‹ Rouget de LisleChapitre 3 sur 38 · SA VIE — SES ŒUVRES — LA MARSEILLAISE · texte numérisé non relu

SA VIE — SES ŒUVRES — LA MARSEILLAISE

Un élan sublime de sentiments et d'harmonie, voilà la Marseillaisç ; un concours puissant dans le succès des premières guerres de notre grande Révolution, voilà son histoire; une existence tourmentée, souvent besoigneuse, parfois digtje de pitié, voilà la vie de son auteur. Rouget de Lisle et la Marseillaise sont deux noms inséparables de l'histoire de nos luttes et de nos succès. Tous deux passeront à la postérité. L'histoire de l'une est généralement répandue; l'autre a subi des angoisses peu communes et peu connues. Puissions-nous, en en faisant le récit, semer dans les cœurs enclins àl'égoisme ou que le bien-être aveugle sur les misères d'autrui, puissionsnous semer un germe de bienveillance qui les pousse à la bonté!

Tout sert de leçon à qui veut aller au fond des choses. Si l'étude ne rend pas meilleur, tant pis! C'est donc dans le double but d'édifier le lecteur sur un nom illustre et de le prédisposer à des sentiments généreux que commande l'esprit de fraternité, c'est dans ce double but que nous retraçons cette histoire. Honnête toute sa vie, Rouget de Lisle fut le jouet des hommes et du sort. La mort même ne protégea ni ses restes ni sa mémoire.

Bien des notices ont été écrites sur Rouget de Lisle; aucune n'est complète. La nôtre pourra avoir ses lacunes malgré nos recherches multipliées pour les éviter. Tout ce que nous écrivons est exact et c'est à un arrière-neveu de notre célèbre Tyrtée, à M. Amédée Rouget de Lisle, que nous devons des détails de la plus scrupuleuse exactitude. Les autres ont été recueillis partout où Rouget a laissé des traces de son passage. jNous trouvons sur sa route l'illustre chansonnier Béranger dont la vie compte autant d'actions généreuses et modestement accomplies, que ses recueils contiennent de joyeux et philosophiques couplets.

« Aimer, aimer, c'est être utile à soi ;

« Se faire aimer, c'est être utile aux autres, j

Telle était sa devise et telle était sa conduite. Rouget fut mis à même d'en apprécier les bienfaits.

Aussi une étroite amitié entre les deux poètes créa pour Rouget de Lisle, à la fin de sa carrière, une douce compensation aux malheurs qui l'ont poursuivi p'endant sa vie. Il la dut à Béranger et à quelques amis dont nous serons heureux de citer les noms dans le développement de celte étude.

Claude-Joseph Rouget, sieur de Lisle, naquit à Lons-le Saulnier dans la rue portant le nom de rue du Commerce (n» 3), le 10 mai 1760, de parents vivant noblement, jouissant du privilège de la noblesse et d'une fortune très convenable à leur état.

Son père, avocat au parlement, fut plus tard premier avocat du roi au présidial de Lons-le-Saulnier.

Claude- Joseph fut baptisé par Munier. prêtre à Lonsle-Saulnier; il eut pour parrain Claude-Joseph Gaillande, prêtre, docteur en Sorbonne, son oncle, et pour marraine

dame Claudine-Gertrude Pourtier, épouse du sieur François Delatour, échevin de l'hôtel de ville.

Un ancien secrétaire général de la préfecture de la Seine, M. le baron de Girardot, possédait une pièce originale qui établit la généalogie noble de notre poète et quilui donnait le droit d'aller à une école militaire, Mézières ou Metz. Elle est assez curieuse pour être reproduite tout entière. Elle a été faite, à la date du 5 mai 1770, à l'école de Metz où Rouget entra comme élève à l'âge de 1(3 ans ; elle porte ce titre : Mémoire certifié pour Claude- Joseph llouget, sieur de Lisle.

« Ses père et mère vivent noblement, jouissant du privilège de la noblesse et d'une fortune très convenable à leur état.

