DEUXIÈME PARTIE
« d'influence sur l'armée, les soussignés, dans le but de remplir (( leur mission, se sont vus dans l'inévitable nécessité de prendre, « par intérim, une charge difficile, et se sont constitués en gou- « vernement provisoire.
(( Au nom du Peuple roumain, ils ont l'honneur de Vous com- « muniquer la manifestation nationale, et la Constitution qui est « basée sur nos anciennes lois et coutumes ; ils Vous invitent à « obéir à la voix de la Patrie et à Vous mettre à la tête de cette « grande entreprise.
« Par le consentement de Votre Grandeur, par Votre signature « apposée sur la Constitution, le peuple sera rassuré, le crédit « de Votre Grandeur rétabli et par conséquent nos forces seront « restaurées,
« Les soussignés n'attendent que Votre réponse et, dès qu'ils {( recevront une nouvelle aussi heureuse et aussi désirée, dès (( qu'ils seront convaincus, par des preuves suffisantes, de la u sincérité de Votre cœur, ils cesseront de gouverner et s'esti- « nieront heureux de recevoir Vos ordres. »
(( Les înenihres du Gouvernement provisoire :
« L'Hiérée Chapca, J. Héliade, Ch. Tell, « vSt. GOLESCO, Nicolas Plessoiano,
« Islaz, du camp de la Régénération, 9 juin 1848 (i).
Ainsi, ce mouvement destiné à bouleverser les institutions du Pays n'est autre chose qu'une ENTREPRISE IMPROVISÉE, SPONTA- NÉE; les soussignés se mettent à la tête d'un mouvement régénérateur dans le but de maintenir l'ordre.. . qu'ils vont troubler. Bien Ç[\xe l' opinion publique se concentre autour d' eux, qu'ils soient l'écho de la volonté du Peuple, ils n'en REDOUTENT pas moins
(i) Mémoires sur l'histoire de la régénération roumaine, par Héliade Radu-
LESCO, p. 81.
que le mouvement NE DÉGÉNÈRE EN ANARCHIE : mais cette crainte ne les arrête pas. Ils constatent que les mains affaiblies du Prince ne sont plus en état de tenir les rênes du Gouvernement, que Sa voix n'a plus d' influence sur l'armée, mais ils Le somment, quand même, d'obéir à la voix de la Patrie et de Se mettre à la tête de cette grande entreprise . (^Vi'û. signe seulement la Constitution, c'est-à-dire qu'il légalise l'insurrection, et aussitôt, comme par enchantement, le peuple sera rassuré, le crédit de Sa Grandeur sera rétabli, et les soussignés s' estimeront heureux de recevoir Ses ordres (i) .
Qu'on nous passe l'expression : c'est déjà du Rabagas. Car, de deux choses l'une : ou le Chef de l'État méritait la flétrissure que les membres du Gouvernement provisoire Lui ont libéralement infligée, et dès lors la morale ordonnait à ces derniers de Le renverser, ou bien le Prince était victime d'une spéculation politique, et, dans ce cas, on n'aura jamais assez de mépris pour ses calomniateurs (2).
Cependant, Bibesco abdique le 13 juin. Oh ! alors la déception et la colère du Gouvernement provisoire n'ont plus de bornes (3), car l'abdication de Bibesco est la réponse à la proclamation et à
(1) Mémoires sur l'histoire de la régénération rottmaine, par Héliade Radu-
LESCO, p. 81.
(2) On raconte que lorsque, après la crise, les insurgés furent arrivés à Ruschuck, le pacha de la ville leur demanda ce qu'ils avaient fait. Obedeanu répondit qu'ils avaient donné la liberté à leur pays. S'étant fait expliquer le sens de ces paroles, le pacha s'écria : « Ah ! je comprends ! vous êtes des pehlivantacâm (espèce de farceurs). » (Dans l'Inde, Pahlaivani signifie lutteurs. — Pehlivan, homme qui se donne en spectacle; a deux sens : i" homme sans consistance, méprisable; 2° artiste, homme retors.)
D'ailleurs les Turcs ont des reparties d'une grande finesse. Après le rétablissement de la paix entre la France, la Russie et la Porte, un ambassadeur ayant demandé au pacha désigné pour le poste d'ambassadeur en France, comment il traiterait les femmes de Paris, reçut cette réponse, qui était une leçon : « Les plus âgées comme ma mère, celles de mon âge comme ma sœur, les plus jeunes comme ma fille. »
(3) Voir au Mémoire justificatif — qualifié par Héliade d'incriminatif — des droits des Moldo-Valaques, la Requête adressée à Sa Hautesse le Sultan, et les calomnies dirigées contre Bibesco. Nous en avons fait justice au cours de cet ouvrage.