‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 133 sur 215 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

et de la Prusse, cette mission incomba naturellement à ces Puissances.

Pour aplanir les difficultés qu'une pareille tâche offrait, le Congrès décida qu'une commission, composée de délégués représentant les sept Puissances européennes, serait envoyée dans les Principautés, pour s'éclairer sur les vœux des populations concernant leur organisation définitive, et que, dans ce but, elle convoquerait, dans chaque Principauté, un divan ^^^d?^: qui aurait pour mission de faire connaître l'expression de ces vœux. (Art. 23 et 24 du traité de Paris ; Prot. n° 14; — année 1856.)

Le Prince n'attend pas que MM. les commissaires arrivent dans les Principautés, pour tracer à ses amis les grandes lignes de la politique à suivre par son pays, et insister sur les vœux à adresser aux grandes puissances.

Copie d'ujte lettre du Prince à son gendre, le colonel J. Floresco.

« L'heureuse issue des dernières conférences de Paris nous fait espérer que l'arrivée des commissaires dans les Principautés ne se fera pas longtemps attendre, et que nous pourrons ainsi sortir bientôt de l'état intolérable de tiraillements et d'inquiétudes dans lequel nous nous trouvons depuis plus de trois ans.

« Néanmoins, malgré toutes ces apparences encourageantes, nous ne devons pas nous laisser enivrer par des illusions trompeuses, car il est à craindre qu'avant d'arriver au port nous aurons à subir encore bien des orages, à courir bien des dangers.

« La Sublime Porte, dont les prétentions extraordinaires et intempestives sur notre pays avaient jeté l'alarme parmi nous, mieux conseillée aujourd'hui, paraît avoir cédé aux sentiments de justice qui animent la plupart des autres cabinets et à l'esprit de conciliation qui doit guider, désormais, sa politique; mais il y

RÉSUMÉ SUCCINCT

a malheureusement d'autres intérêts en opposition avec les nôtreset dont nous ne manquerons pas de ressentir la funeste influence. La main invisible de l'intrigue fera jouer, nous le prévoyons d'avance, mille ressorts pour semer le trouble et la discorde parmi nous.

« Elle profitera, nous en sommes sûr, de l'importance du sens, pour nous pousser à des démarches compromettantes, afin de nous faire déprécier aux yeux des Puissances qui nous veulent sincèrement du bien; elle se servira de l'esprit stationnaire et rétrograde des autres, pour empêcher tout progrès, nous rejeter même dans notre triste passé, si cela lui est possible. Or, pour nous mettre en garde contre de si ténébreuses machinations, nous devons nous armer de prudence et de fermeté, nous serrer les uns contre les autres, nous consulter ensemble sans distinction de condition, d'âge ni d'opinion, faire le sacrifice de nos principes outrés, nous dépouiller de tout esprit de parti et de tout intérêt personnel, et nous donner loyalement la main.

« Le ferons-nous? Saurons-nous être grands en face de si graves événements? Il le faut. Il le faut, car nous sommes seuls et faibles en présence d'ennemis forts et nombreux.

« Toute scission nous affaiblirait davantage et, par conséquent, nous perdrait sans retour.

« Du reste, quelle pourrait être la cause d'une mésintelligence entre nous, aujourd'hui? Chercherons-nous à nous occuper des détails de notre législation intérieure? Nous conjurons nos compatriotes de n'en rien faire. Ce serait nous engager dans un dédale de discussions qui ne feraient que compliquer et envenimer la situation; ce serait livrer nos dernières libertés à des mains étrangères et donner à nos ennemis des armes contre nous (i).

(i) M. Jean Bratiano proposera au divan ad hoc la réorganisation intérieure du Pays. — L'Assemblée rejettera cette proposition sur les observations de MM. A. E. Floresco et Jean Marghiloman. L'Assemblée adoptera la proposition de M. A. E. Floresco de suspendre ses travaux jusqu'à ce que le Congrès se soit prononcé sur les vœux des Roumains.

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