« M. de Malet, l'un des parents de cette ligne, est mort capitaine dans le régiment de Tailleran, décoré de la croix de Saint-Louis. Un autre, M. Vaucherat, jouit des mêmes honneurs et avantages par sa retraite des gardes du roi, après trente ans de service. Tels sont les parents paternels. Du même côté, cette famille est alliée à MM. d'Aubone et d'Obiniers, anciens officiers de la chambre des comptes de Dôle, et h MM. de Tassène et de Tsuchi, seigneur de Frontenard, capitaine au régiment d'Aunis, par un mariage célébré, entre ce dernier et M"*" Rouget, cousine germaine du prétendant, le 5 juillet 1775.

« Du côté maternel il est issu des Gaillande, famille noble.

« Adrien, son aïeul, écuyer, a rempli pendant vingt années la charge de lieutenant de prévôt au département de Lons-le-Saunier.

« Il compte trois oncles au service:

« Jacques-Adrien Gaillande, actuellement vivant, chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine au régiment de Darbançon et Moutiers;

« Jean-Noël, son frère, officier dans Barbançon, décédé chevalier de Saint- Louis ;

« Le troisième, Pierre-Antoine, décédé aide-major dans les troupes de l'Isle Saint-Dominique ;

(( Le quatrième oncle est officier de la maison de monseigneur le comte d'Artois;

« Le cinquième est docteur en Sorbonne et jouit de plusieurs prieurés, indépendamment d'une pension dont il a plu à Sa Majesté de le gratifier.

« Attestation faite par les soussignés, gentilshommes de nom et d'armes: Du Tartre Chilly, le chevalier de Balay, Lezay, de Vaulchier de Grandcbamp, signatures approuvées par le marquis d'Arçon et Marc-Denis Martin, clerc juré au greffe. »

Pour entrer à l'école de Metz il fallait avoir ses quartiers de noblesse, et c'est grâce à cette nécessité, heureusement disparue de nos jours, que nous devons les renseignements généalogiques sur Rouget. A cette époque, où la noblesse se croyait d'un autre sang que le commun des mortels, il existait des anomalies bien surprenantes et, pour n'en citer qu'un exemple pris dans un ordre d'idées qui devrait exclure tout sentiment d'orgueil et de vanité, nous avons recours à un document authentique et véritablement intéressant au point de vue historique.

Nous le trouvons dans un ouvrage qui a pour titre:

Coup (Tœil général sur la France, par M. Brion, ingénieur géographe du roi, pour servir d'introduction au tableau analytique et géographique de ce royaume. Paris, MDCCLXV.

Une des cartes de cet ouvrage porte cette désignation: Carte des ciiapitres nobles de chanoines et chanoinesses de France où l'on ne peut être admis sans fournir des preuves d'une noblesse plus ou moins distinguée selon les constitutions particulières de chaque corps.

Ces couvents existaient au nombre de vingt:

En Flandre, à Bourbourg, ordre de Saint-Benoist; Ea Artois, à Estrun, —

En Hainaut, à Denain, —

— à Maubeuge, séculier ;

En Lorraine, à Bouxières, ordre de Cîteaux ;

— à Poussey, —

— à Epinal, ordre de Saint-Benoist; Eu Alsace, à Andlau, séculier;

En Franclie-Coraté, àRemiremont, ordre de Saint-Benoist;

— à Baume-les-Dames, —

En Bourgogne, àMontigni, ordre de Saint-François,

— à Mijette, — —

— à Chateau-Chalon, ordre de Saint-Benoist;

— à 3Iàcon, ordre de Saint-Pierre;

— à Liegneux, ordre de Saint-Benoist; En Auvergne, à Brioude, ordre de Saint-Julien;

En Lyonnais, à Argentière, ordre de Saint-Pierre;

En Dauphiné, à Montfleuri, ordre de Saint-Dominique;

