Voy. H. Berlioz, les Grotesques de la Musique, p
288 ROUGET DE USLE
Quant à Rouget de Lisle, tout le monde lui faisait la cour. On lui adressait les demandes les plus diverses et les compliments les plus saugrenus, dans toutes les langues, même en hébreu ; on sollicitait sa protection ; mais, retiré à la campagne, il répondait qu'il était impuissant : il n'avait fait qu'entrevoir le Roi et n'avait entretenu aucun de ses ministres *.
L'isolement des jours de misère avait donc cessé pour lui. On lui venait faire visite, par curiosité, pour dire qu'on avait vu l'auteur de la Marseillaise. On lui demandait le récit de la naissance de ce chant, qu'il racontait sans se faire prier (plusieurs des relations qui nous en sont connues ne sont que des transcriptions de ces sortes à' interviews,) On lui faisait force compliments sur la beauté de la musique et des vers. Parfois il s'amusait des flatteurs : il leur demandait quel était le couplet qu'ils aimaient le mieux. Beaucoup répondaient : « Le couplet des enfants. » Sur quoi, avec son accent franc-comtois traînant et railleur, il répliquait : « Ah ! oui, il est très beau. Seulement il n'est pas de moi 2. »
Il avait quitté en 1830 la maison où il demeurait depuis sa venue à Ghoisy, à la suite d'un double malheur de famille survenu au général Blein, qui
1. Lettre de Rouget du 11 septembre 1830. Catalogue d'aiilographes, vente du 26 iiov. 1888, Eug. Charavay, u^ 235.