il y revient juste au moment où Constance, désespérée, allait se donner la mort. Germande revient avec son ami Henri qui retrouve les deux femmes. Scène de naïveté de Silère qui ne savait pas ce que sont les hommes, qu'elle considérait comme des animaux redoutables, induite en erreur par les plaintes de Constance, qui accusait son mari de l'avoir cruellement abandonnée.

L'Aurore d'un reau jour, ou Henri de Bourbon,

prince de iNavarre. comédie en un acte, en prose, mêlée de musique.

» Tu Marcellus cris ! »

La scène se passe dans un vallon au pied du château de Couras.

Cette pièce est absolument politique. Elle est l'horoscope de Henri IV qu'on y représente dans son adolescence. Aimé de tous les paysans au milieu desquels il vit, il devient amoureux de sa sœur de lait, fiancée avec l'un d'eux. Les filles de la montagne sont au mieux avec Henri et c'est à laquelle d'entre elles qui pourra lui plaire. Une chasse au loup est organis.'e et doit avoir lieu dans la journée. Chariot, fiancé de Gahrielle, la sœur de lait, est jaloux de l'aiïection qu'elle témoigne à Henri. Poussé par le désespoir, il est décidé à en (inir tragiquement avec la vie. Il poursuit le loup avec lequel il lutte. Sauvé par Henri qui tue la bête, on les voit revenir sur la scène acclamés par les paysans montagnards. Henri refoule de son cœur l'amour qui l'avait envahi et marie Chariot avec Gahrielle, sa sœur de lait.

Cette pièce devait avoir du succès sous la Restauration. Il est probable qu'elle a été jouée, car en regard des personnages on voit le nom des acteurs en renom de l'époque : Philippe, M""" Du Gazon, Carline, Soltier, M"" Cretz, Meunier, M"^^ Gonlier, Saint-Aubin, Chênaie, M"" Desbrosses, Saint-Réal, M"^' Rosa, Sophie, Dubrant,

F avare.

Où et comment a été jouée cette pièce ? aucun document ne peut nous le faire savoir. C'est aux chercheurs à le trouver. A nous-mème si le temps nous le permet.

Marguerite d'Anjou, en trois actes, mêlés de musique.

Le premier acte représente l'intérieur d'une tente éclairée par une lampe; au second, on se trouve en face d'une salle gothique terminée par un péristyle; au troisième, c'est une forêt : une montagne dans le fond, une caverne, à droite, sur le devant du théâtre. Il fait nuit.

Le sujet de cette pièce est historique. C'est un épisode de la guerre des Deux-Roses; les scènes se passent en 1463. Marguerite d'Anjou perd et retrouve successivement son fils Edouard, issu de son mariage avec Henri VI, roi d'Angleterre. On y trouve des scènes émouvantes et très dramatiques. Mais c'est une espèce de mélodrame où sont intercalés des chœurs et des scènes versifiées. A part ces détails qui ne sont plus dans le goût de notre époque, peut-être cette pièce pourrait-elle reparaître sur la scène-

Créqui et Clémentine, comédie en trois actes, en prose et mêlée de musique.

La scène se passe en Bresse, au xvi« siècle.

Créqui, blessé, a été recueilli dans une maison où on lui a prodigué tous les soins qui ont concouru à le sauver. La reconnaissance, la beauté et les charmes de l'aînée des deux filles de la maison l'ont rendu amoureux d'elle. Il la demande en mariage à la mère qui, fière de de cette alliance, lui accorde la main de Clémentine. Clémentine aimait Lorezzo, un ennemi de sa famille, et l'aimait d'un amour discret. Lorezzo a passé pour mort, Clémentine le croit et consent au mariage. Mais une lettre avise Clémentine de l'existence de son amant. Rendez-vous pris, on les surprend. Créqui, généreux, pardonne à Clémentine et favorise, par grandeur d'àme, le mariage des deux amoureux.

Ce sujet formerait un joli opéra-comique, môme de nos jours, quoique le caractère généreux des chevaliers d'autrefois ne soit plus de mode.