En Provence, à Marseille, ordre de Saint-Victor;

En Languedoc, à Prouille, ordre de Saint-Uominique ;

Ainsi, voilà une collection de vingt établissements religieux où le Dieu qu'on adorait était le même que celui des plus humbles hameaux, le Dieu rédempteur, le Dieu de fraternité, où la règle monastique exigeait le renoncement aux vanités du monde, où l'adoration d'un Dieu tout-puissant réduisait à néant la personnalité humaine et où l'on apportait ce profond et inexplicable sentiment d'orgueil, de vanité et d'inconvenance qu'il fallait être ne, suivant l'expression de Saint-Simon, pour y entrer et pour y faire son salut. Etrange aberration qui se renouvellerait encore de nos jours, tellement on a perverti l'esprit de fraternité, qui est l'essence même du christianisme.

L'existence des écoles militaires qui exigeaient des quartiers de noblesse s'explique mieux, mais l'on comprend, toutefois, que les élèves de ces écoles devaient subir une influence d'orgueil qui persistait dans la vie publique. Rouget de Lisle fut-il atteint de cet esprit? On ne peut l'affirmer; mais on peut dire, dès maintenant, comme il en sera justifié plus tard, qu'il ne fut jamais ardent républicain et que, durant toute sa vie, sa nuance politique fut plutôt le royalisme constitutionnel, ce qui ne l'empêcha pas d'aimer sa patrie, de défendre même la République, et ce qui ne lui fit pas trouver grâce non plus, soit auprès du gouvernement impérial, soit auprès du gouvernement des Bourbons.

Poursuivi sous la Convention, taquinant et taquiné sous le Directoire et le Consulat, oublié sous l'Empire, négligé par la Restauration, sans fortune, d'un naturel plutôt rêveur que positif, peu fait par conséquent pour les entreprises commerciales, poussé vers l'art et la littérature, ce qui ne donne pas toujours cà ceux qui les pratiquent même une modeste aisance, même un moyen de satisfaire aux premiers besoins de la vie, Rouget ne commença guère à n'avoir plus à se préoccuper des moyens matériels de son existence qu'après laRévolutionde 1830. Aussi passa-t-il une grande partie de sa carrière dans une série d'ennuis, de tourments, de désespoirs même, poursuivi pour mauvaises alTaires, emprisonné pour dettes, mourant enfin entouré de quelques amis, sans relations avec les rares parents qui lui restèrent ou renié par eux. Yoilà l'abrégé de son existence. Les détails que nous en publions attesteront, par des faits, combien elle fut malheureuse.

Rouget eut deux frères qui, plus jeunes que lui, moururent cependant les premiers, après avoir joué un certain rôle.

Rouget, Claude-Pierre, né le 3 avril 1770 à Lons-le- Saulnier, fut nommé, par élection, lieutenant au 6" bataillon de Paris, section de la butte des Moulins, en novembre 1793. Il fut tour à tour capitaine d'état-major au servicedelaHollandeenl795, lieutenant-colonelenl798, colonel en 1806, enfin général-major destiné à accompagner le général Ûandols dans sa mission à Batavia. Cette mission n'ayant pas été exécutée, le général en non activité fut attaché à l'armée d'Espagne en 1810. Nommé commandant provisoire dans le département du Lot, en mai 1814, il y fut nommé définitivement en août de la même année ; un an après il avait le même titre dans le département de Lot-et-Garonne. De 1818 à 1830, il fut commaiidant de plusieurs subdivisions militaires; mis en disponibilité après la révolution de Juillet; enfin réintégré dans le cadre d'activité de l'état-major général en mai 1831, retraité par ordonnance en 1832. Il mourut le 14 octobre 1833. Il était baron. Dans les relations qu'il eut avec son frère aîné, l'auteur de la Marseillaise, il le désigne parfois parle nom de : de Lisle, sans autre qualification.

