Moniteur du 27 janvier
DeTÎenne, etc., pléiade iacomparable et telle que la France n*en a peut-être jamais vu de pareille, lient pu établir des œuvres aussi vivantes et vraiment belles. A cet égard, la seule personnalité de Rouget de Lisle est caractéristique : quoique simple amateur, il est infiniment plus remarquable comme musicien que comme poète.
A la première de Cécile et Ermancé^, on nomma comme auteurs, pour la musique, Grétry, et pour les paroles... Desprez ! Ainsi, pour la seconde fois, le nom de Rouget de Lisle était supprimé, au béoéfîce d'un autre qui, à supposer même qu'il ait vraiment collaboré, ne dût pas apporter à l'œuvre une contribution bien importante, et, en tout cas, ne parvint pas à en faire une bonne pièce. La seconde représentation n'eut lieu qu'un mois plus tard, le 16 février, avec des changements dit le programme du Moniteur ; les suivantes se succédèrent à intervalles plus ou moins espacés jusqu'au 20 mars, où fut donnée le huitième; puis, le i*' novembre, la pièce fut reprise sous ce titre : le Despotisme monacal ou les Deux Couvents (c'est de cette représentation que parle Grétry dans la lettre citée plus haut) ; le 9 novembre, sous cet
1. L'orthographe du nom CCEnnancé varie suivant les jonrnaux : on l'écrit tour à tour : Ermancé, d'Ermancé et It^rmancé. 11 n'est pas douteux que Rouget de Lisle ait Voulu d'abord appeler sou personnage cVErmancé ; mais romiiie en ce temps là les particules étaient proscrites, il devint pour les uns Dermancé^ pour les autres Ermancé tout court.
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autre : le Despotisme monacal découvert par les Sans-Culottes ; enfin, le 13 novembre, encore avec une nouvelle addition : le Despotisme monacal découvert par les braves Sans-Culottes; puis on n'en entendit plus parler. Comme à ce moment là Rouget de Lisle était à Tarmée de Belgique, sortant de Jemmapes pour aller assiéger Namur, l'on ne saurait lui imputer ces changements qui transformaient son innocente comédie en une ridicule sans'culoiiide. Il en eût même été fort irrité. Mais, par là encore, il eût connu pour la première fois un tourment qui le poursuivit longtemps dans la suite, celui de voir son œuvre, une fois livrée au public, cessant de lui appartenir et prenant une signification toute différente de celle qu'il avait prétendu lui donner, comme ce fut le cas pour la Marseillaise.
Quant à Grétry, voyant que, malgré ses pronostics optimistes, le succès de Cécile et Ermancé ne se soutenait pas, il fit ce qu'avait fait Champein pour Bayard, il reprit sa musique et la replaça ailleurs. Lorsque, en quatre-vingt-treize, il donna à l'Opéra la Rosière républicaine^ il y mit pour ouverture l'ouverture des Deux Couvents^ .
\, Th. de Lajarte, Catalogue de la Bibliothèque de VOpéra, t. II, p. 11.
Mais déjà, depuis longtemps, les temps étaient Tenus où les pensées de la nation étaient occupées à des sujets plus graves. Dès lors, sans renoncer ni à la plume, ni à l'archet, Rouget de Lisle devait songer plus sérieusement que jamais qu'il avait une épée à tenir. Au fort de Joux, où Tavait amené son grade de lieutenant en premier (septembre 89), partageant son temps entre la composition de ses pièces, ses occupations militaires et la rédaction d'un rapport descriptif sur la vallée de Joux qu'on a retrouvé parmi ses papiers*, chaque jour lui apportait les nouvelles des événements par lesquels, avec une force que nul ne pouvait concevoir, la Révolution se précipitait. A Lons-le-Saulnier, où il élait revenu au mois d*août 1789, entre son départ de Mont-Dauphin et sa noDdînation au fort de Joux, il se fit inscrire dans la Garde-Nationale, prit part aux discussions publiques, fît imprimer, môme, sur une question qui avait soulevé des réclamations nombreuses parmi les habitants du Jura, celle de la contribution patriotique décrétée par l'Assemblée nationale, une Adresse à ses concitoyens, qui, assure-t-il, ramena les indécis et les récalcitrants à des senti-
l. Mary-Cliquet, Rouget de Lisle, p. 9.
monts plus conformes aux idées généreuses qui étaient celles de 1789*. Enfin il n'y tint plus, prit un congé et vint à Paris, où il passa toute Tannée 1790 (depuis février) et la première partie de la suivante (jusqu'à maij. C'est à cette époque que se rapportent ses premières tentatives théâtrales ; mais il a dit lui-même, et on peut Ten croire, qu'il ne fut pas moins attiré dans la capitale par le désir de voir de près et d'étudier la marche des évéaements révolutionnaires^. Il y était au 14 juillet, lors de la fêle de la Fédération qui vit naître, avec les chants de Gossecetde Ghénier, le premier élan du lyrisme révolutionnaire. Parent du maire de Paris, nul doute qu'il ait été placé mieux que personne pour tout voir de ses propres yeux. Il put se rendre compte alors de l'effrayante surexcitation du peuple : avec sa nature facilement ouverte aux influences et son extrême sensibilité, lui-même dût, à cet aspect, ressentir une impression profonde. Déjà à la nouvelle des premières journées révolutionnaires il avait rimé quelques couplets d'un Hymne à la Liberté, dans un mode bien différent de celui de ses premiers essais poétiques^. Les événements n'allaient pas
1. J. Rouget Delisle au peuple et à ses représentants ^ an II, p. 2.