Othello, en cinq actes et en vers.

Cette pièce, dont il a été déjà plusieurs fois parlé, a été particulièrement soignée par Rouget, qui l'appréciait beaucoup et qui avait fondé quelque espoir sur sa réussite. On peut dire qu'elle est bien conduite et d'une façon dramatiquement lyrique. Elle se passe en Chypre, tour à tour sur une place publique, dans les jardins du palais, résidence du Maure, dans un ancien temple de Vénus, enlin dans la chambre de Yanina qui remplace Desdémone.

Les modifications apportées par Rouget dans son Othello, ne consistent pas seulement dans le changement des noms, mais dans beaucoup de détails. La mise en scène peut être splendidement établie en reproduisant simplement les sites pittoresques et les costumes des habitants de l'Ile. — Il n'y aurait rien de surprenant qu'un compositeur, unjour, s'emparât de cet opéra. Et nous sommes convaincu qu'une musique digne des paroles ferait de cette pièce un superbe opéra*.

Les Mœurs du xiii' siècle ou Adélaïde de Wal- FiNGUE, en cinq actes et en prose, imitée de l'allemand deKolzebue.

Les scènes se passent, au 1" acte, dans le village

1. Le compositeur Lodoïs Lataste, auteur de la belle Invocation : La Nuit! et de la niiigistrale composition poétique i-t musicale : Fontainebleau, dédiée à M"= Saih Caknot, a commencé la musique de Topera Othello de Rouget de Lisle. La cavatino (scène du jardin), où le Maure chante son amour pour Yanina (Desdémone), interprétée devant l'ancien et célèbre ténor Du|irez, a été applaudie par le grand chanteur qui ohlint jadis tant de succès et de triomphes dans l'opéra de Rossini sur le même sujet. — Avec M. Lodois Lataslc, nous avons fait diverses œuvres en collaboration. Nous citerons, parmi les éditées : Sur la Neige (mélodie-valse), le Chrysanthème (mélodie), Ma Commode (chanson), le Réveil des l'euples, chant patriotique avec un prélude vocal, publiées par M. P. Bilhau, éditeur à lîordeaux, et la République française, chant patriotique publié par la Maison Lucien Roberge, de Paris, à l'occasion du Centenaire de la Proclamation de lu Képubrmue française {17'J2-ls9-2), etc. etc..

païen de Nossafield, près de Walfîngue, sur les rives de l'Elbe.

Hugues de Walfingue, chevalier, a commis un crime. Il a séduit une jeune fille dont il a eu une enfant nommée Adélaïde. — Poursuivi par les remords, il expia son crime en allant en terre sainte, et confiant sa fille à un paysan, Bertrand, sous le sceau du secret; il part laissant son château à son fils Théobalde de Walfingue. Ce chevalier fait par hasard connaissance d'Adélaïde, en devient amoureux, l'épouse et en a deux enfants, Wilibad et Ottomar.

Près du château se trouve un couvent dirigé par Cyrille, abbé de Walfingue. Pour fairedela propagande, cet abbé pousse les habitants de la terre du château à faire la guerre et à exterminer les habitants de la bourgade païenne de Nossafield, située de l'autre côté du fleuve. On massacre impitoyablement les paysans. Théobalde, le chef des chrétiens, est effrayé du massacre, arrête les atrocités commises et fait la paix avec Gélimer, chef des paysans. Celui-ci, en reconnaissance, lui remet un anneau en signe d'alliance et rentre dans ses foyers en y ramenant Bertrand, père supposé d'Adélaïde, sa femme. Hugues de Walfingue, sous le déguisement du pèlerin, revient de la terre sainte, et après s'être fait reconnaître, rentre au château où il retrouve Bertrand, à qui il a confié sa fille Adélaïde. Ils reconnaissent alors que le frère Théobalde et Adélaïde sa sœur, sont incestueux, sans le savoir, on le comprend. Hs jurent de garder le secret de la naissance d'Adélaïde. Mais, Bertrand, converti, croit devoir le confier à l'abbé Cyrille. Cet abbé, amoureux d'Adélaïde, lui déclare son amour, veut en faire sa maîtresse. Il emploie d'abord les moyens de persuasion. Ils sont inutiles. Alors il lance l'anathème sur Adélaïde, lui montre l'énormilé de son crime qu'il