Le second frère de Rouget de Lisle est Jean-Baptisle- Thomas, né le 23 juin 1771 à Saint-Maixent, dans les Deux-Sèvres. C'est le grand-père de M. Amédée Rouget de Lisle, le seul survivant de la famille. Jean-Baptisle- Thomas, engagé volontaire dans le bataillon des Deux- Sèvres, y fut nommé sergent le 6 octobre 1791; sergentmajor, 1'' juillet 1792; congédié le T' janvier 1793. Il reprit du service dans le 17 ^ dragons où il fut nommé sous-lieutenant le 16 avril 1793, et enfin, destitué pararrêté des représentants du peuple le 26 nivôse an III de la République; il rentra alors dansla viecivile etmourut, en décembre 1834, à Alençon, où il était receveur entreposeur des tabacs. Il était le porte-drapeau du bataillon

des Deux-Sèvres formé à Niort par Dumouriez et il eut l'homieur de prendre part à la bataille de Jemmapcs, 2 novembre 1792. C'est là son plus grand titre de gloire, car c'est lui qui, le premier, planta le drapeau tricolore français sur les hauteurs du bois de Boussu, défendu par les redoutes autrichiennes.

Le frère du père de l'auteur de la Marseillaise, Jean- Baptiste-Thomas, dont nous venons de parler, avait été maire de la ville de Niort en 1728 et 1744.M1 mourut le 22 juin 1784 dans sa propriété de l'Isle, près de Saint- Gelais, dans la province du Bas-Poitou, aujourd'hui département des Deux-Sèvres. C'était un agriculteur très distingué, propagateur de la culture en grand de la pomme de terre {la parmentière) et des prairies artificielles dont l'introduction était due à Fontanes, inspecteur des manufactures de la province, dont il épousa la fille en troisièmes noces.

Telle est la généalogie de la famille de Rouget(Claude- Joseph) dont nous allons parler maintenant exclusivement.

M. Amédée Rouget de Lisle est le petit-fils de Jean- Baptiste-Thomas, par conséquent M. Rouget était, comme on dit vulgairement, son grand-oncle à la mode de Bretagne.

Rouget de Lisle, dans sa jeunesse, eut deux aventures qui faillirent le séparer de sa famille. Elle vivait à Montaigu, petit village construit, comme un nid, au sommet d'un roc situé au midi et à peu de distance de Lons-le- Saulnier.

A l'âge de deux ans. Rouget avait franchi le seuil du toit paternel comme il arrive souvent aux enfants que la curiosité pousse vers l'inconnu. Un couple de bohémiens passait alors et la femme enleva l'enfant qu'elle cacha sous son tablier. Claude-Joseph poussa des cris, heureu-

sèment entendus par le chien de la maison qui mordit aux mollets la bohémienne, si bien qu'elle fut obligée de lâcher prise pour se défendre. On accourut aux cris et, grâce au chien, l'enfant fut rendu à sa famille.

Quelques années plus tard, Rouget avait alors 6 ans, une troupe de musiciens donna un concert sur la place de Montaigu. Rouget, peu accoutumé à entendre la musique, mais ayant apporté en naissant le goût des arts, se mêla aux'auditeurSj'fut émerveillé de ce qu'il entendait, et applaudit de si bon cœur les virtuoses que le chef de la troupe le remarqua, admira la figure naïve et impressionnable du jeune enfant, et, pour lui faire plaisir, le plaça sur un cheval porteur de timbales. Il mit entre ses mains les baguettes de l'instrument. Sans se déconcerter notre musicien improvisé frappa l'instrument parfaitement en mesure et, à son tour, émerveilla les musiciens.

Toujours monté sur le cheval il les suivit sans se préoccuper de ses parents, tellement la musique, le violon surtout, l'avaient charmé. Un domestique, envoyé à sa recherche, le rejoignit assez loin déjà du village et le ramena au logis paternel. Comme excuse aux reproches que lui fit sa more il répondit : « Ils jouaient si bien du violon! » LaMnère acheta à son fils un violon pour qu'il apprît à en jouer lui-même et ne fût plus exposé à ces aventures, qui pouvaient le séparer si malheureusement dé sa famille.

