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cieuse que celle de Montaigu, que nous avons distraite des Cinquante Chant$ français pour la donner tout d*abord!
G*est le cœur de Rouget de Lisle qui parie et non sa plume. Une douce musique accompagne le chant du pays natal.
L'auteur Ta intitulé élégie, sans doute en raison des sentiments touchants qu*il renferme.
Le voici dans toute sa pureté :
S^ionr chaimant de moa eofiuice, Liea d'amour et de souvenirs, Où, dam les bras de l'espérance, Je Aïs bercé par les plaisirs; Toit paternel, champêtre asile Ob tout me plaît et m'attendrit, Qaels jours riants, quel sort tranquille Vous retracez à mon esprit.
Ici ma douce et tendre mère Épia mes premiers accents ; Ici l'œil inquiet d'un père Surveillait mes défauts naissants.
Alix jeunes accords de ma lyre.
Ici, plein d'un trouble enchanteur.
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Je Tis U beauté me sourire Et seoUs palpiter mon eœar.
Salat, toars, antique cliapeile, Omementi de ces beaux loinlaiiis ; Forêt dont l'ombre solenBelle Protégea mes jeax enfantins I Salut, mont aux cimes glacées 1 Salut, sommets audacieux, Qui, frappant mes jeunes pensées.
Avec yon les portiei aux deux.
Que j'aime le calme qui règne Sous ce beau ciel d'or et d'azur!
Qu'avec délices je me baigne Dans cet air balsamique et pur 1 Qu'avec déUces je m'éveiUe Aux sons rustiques et connus Qui font renaître k mon oreille Les temps qui ne reviendront plus. . .
Lieu chéri» pendant les orages.
Tu fixais mon œil rassuré :
Je vins, tout froissé des nanfragw.
Te croyant le port désiré.
Vain espoir 1 séduisant mensonge r Projets si doux sans avenir!
Ah I pour moi vous êtes un songe Que Je tremble de voir finir.
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Toit paternel, cbampètit asile, Liea de souTeairg et d'amour l Loin de vous s'il fant qu'on m'exile, Hélas ! ce sera sans reUnr.
Errant aux rives étrangères, Nnlle & mes yen n'avra d'attiaits :
Vous efttes mes amovrs premières; Vous aorex mes derniers regrets.-. .
Rouget de Lifile a su prévoir un fatal avenir, en faisant d^avance ses adieux à Montaigu; mais n*anticipons pas sur les événements.
Nous avons d^autres peines à raconter.
L'homme n^en a-t-il pas dès le début de la vie? N^en procure- t-il pas aussi à ses parents?
Disons donc que le jeune Joseph, au sortir du berceau, faillit causer à sa mère un chagrin mortel.
C'était au mois de juin 4762, un an après la prise de Pondichéry par les Anglais qui continuaient de se rendre maîtres de nos forts et de nos citadelles» tant sur la côte
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du Malabar que sur çcUe de -l'Ile de h, Martiniqjiie.
Le soleil de Louis ,XY pâiissaU, mi»' celm de nps can^goea était ifadieui; Biont^u tçut le premier; car il recelait sur sçs monts açcideqté^ les ifàyoiis de Tastre bienfaisant, et il était doré par ses feux. • m
Un beau jour. J'al«ueite «rait chanté par deux fois sa cbaoson maUnale à rapproche des faucheurs et des faneuses dans les prés. ' Ce jour-là aussi i^adame Rouget de Lisle l'épouse de Tawcat du roi^ avait pressé par deuxfois son petit Joseph sur son seio avant de le confier un moment aux soins d'uiie gouvernante; puis elle, était allée rejoindre d^ns son cabi^etlM, raweat du roi qui récitait gravemeut un long plaideyer devant une glace.
Il ne fallait, hélas! que ce moment d^abafrdwi pour que le deuil s'îniroduisn'dans la famille. I^'enfant, qui hi veille encore suçait If lait maternel, mais qui de benne heure s'était affranchi des lisières, venait de^
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tromper la sunreîUaiice de sa gouvernante.
11 ayait dépassé le seail de la porte et s*é-* lait glissé hors da logis.
César» le efaiei de garde de la maison, fui le seul qui s'aperçut de la ftûte dt Tenfant; maïs il n*osa le retenir par sa robe.
Au même instant^ un couple de bohémiens qui traversait le village passa de ce côté.
On avait remarqué que l*homme^ fort mal accoutré et d*un abord asses dur, portait un havre-sac sur son dos, et tenait un bâton noueux k la main. Sa lèmme, espèc^e de chauve-souris sans cheveux, quoiqu'elle eût les sourcils peints, portait Thabit chamarré des diseuses de bonne aventure, et n'avait pour toute ressource qu'un jeu de cartes' dans la maia«
Ce couple hideux n'eut pas plutôt jeté les yeux sur Fenfani abandonné, qiie là bobé* ' mienne aussi vive que Téclair de joie qui*' brilla dans son regard, se baissa au niveau
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de Joseph, ronleva rapidon^at et le cacha so\a son tablier, p«ur mieux dissmuler son ▼ol.