lui fera pardonner si elle veut se livrer à lui. Adélaïde refuse de nouveau ; mais en proie aux terreurs soulevées par l'infâme abbé, elle est sur le point d'assassiner ses deux enfants. L'abbé Cyrille, pour se venger, fait connaître l'inceste et proclame contre Théobalde, sa femme, ses enfants et sa famille les malédictions de l'interdiction, si terribles alors. Il soulève contre le château de Valfingue les vassaux et les paysans qui en font le siège.

Théobalde, pour les repousser, invoque l'appui de Gélimer, qui vient à son secours. Gélimer, connaissant l'infamie de son persécuteur, l'abbé Cyrille, le poignarde, sauve son allié Théobalde. Mais la malheureuse Adélaïde, en proie aux terreurs qui la poursuivent, succombe et meurt d'angoisses, malgré le triomphe de son mari.

Rouget de Lisle, en écrivant cette pièce, proteste contre les scélératesses des moines d'alors et les abus qu'ils font de leur pouvoir spirituel et temporel, exerçant au moyen âge une si grande influence.

Cette pièce est très dramatique. Elle pourrait avoir du succès, jouée de nos jours.

Nous dirons quelques mots seulement de Macbeth, mis en musique par Chélard et qui a été joué d'abord à Paris, puis en Allemagne, sans qu'on indiquât le nom de l'auteur des paroles. Nous avons signalé cette modification de l'intervention des sorcières saluant Macbeth coupable, et commençant la série des remords qui le suivent jusqu'à sa mort avec les crimes qu'il entasse les uns sur les autres : « Te voilà roi, Macbeth! yy Ce poème fut reçu par le jury de lecture de l'Opéra, le 3 mars 1824, et eut cinq représentations en 1827. C'est dans cet opéra qu'il fut fait usage, pour la première fois, de la trompette à piston. Le nom de Rouget ne parut pas sur Taffiche.

Enfin nous ne pouvons que citer Sémirai, tragédie lyrique en cinq actes, puisqu'elle manque à notre collection, et que rien ne nous édifie sur le sujet de la pièce. Nous avons passé en revue les œuvres littéraires et poétiques de Rouget ; il nous reste, avant de parler spécialement de la Marseillaise, d'examiner les œuvres de Rouget compositeur et de Rouget historien.

Les œuvres qu'il a laissées comme compositeur consistent en un fort volume in-folio, devenu très rare, de 201 pages.

L'annonce de la publication en fut faite dans le Jou?'nal de librairie au n" du 10 juillet 1824, sous ce titre : « Cinquante Chants français, paroles de difterenls auteurs, mis en musique par Rouget de Lisle, avec accompagnement de piano.

(( A Paris, chez l'auteur, passage Saulnier, n° 21. « L'ouvrage formera un volume, format de grande partition; il contiendra environ 200 pages; il est promis pour la fin de juillet. »

Il ne parut qu'en 1825. A la date du 31 janvier, nous en trouvons la recommandation dans un compte rendu du Constitutionnel et du Courrier français, à l'article Librairie française.

Dans le Constitutionnel on s'exprimeainsi: « M. Rouget de Lisle vient de }^[ih\ier Cinquante Chants français. Il est l'auteur de la plupart des chants. L'un d'entre eux est devenu historique et passera à la postérité. Les autres ont été empruntés à nos meilleurs poètes. M. Rouget de Lisle a mis ces chants en musique pour le forte piano; cette musique est partout appropriée à la beauté des vers. Le recueil doit être recherché généralement, car il y a des chants pour tous les goûts. Le talent de l'auteur comme poète et comme musicien a été depuis longtemps apprécié. Son rc-

