‹ Rouget de Lisle, son œuvre--sa vieChapitre 84 sur 124 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La vie de Rouget de Lisle à partir des premières années du dix-neuvième siècle devient profondément vide, monotone et morne. Elle reste telle jusqu'à sa mort, — trente-six ans encore I L'ennui le ronge. Son besoin d'activité ne trouve aucun aliment : il ne lui est plus permis de rien faire. « C'est une chose bien déplorable et bien fatigante, écrivait-il, de se sentir plein de force, de courage et de volonté, et de végéter, comme je le fais, dans une position insupportable et inerte, sans avenir, sans perspective, et sans voir jour à s'en créer aucun*. »

11 vit seul, abandonné de tous, ou peu s'en faut. II était, sous l'Empire, à cet âge intermédiaire où les relations d'amilié s'entretiennent principalement dans un cercle d'activité commune où l'on

1. Lettre à sa sœur du 19 Août 1807 ou 1808, Bibliotb Carnavalet.

gravite ensemble, mais où Ton n'attire pas encore auprès de soi par la respectueuse commisération qu'inspire la vieillesse. Pour gagner sa vie, il se fait copiste de musique * ; comme Jean-Jacques Rousseau, il avait une belle copie, large, nette, intelligente ; il écrit des romances, qui ne révèlent plus rien de nouveau et dont le style ne fait que suivre les fluctuations de la mode ; avec quelques amis restés fidèles, il cherche à distraire son ennui en faisant un peu de musique d'ensemble 2. Parmi les compositeurs de quelque notoriété qu'il fréquentait alors, nous en savons deux particulièrement: Pleyel, son ancien collaborateur de Strasbourg, qui tâchait de lui rendre de petits services, lui procurant des instruments, publiant ses romances, et les lui payant 3; Madame Gaïl, auteur de quelques œuvres du genre facile qui obtinrent en leur temps d'agréables succès : elle était un peu sa confidente, et s'eff'orçait de lui fournir quelques occasions de se distraire en l'invitant à venir prendre place dans lasociétéde savants et d'artistes qu'elle réunissait chez elle *. Fétis, dont elle était

1. GiNDRE DE Mancy, RevuB Littéraire de la Franche-Comté^ nov. 1864, p. 5.

2. Lettre à Pleyel : « Depuis que tu m'as promis un autre violon, mon cher ami, je ne rôve plus que duos. » Mènesb^el, 1885, p. 81.

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