Mais Tenfant éuit Tigoureux. Il poussa des cris que les efforts de la bohémieune ne purent étouffer... César, qui entendit ces cris d*alarme, accourut en toute hâte et mordit si bien les mollets de la ravisseuse, qu'elle fut obligée de lâcher les pans de son tablier. Joseph fut sauvé!
. César, heureux de son triomphe, aurait volontiers ramené son jeune maître sur son dos, si la gouvernante, prévenue par le bruit qui s'était lait entendre dans la rue, ne se fût empressée d'accourir à la suite du chien courageux...
Madame Rouget de Usle» en retrouvant son fils, versa des larmes de joie et de bonheur.
Quattro ans plus tard, notre jeune héros procurait une autre émotion à sa mère,
• l^a mode, cette fée extravagante, qui fait des présents de toute nature et de tous les
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goAU, au konmes comme aux enfants, n*aTah pas éBcere idotéceux-vi de trompettes et de tambours avec la générosité qui lui fîit reconnue après 4*3^.
On ne «onnaissait pas à cette époque la petite bascule que la mode donna plus tard aux enfants pour gûillétiner les mouches et ka léiards, non plus que ce bijou façonné en or pour servir de breloques k la suite des chaînes de montres.
- .OT) pour en revenir à Joseph Rouget de Lisle qui aimait passionnément la musique, sous dirons qu'il n^amtaucun instrument qui pût charmer son oreille, et que son cœur st plaignait de ne battre que fort rarement au bruit du tambour qui ne troublait pas souvent' le Village de Montaigu.
Un jour cependant, il j eut concert instrumental sur la place publique du marohé. Joseph s*y aventura, et comme Tenfant qui souhaite longtemps \de voir apparaître Tarbre de Noël pour jouir de ses présents, il fut émerveillé du concert et des musiciens
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ambulants, et battit des mains avec transport.
Voici ce que M. Gindre de Mancy raconte iui-méme à ce sujet.
« La naïve expression de sa joie frappa te chef de la bande, au point qu*ayant pris Tenfant dans ses bras, il lé plaça sur un Iprand cheval chargé des ' timbales, et mit 4ntre ses mains les baguettes de Finstrument sonore. Lui, sans s'étonner, sans paraître aucunement déconcerté, se mit aussitôt ^ frapper à droite et à gauche, toujours pa^fititement en mesure, et fit sa partie comme un musicien consommé. Le jeu même loi plut tellement que, lorsque les concertants 8*éloignèrent, sans plus de souci de sa mèi^ ni de la maison paternelle, le jeune mâfK mane, toujours monté sur son grand cheval, les suivit assez loin hors du village. Un domestique enfin le rejoignit et le ramena l sa mère éplorée.
« — Eh quoi ! Joseph, lui dit-elle en Tembrassant, as-tu pu m*oublier ainsi?
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«— Ohi pardon, chère maman, iui répondit Fenfant, je vous aime toujours! mais ib jouaient si bien du inolon. .. »
Rien ne fut plus aisé à la tendre mère que d*acheter un violon à son cher Joseph pour le contenter et. le retenir désoimab k U maison; mais, le père plus occupé de Tins^ truction de son fils que des talents d'artiste qu'il pouvait avoir par la suite, le plaça au collège de Lons-le-Saunier où il fit ses études, non sans laisser voir son goût prononcé pour la poésie.
Ters Tâge de quinze ans. Rouget de Lisle alla passer ses vacances chez une dame de ses parentes qui avait Thonneur d'être attachée à la personne de la reine, et qui occupait un appartement dans le château de Versailles.
Le jeune homme, tourmenté comme toutes les belles âmes par le désir ardent de voir, de connaître et de s'instruire, après avoir vu et admiré toutes les beautés du parc de Versailles et les richesses du châ*
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teau, désirait rencontrer les hôtes de ce charmant domaine. Il s'en était ouvert un jour à sa parente qui lui avait dit d'être discret.
Mais voilà qu'un malin il entend courir dans les appartements et frapper d'une certaine manière à la porte de la chambre où il se trouvait.
— C'est la reine ! fit tout bas la parente de Rouget de Lisle, en mettant deux doigts sur sa bouche pour inviter le collégien k garder un profond silence.
Puis elle ajouta :
— Cachez-vous vite derrière le rideau de l'alcôve, afin que l'on ne me gronde pas de vous avoir reçu chez moi.
Joseph aurait bien voulu dire non , mais il aimait sa parente, et l'obéissance l'emporta dans le moment^ sur le sentiment de curiosité.
Marie-Antoinette entra dans la chambre, et ne s'aperçut de rien. Elle était suivie de madame Elisabeth, sœur du roi. Et quand
elles furent devant la parente de Rouget de Lisle, une vieille amie pour elles, les princesses se dépouillèrent de tout voile d'étiquette pour se livrer entièrement aux jeux innocents qui étaient encore de leur âge.