« cueil est un monument précieux pour les amateurs et « qui ne peut manquer d'obtenir un succès de vogue. »

Le compte rendu fait dans le Courrier français n'est pas moins élogieux. Nous avons soumis à un critique musical de nos jours ce même recueil. On sait que la mode a sa place aussi dans les arts, et celte publication dont l'esprit a vieilli, n'en conserve pas moins un cachet de talent d'harmoniste. Sans être un recueil de chefs-d'œuvre, cette collection survivra et sera peut-être plus en vogue le jour où le goût nous ramènera aux harmonies simples et classiques plutôt qu'excentriques ou surchargées comme elles le sont aujourd'hui.

Cette publication, faite après souscription, ne produisit pas un résultat financier bien avantageux à son auteur. Nous avons sous les yeux la note d'Ignace Pleyel et fils aîné qui furent les éditeurs. Elle se monte h 5,111 fr. 15, sur lesquels Rouget avait avancé 2,294 francs, et au 25 janvier 1825 il restait débiteur de 2,817 fr. 15, somme qu'il aura pu couvrir en plaçant les exemplaires du volume. Une partie servit à rembourser M. Ternaux, industriel, qui avait avancé 2,000 francs à Rouget. M. Ternaux alla jusqu'à demander 100 exemplaires à 25 francs, ce qui l'aurait plus que remboursé. Il le faisait par considération pour Rouget. L'éditeur et Rouget espéraient qu'en avril il faudrait en faire une seconde édition ; mais la politique et le parti royaliste outré s'en mêlèrent. La vente fut loin d'avoir l'activité nécessaire pour arriver à une deuxième édition. Une lettre de Rouget de Lisle à Talma, retiré alors à Rruxelles, explique cette situation, qui ne fit qu'aggraver les malheurs de l'auteur de la Marseillaise.

Un article de la Revue encyclopédique, très favorable et juste, n'augmenta pas le nombre des acquéreurs et, d'autre pari, un certain nombre de souscripteurs négli-

gèrent de payer le prix du volume tout en le gardant en leur possession. Donc nouveaux embarras financiers, qui conduisirent, en 1820, Rouget de Lille à la prison de Sainle-Pélagie, sur la requête de M. Boudousquié, avocat à la cour royale de Paris. >îous rappelons ce fait déjà cité pour montrer quelle série de calamités s'enchaînaient, comme par fatalité, pour nuire au bonheur de Rouget, je dirais même à son existence.

Comme exemple de déceptions pénibles qui affligèrent Rouget, nous ne terminerons pas sans parler du Chant des Vengeances, qui fut représenté, ou plutôt chanté comme intermède, au théâtre de la République et des Arts, le 18 floréal an YI de la République, 7 mai 1798.

Le cadre et les paroles de cet intermède sont de Joseph Rouget de Lisle, la musique est de J. R. de Lisle et de Frédéric Eler. — Cet intermède se complique d'une pantomime qui a dû exiger une mise en scène trop onéreuse pour le résultat financier. L'administration du théâtre de la République et des Arts, où fut représenté l'intermède, présenta des comptes de dépense de 3,370 fr. 90 et une recelte de 594 fr. 10, tous frais déduits. Rouget avait fait une avance de 000 francs, dans laquelle il eut de la peine à rentrer. Et il n'obtint pas même ses entrées au théâtre, comme cela se pratique entre auteur et administrations dramatiques. Ces détails, qui peuvent au premier abord sembler oiseux, confirment ce fait que le guignon, d'après une expression populaire, le suivait pas à pas et toujours.

Ce chant est fait contre l'Angleterre. A la scène VI, des jeunes filles dansent en s'accompagnant de leurs chants : l'Hymne à la Paix.

CHŒUR

Fille des Dieux, oh ! sœur d'Astrée, Toi qui reviens embellir nos climats; Fille des Dieux qui conduis sur nos pas, Des arts et des plaisirs la troupe rassurée. 0 douce Paix!

Couronne tes bienfaits, Sans partage préside au destin des Français!

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