A quelque temps de là, Rouget fut envoyé au collège de Lons-le-Saulnier. Vers l'âge de 15 ans il eut l'occasion de voir de près la cour de Versailles, et même l'honneur, bien grand alors, de parler à la reine. On se rappelle que (la reine) Marie- Antoinette, mariée au Dauphin en 1770, avait apporté, avec sa grâce et sa jeunesse, un élément de gâité dans la cour corrompue du roi Louis XV.

Elle était comme la fée de ces palais et de ces bosquets admirables de Versailles; la voir, lui parler, était un rêve pour bien des esprits, et Rouget nourrissait dans son cœur cet extrême désir. Il avait une parente attachée à la personne de Marie-Antoinette, chez laquelle il était venu passer ses vacances; elle occupait un des appartements du château et la reine venait familièrement chez elle. Un jour donc qu'elle devait venir avec M"° Elisabeth, la parente fit cacher, derrière lesrided!\ix d'une alcôve, Rouget qui, d'abord témoin ignoré des intimités de la visite, ne put longtemps garder l'immobilité à laquelle il était condamné. Sa présence inattendue troubla les visiteuses, mais Rouget s'excusa de si bonne grâce qu'on lui pardonna son indiscrétion : c( Ma parente m'avait dit tant de « bien de la reine, qu'elle était si belle, si bonne et si « charitable, que j'ai voulu voir la reine. »

Telle était la fin de son excuse. Cette petite anecdote contribua probablement à développer dans le cœur de Rouget le sentiment, très explicable, d'ailleurs, par l'origine et par l'éducation, qui l'attachait à la royauté et qui, en le faisant protester plus tard contre la prise des Tuileries, au 10 août 1792, le rendit suspect, lui fit perdre son grade, et causa son incarcération-; Mais n'anticipons point.

Au sortir du collège de Lons-le-Saulnier, Rouget entra à l'école spéciale militaire de Metz et il en sortit comme officier du génie. Il était capitaine quand éclata la Révolution de 1789. Il ne resta pas longtemps au service militaire ; nous donnons immédiatement la liste de ses états de service :

Il sortit sous-lieutenant de l'école du génie de Mézières en 1782, fut nommé lieutenant en 2'"' au corps royal du génie le 1" avril 1784; lieutenant le 7 septembre 1787, capitaine de 5° classe en 1791. suspendu de ses fonctions

le 25 août 1792; réintégré en octobre 1792, il fut de nouveau suspendu de ses fonctions en août 1793.

Par arrêté du 30 ventôse an III il fut réintégré dans le service militaire comme capitaine de i'" classe. Tallien lui proposa de l'accompagner dans l'expédition de Quiberon. Il devint aide de camp du général Hoche durant cette campagne où il reçut une blessure. Alors désigné pour être employé k l'armée du Rhin comme administrateur dans les vivres le 25 floréal an III, il fut nommé chef de bataillon le 12 ventôse an IV. Sa probité ne pouvait marcher de pair avec l'entreprise industrielle, qu'il abandonna sans regrets *. Enfin il donna sa démission le 9 germinal an IV, pour ne plus paraître désormais soit dans le service actif de l'armée, soit dans les affaires publiques.

Après la bataille de Jemmapes (1792), le bruit de la mort de Rouget de Lisle fut répandu dans Paris. On l'avait confondu avec un de ses parents, de nom du moins. Rouget de la Fosse, lieuteiiant-colonel,qui fut réellement tué à cette bataille.

En 1792, Rouget de Lisle était au siège de Namur et l'on trouve dans les archives du ministère de la guerre le certificat suivant :

« Je soussigné, ci-devant général de division des

armées de la République, déclare qu'ayant été chargé

de la conduite des attaques du château de Namur en

1792, j'ai vu pendant la durée du siège Joseph Rouget

y servir avec zèle, bravoure et intelligence en sa qualité

d'ingénieur. »

Signé : Rouchet.

