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avait perdu coup sur coup sa femme et sa mère ^ Maïs il n'abandonna pas le pays pour cela ; il trouva une hospitalité non moins dévouée dans la famille Voiart, qui habitait une agréable maison bourgeoise située dans la partie haute de Ghoisy, à une centaine de mètres de Feutrée de Thiais, près d'une large avenue tracée sous Louis XIV à l'imitation de Versailles, dans une petite rue retirée qui, à l'époque, s'appelait rue des Vertus et a pris depuis le nom de Rouget de Lisle 2. Il passa les six dernières années de sa vie, enfin heureuses et reposées, dans cette maison confortable et tranquille, entourée de jardins de tous côtés, avec de Fair, du soleil, du calme. Par les beaux jours, il se promenait dans la grande avenue, ou bien sur le haut du plateau, contemplant la vallée de la Seine verdoyante et paisible, en ce temps où le chemin de fer et les industries modernes ne lui avaient pas encore ôté tout charme et tout agrément, portant ses regards tantôt sur les coteaux boisés et garnis de jolis villages dont les églises aux flèches pointues ou aux vieilles tours de pierre grise émergent du milieu des arbres verts, tantôt sur les champs s'étendant en ligne plane à perte de vue, coupés de routes droites, avec de longues rangées d'arbres
1. Gi?îDRE DE Mancy, Soc . d'Émulation du Jura, 1838, p. 49. Lettre du 22 nov. 1883, Eug. Charavay, n^ 233.
2. Une plaque comméinorative a été placée sur cette maison, portant le n^ 6 de la rue Rouget de Lisle.
se suivant deux à deux, des meules aux tons d'or pâle se dressant hautes comme des maisons, et de grosses fermes encloses de murs, massives, lourdes, noires, ressemblant presque à des châteaux. Certes ce paysage de TIle-de-France ne ressemblait guère à celui qu'il contemplait autrefois en Franche- Comté, du haut de son balcon de Montaigu ; mais il n'en avait pas moins son charme. On le rencontrait là, vêtu d'une longue redingote d'officier, couvert d'un chapeau à larges bords, la face complètement rasée, d'aspect bien calme et inoffensif sous un habillement qui pourtant évoquait le souvenir des gloires militaires passées 1.
Le soir, on se réunissait au salon de Madame Voiart. La compagnie était agréable et nullement ordinaire : Madame Elise Voiart était femme de lettres, auteur de romans et de contes moraux qui eurent leur heure de vogue ; son mari, vieux et inoccupé comme son hôte, employait ses loisirs à faire de la peinture ; leur fille était élève du graveur Poret. Madame Amable Tastu était des intimes de la maison, ainsi que le général Blein, qui, lui aussi, cultivait la musique mieux qu'en vulgaire amateur : il a laissé un livre de Principes de mélodie et d'harmonie déduits à la théorie des vibrations, qui eut deux éditions (1832 et 1838). Dans ce milieu intelligent et sympathique, on causait, on faisait