‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 129 sur 215 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

tibilités; du devoir de ne pas indisposer les Puissances suzeraine et protectrice, au point de leur donner un prétexte à une intervention armée ; de faire grande la part du labeur et des luttes de chaque jour, de chaque heure, de ce Prince libéral, qui les dépeint lui-même à Kisseleff dans une lettre empreinte d'un sentiment de profonde amertume (i). L'accusation est facile, écrit le Prince, s'il ne faut que mettre en évidence, en les exagérant , les plaies d'une société, — et quelle est celle qui n'ait pas les siennes? — pour en faire un crime au gouvernement, sans tenir compte ni des améliorations qu'il y aura apportées, ni des peines et des sacrifices qu'elles lui auront coûté , ni de la limite des ressources dont il aura pu disposer (2) .

En résumé : 1° Le mouvement de 1848, accompli dans les conditions que nous venons d'étudier, et qui s'est effondré à Balta- Liman après une agonie de quatre-vingt-quinze jours, est une insigne folie (3);

2° En livrant sciemment (4) le pays à l'anarchie, en abdiquant

(1) Bibesco à Kisseleff. Bréaza, 16 août 1847, t. I, p. 310-313.

(2) Même lettre. <« C'est de ce point qu'il faudra partir, écrit le Prince, si Ton veut être juste pour prononcer sur mon administration, et si, nonobstant les difficultés de cette position, je suis parvenu à mettre un certain frein aux penchants vicieux, de sorte qu'on n'ose plus s'y livrer avec l'impudence d'autrefois; si, au milieu de cette corruption dont on nous accuse, j'ai su faire respecter le pouvoir en le conservant, je ne dirai pas seulement pur de toute souillure, mais à l'abri de tout soupçon ; si, malgré l'obligation des ménagements que j'ai signalés plus haut, je me suis toujours tenu dans une limite convenable, de manière que personne ne doutât qu'en cas de délit patent, parvenu à ma connaissance, aucune considération ne m'empêcherait de faire ce que le devoir exige; si, avec des moyens minimes, naguère improductifs, j'ai pu créer de nouvelles sources de bien-être et obtenir des résultats auxquels on a encore peine à croire, je pense qu'on ne saurait se refuser, sans injustice, à reconnaître qu'il y a un peu de mérite à tout cela. »

(3) Voir toutes les citations empruntées par nous à MM. Héliade, D. Ghica, N. Bâlcesco, C. Rosetti, Jean Ghica, Locusteano, Zossima, Gr. Gradisteano. A. P. Golesco, membres de l'insurrection de 1848.

(4) Voir p. 413 de ce volume.

l'AUTONOMIE, la SOUVERAINETÉ DE L'ÉtAT aux tnaiflS du Sultan (i), en ouvrant les portes de nos frontières à l'invasion (2), en se rendant coupable du sang roumain répandu (3), l'insurrection a commis un crime de lèse-Patrie (4).

Les coupables, pour se justifier, ont faussé l'histoire; nous avons rétabli, par documents, la vérité historique.

(1) Voir p. 446-451, ch. IV, deuxième partie de ce volume.

(2) Voir dans ce volume la deuxième partie du chap. 1". — Voir V Histoire de la régénération, p. 296-299 et p. 381.

(3) Voir p. 383, ch. I, deuxième partie de ce volume.

(4) La protestation du soi-disant peuple roumain au Champ de la Liberté, 20 juillet /i" août 1848, est une provocation à la Porte. (Voir cette pièce à l'Appendice.) — Retenons-en ici l'article 5, qui dit textuellement ce qui suit : « Tout Roumain qui intriguerait ou contribuerait a amener des armées étrangères

DANS LE PAYS, OU QUI RETIENDRAIT PLUS LONGTEMPS CELLES QUI s'y TROUVENT DÉJA, perdra SES DROITS DE ROUMAIN ET EST DÉCLARE ENNEMI DE LA SOCIÉTÉ ET PAR CON- SÉQUENT MIS HORS LA LOI. »

Les insurgés de 1848 prononçaient eux-mêmes, dans cet article, la peine qui devait être appliquée à ce crime de lèse-Patrie.

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