Rouget a cessé d'être payé, remarque singulière ! en

i. Pnislo Dcss:rangcs, p. 75. Rouget de Lisle ei\a Marseillaise.

sa qualité de capitaine du génie, à partir du l'"" janvier 4793, au moment où l'hymne de la Marseillaise avait obtenu le plus d'éclat,d'enthousiasmeet de retentissement dans les armées de la République et de l'Europe entière.

Voilà sommairement le résumé de l'histoire militaire de Rouget de Lisle.

Mais nous avons sur son existence des détails tellement précis et curieux et qui se rattachent à une époque si féconde en incidents auxquels notre héros fut mêlé, que le lecteur nous pardonnera d'entrer dans les détails qui vont suivre, détails certains et appuyés par des documents irréfutables.

Il fut mêlé à l'histoire du Directoire et du Consulat d'une manière si précise, que son histoire même donne des éclaircissements sur les agissements de cette époque si féconde en incidents.

Tout en suivant la carrière militaire, Rouget n'avait négligé ni la littérature ni la musique. Carnot le lui avait bien fait sentir. Des ébauches poétiques qu'il avait faites au collège, l'exercice auquel il s'était appliqué sur le violon que sa mère lui avait donné, entretenaient en lui le goût inné des arts et lui faisaient un doux passe-temps pour ses moments de loisir.

Rouget de Lisle fut oublié sous le Consulat et sous l'Empire. La Restauration ne fit rien pour lui. Bref, il se trouva dans la position où restent généralement les hommes de cœur, hommes convaincus et voués par leur droiture à vivre toujours dans des sentiments honnêtes, peu faits pour solliciter, bienveillants pour tous, faciles à exploiter, peu dangereux pour les intrigants et qu'à tort on néglige dans les gouvernements sans tenir compte de leur honnêteté.

En 1817, Rouget, obligé par son frère de quitter Montaigu après la mort de sa mère, car c'est Là qu'il s'était

relire après avoir donné sa démission, Rouget vit se dissiper promplement son modeste patrimoine. En 1818, il vint à Paris, où il travailla sans relâche et avec peu de profit, pour les journaux, notamment pour la Revue britannique. U fit des opéras : MacbeUi, joué sans grand profit; Othello, que Meyerbeer ne voulut point mettre en musique, malgré les instances de Déranger.

« Mon cher ami, lui écrit notre illustre chansonnier, « j'ai fait votre commission aussi bien qu'il m'a été pos- « sible. A l'envoi des Chants français je me suis per- « mis de joindre une petite lettre à Meyerbeer, que j'ai « vu une ou deux fois chez Jouy, ce qu'il a sans doute « oublié. Dans cette lettre j'ai dit de vous et sur vous ce « que j'ai cru de plus convenable à dire. Tout cela était « peu à propos peut-être, et peut-être aussi mon élo- « quence était-elle un peu embrouillée, car il y a fallu « mêler des éloges pour ce maître et vous savez combien « je suis ignorant en musique et peu au courant desmer- « veilles de cet art. Au reste, tout cela était fait avec la « meilleure intention du monde et je souhaite vous avoir « été bon à quelque chose auprès de ce compositeur cé- « lèbre.QuantàvotreO^/ie//o, n'y comptez pas: il n'osera a jamais entrer en lutte avec Rossini, je vous le prédis. « Je sais qu'il affecte la plus profonde admiration pour

son génie.

« Ce dont je vous félicite bien, c'est d'avoir une bonne a redingote d'hiver. Voilà du bonheur. Ehbien! puisque « vous voilà à l'abri du froid, ne pouvez-vous, en rêvasft saut, trouver un sujet d'opéra autre que votre More? « Le Shakspeare commence à nous fatiguer. Cherchez « ailleurs et votre Allemand fera peut-être quelque chose «. pour vous*.

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