Rouget de Lisle, qui sentait aussi du vifargent bouillir dans ses veines, et qui aurait volontiers pris part aux plaisirs bruyants qu'il entendait sans pouvoir même y assister, se lassa de sa cachette qu'il considérait déjà comme une prison, et il en sortit précipitammeut.
Le bond spontané qu'il fit produisit le même effet que celui d'un jeune cerf qui s'élancerait au milieu de deux tremblantes gazelles.
On voulut fuir à son approcîie. Rouget de Lisle s' apercevant du trouble qu'il venait de causer, comprit sa faute, et baissa humblement la tête pour dérober sa honte de collégien devant le regard imposant des deux princesses dont il avait suspendu les.
jeux.
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Celles-ci, cependant, revinrent sur leurs pas avec un léger sourire; car elles virent qu^elles étaient en présence d*un enfant.
Marie-Antoinette prit même le soin de le questionner sur le but de sa visite.
Rouget de Lisle répondit :
— Je prie très -humblement Votre Majesté de ne pas gronder ma parente si elle a consenti à me recevoir près d'elle. C'est moi, en quelque sorte, qui Vy ai obligée par roe^ désirs pressants. Elle m'avait dit tant de bien de la reine, qu'elle était si belle, si bonne et si charitable, que jai voulu voir la reine !
Cette réponse naïve et touchante h la fois ne fit pas attendre le pardon qu'elle sollicitait.
Les deux princesses raccordèrent gaiement et reprirent leurs jeux comme s'ils n'eussent pas été interrompus...
Après avoir terminé ses éludes au collège de Lons-le-Saunier, le jeune élfive, qui s'y était distingué, emporta avec lui quel-
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que», ébauches littéraires et des pièces de ▼ers qui témoignaient déjà de sou froût prononcé poar la belle et bonne poésie.
Son. père le plaça alors dans une école mïlitaire spéciale où il s'adonna tout entier aux plans et aux mathématiques avec une aptitude remarquable. C*est comme oiïïcier du génie qu'il sortit de Técole. Son brevet lui fut délivré à Mézières, et il se livra à la carrière des armes. Lorsque la révolution de 4789 éclata, il était capitaine. Ce fut commç défenseur de la patrie qu'il fut trois ans plus tard incorporé dans l'armée du Rhin pour aller châtier Tinsolence du duc de Brunswick.
Ce Alt une bien grande époque que celle de Tancienne révolution. En accomplissant de grands actes, elle forma promptement des grands hommes. Louis XVI avait le cœur jeune ; il- suivit forcément le flot impétueux de cette génération jeune aussi et qui désirait le progrès avec tous ses devoirs humanitaires. 11 y souscrivit à ce progrès des gens honnêtes, et concéda au peuple les droits de liberté qu'il demandait, sans s'occuper s'il lui en resterait plus tard à
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lui-même pour défendre sa royauté. Mais enfin, sous cette ère de F émancipation de ia France, on respirait et Ton parlait librement sans craindre les murs de la Bastille.
Rouget de Lisle fut un partisan dévoué de 4789. Il salua de son épée Taurore de la Révolution^ et s'il ne la suivit pas dans toutes ses phases, il n*en resta pas moins toute sa vie Thomme intègre de 4789.
Lorsqu'il eut mission avec ses frères d* armes de repousser sur nos frontières les ennemis de la France, son amour pour la gloire et la liberté de sa patrie lui inspira des chants magnanimes. Il composa alors la Marseillaise,
C'est avec just« raison que tout le monde s'accorde à dire que la Marseillaise est un ch^-d'œuvre. Mais une œuvre, si belle qu'elle soit, ne vient pas seule et sans étude.
Un peintre ébauche une multitude de petits tableaux avant d'exposer une grande toile au grand jour de l'exposition. Un chef-
d'œuvre est rarement un coup d*essai.
Rouget de Lisle n*a pas débuté par la Marseillaise, La grande page a été précédée de petites, et c'est en réunissant toutes ses pages que Fauteur a publié en 1796 un volume assez fort, intitulé : Essais en vers et en prose, et qu'il a dédié au grand compositeur, à son ami Méhul. Ce volume contient toute espèce de littérature : le conte, la fable^ le madrigal, le bouquet k Ch loris -et le chant national; tout s'y marie à merveille, de même que les plus belles fleurs s'unissent à de plus légères pour former un bouquet.
11 y a des poésies fort gracieuses dans le bouquet de Rouget de Lisle , ou , pour mieux dire, dans ses Essais en vers et en prose. On y remarque un Hymne à la Raison qui est fort beau ; celui au Printemps qui est frais et attrayant ; puis un coquet rondeau : Pierrot Joli, et la pièce que l'on va lire ci-après, laquelle est un portrait 4'auteur.