‹ Rouget de Lisle, son œuvre--sa vieChapitre 62 sur 124 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Après le 9 thermidor, Rouget de Lisle se lança dans la réaction la plus violente. De cela on ne saurait guère le blâmer: il n'était que trop excusable. Si nombreuses que soient les contradictions qu'on put lui reprocher au cours de sa longue vie, il faut convenir qu'à ce moment, après une année de captivité, ses amis morts, dispersés, proscrits, un sentiment de haine et de vengeance était assez naturel. Il avait vu mourir Dietrich, exécuté après un long emprisonnement et des formalités sans nombre ; Victor de Broglie, une des dernières victimes de Robespierre, exécuté le 27 juin 1794, et qui, en mourant, avait recommandé à son jeune fils de rester fidèle à la Révolution, « même ingrate et injuste » ; Achille du Chastellet, arrêté vers le même temps que les Girondins dont il était Tami, s'était empoisonné dans sa prison. Rouget avait reçu des lettres touchantes de M"»° de Dietrich et M*"® de Broglie après

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la mort de leurs maris*. Le duc d'Aiguillou s^étaît exilé. De tous ceux qui Tavaient assisté, encouragé, iaspiré dans la j)lus importante circonstance de sa vie, à ce dîner de Strasbourg qui fut comme la Cène où, au milieu de ces apôtres de la Liberté réunis dans une pensée commune, le mystère qui donna naissance à Thymne de la nouvelle religion se prépara, il ne retrouvait presque plus personne.

Il se mêla aux foules tumultueuses et hurlant la vengeance, prit part aux manifestations aristocratiques et contre-révolutionnaires qui se multipliaient; il prit sa place parmi les muscadins, les incroyables, la jeunesse dorée, s'en alla avec eux lire chaque matin le journal de Fréron, au Palais- Royal, assommer les jacobins dans les rues, danser le soir au bal des victimes, ou chez ^mo Tallien, ou chez la veuve du général Beauharnais, la future impératrice de France, et toutes les belles dames qui donnaient le ton à la société nouvelle. Il fut de ceux qui envahirent la Convention dans la journée du 12 germinal an III, et la forcèrent à proscrire Barrère, Collot d'Herbois et Billaud-Varennes, derniers représentants de la politique robespierriste. On le vit encore au 1" prairial, accompagné de son jeune ami Fritz Dietrich, s'efforcer d'arrêter l'émeute populaire: aux

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