TROISIÈME PARTIE
« La question principale, la seule dont nous devons nous préoccuper avant tout, c'est la question de nos droits politiques.
« Cette question est simple, et elle aurait pu l'être davantage, si on l'avait traitée avec plus de précision dès le début; on peut la résumer dans ces trois phrases :
« Quels sont les droits des Moldo-Valaques?
« Sur quoi s'appuient-ils pour les réclamer?
« Jusqu'à quel point peuvent-ils exercer ces droits, sans porter atteinte à l'intégrité de l'Empire ottoman?
« Ces quelques mots si clairs ont fourni cependant des sujets de discussions et de controverses à perte de vue.
« Nous demandons pardon aux hommes d'Etat et aux publicistes qui s'en sont occupés, si nous allons leur dire que c'est en posant mal la question qu'ils ont donné lieu à tant de débats oiseux et inutiles.
(( En effet, si, au lieu de demander quels sont les droits des Roumains et sur quoi ils les appuient, on avait demandé au gouvernement ottoman QUELS SONT SES DROITS A LUI SUR LES PRIN- CIPAUTÉS, ET SUR QUOI IL LES BASE POUR LES SOUTENIR, toute difficulté, tout malentendu aurait disparu.
« Poser la question ainsi, c'eût été la résoudre; et ce point une fois éclairci, tout s'éclairait, tout devenait simple et net.
a Les Roumains, peuple ou nation distincte, par sa religion, sa langue, ses mœurs et ses lois, ne peut avoir ni plus ni moins de droits que tout autre peuple ou nation se trouvant dans des conditions identiques. En déduisant donc, pour ainsi dire, de la totalité de leurs droits, la seule partie qui revient légalement à la Turquie, les Moldo-Valaques doivent jouir de toutes les autres, sans en déduire aucune.
« Mais, nous objectera-t-on peut-être, la Sublime Porte, ayant déjà déclaré ne reconnaître aucun des traités conclus avec les Princes Roumains, a répondu d'avance à toute objection nouvelle. Selon elle, les libertés dont jouissent aujourd'hui les Moldo-
RÉSUMÉ SUCCINCT
Valaques ne sont que des actes émanés de la générosité des Sultans et, comme tels, révocables à volonté, ou bien des concessions faites à la Russie dans les traités conclus à différentes époques avec cette Puissance, mais que la dernière guerre a mis à néant; que, par conséquent, les droits de cette dernière Puissance sur les Principautés sont illégitimes, et pour preuve la Turquie pourrait rappeler la longue série d'empiétements que la Russie aurait faits sur les droits de ces pays. Mais est-ce bien la Turquie qui parlerait ainsi? Ne serait-ce pas là, plutôt, le raisonnement d'un esprit machiavélique qui l'aura inspiré au cabinet ottoman?
« Les hommes d'Etat actuels de la Sublime Porte sont trop justes et trop éclairés pour se prévaloir des actes d'usurpation et de violence commis jadis, sous un régime despotique et barbare. Le grand argument de ceux qui craignent de voir les Principautés dans un état prospère, consiste à montrer les Roumains devenant trop forts et pouvant, un jour, abuser de leur force au point de menacer l'intégrité de l'Empire ottoman et le repos des autres Puissances limitrophes. A cela nous répondons avec confiance qu'aucun esprit sérieux ne se laissera effrayer par de pareils fantômes, et pourvu qu'il se trouve à la tête du gouvernement turc un seul homme éclairé pour savoir reconnaître la différence entre une politique large et loyale et la politique méticuleuse, mesquine et étroite (qu'on y a suivie jusqu'à présent), il comprendra, sans la moindre difficulté, que les Principautés Danubiennes, qui, — vu leur état précaire et mal défini, — n'ont été, jusqu'ici qu'un embarras pour la Sublime Porte et un avantage pour ses ennemis, deviendraient — une fois fortement constituées — pour l'Empire ottoman une forteresse imprenable qui couvrirait la frontière de la Turquie sur une étendue de plus de deux cents lieues. Sa principale force ne serait d'abord, il est vrai, que dans son droit garanti par l'Europe. Mais il viendra un temps oii les baïonnettes et les cœurs des Valaques,