‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 144 sur 215 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Les élections de Moldavie ont montré quel respect de la légalité on devait attendre d'un fonctionnaire turc expédié tout exprès pour ne respecter rien. Puis nous avons cette bonne fortune de

pouvoir lire la correspondance de famille de Vogoridès-bey

« Pour nous, à Bucarest, le spectacle a été moins divertissant : au lieu de ce jeune et aventureux bey, animé d'une si compromettante audace, nous avons eu un vieillard qui, arrivé jusqu'au terme ordinaire de la vie, n'a pas trouvé, à cet âge, des sentiments calmes et désintéressés, une bonne pensée pour son pays et pour lui-même. Au lieu d'honorer la fin de sa carrière en s 'associant franchement à la régénération d'un peuple, il n'a songé qu'à satisfaire une ambition sénile. Il n'a pas regardé autour de lui, mais à Constantinople , et il a agi comme ces fonctionnaires turcs qui, ayant toujours vécu sous l'autorité absolue d'un maître, sont tout dépaysés là oii existent des institutions et des droits. Cette loi gênante n'est pour eux qu'un morceau de papier; le déchirer et en jeter les morceaux au nez des gens est le procédé de M. Vogoridès; le plier et le mettre tout doucement dans sa poche est celui du prince Ghica. Le résultat est le même; la différence des âges fait seule la différence des manières. Mais l'Europe, attirée par le bruit, n'a regardé qu'à lassi; elle n'a point vu que le même travail se faisait à Bucarest (i).

(i) HÉLiADE {Lettres d'exil, p. 617), à la date du 22 décembre 1858, écrira : « A. Ghica travaille de toutes ses forces pour que, s'il ne peut se faire élire, tous <« ses partisans aillent à N. Golesco ; par suite, il fait cause commune (comme il « dit) avec ceux de 1848. Et ceux-ci qui, dès 1840, criaient contre lui et le déchi- (« raient pour les qualités et les vertus qu'il avait alors, disent maintenant « qu'ils voient bien que nous avions raison, et ils lui reconnaissent présentement « des vertus. Comment ont-ils trouvé leur chemin de Damas? Qui a opéré ce « miracle? Leur grand aveuglement. Alors, — et depuis jusqu'en 1856, — ils « avaient été aveuglés par la haine; ils le sont maintenant par l'intérêt. Voici H que les qualités et les vertus d'Al. Ghica brillent maintenant au grand soleil, <( depuis le jour où il s'est décidé à leur livrer le pays. En parlant à^aveu- (( glement, je me suis mal exprimé : alors, comme aujourd'hui, ils savaient « parfaitement ce qu'ils faisaient. A cette époque Ghica n'était plus possible, et « ces messieurs, voulant sauvegarder leurs intérêts, conserver de bonnes rela- <« tions avec la Russie, avec l'Autriche et avec Bibesco, déchiraient Ghica ;

RÉSUMÉ SUCCINCT

« Ainsi, d'après nos lois, d'après le firman même de la Porte qui a installé des Caïmacams, la nouvelle administration deYa.it conserver une position entièrement impartiale (i). Le Caïmacam, en effet, n'étant qu'un tuteur temporaire, n'a d'autorité que pour faire des actes conservateurs. Voyez ce qu'il a conservé.

« L'article 18 de la loi de 1831 lui interdit, pendant la durée de ses pouvoirs intérimaires, de destituer un fonctionnaire à moins de délits avérés.

« Il a destitué par divers offices les chefs de section attachés aux départements, ainsi qu'un très grand nombre d'employés inférieurs (2) .

« Il a destitué en masse par l'office n° 1 13 (3) tous les membres de la Cour suprême et ceux de toutes les cours d'appel.

« Il a destitué au ministère des finances la section de comptabilité (4) , ce qui a provoqué la démission du receveur géné-

« aujourd'hui Ghica leur donne la pâtée, et Bibesco peut la leur enlever. Ghica « est donc excellentissisme. »

(1) Textuel. Voir le firman du 3/15 juillet 1856. {Bull. off. n° 56, du 17 juillet 1856.)

(2) Voir page 497 de ce volume le texte de cet article. — Le premier acte du Prince Al. Ghica est de remplacer, par décret du 9 juillet, le Prince Georges Stirbei, dans le poste de Spathar (chef de la Milice), par Jean Odobesco. (Voir Lettres d'exil d'HÉLiADE, p. 540.) Le même jour on nommait Al. Dimitresco secrétaire d'État à la place d'Al. Plagino, gendre du Prince Stirbei. — Les nominations des ministres et des directeurs de ministères se trouvent au Bull, off. n" 64, du 13 août 1856. Le 31 août 1856 (n" 69 du Bull, off'.), un chef de section est remplacé au ministère de la justice. Le Prince Al. Ghica s'arrogea, pendant toute sa Caïmacamie, le droit de nommer des fonctionnaires. (Voir Bull, off. n° 76, 24 septembre 1856; n° 83, 19 octobre 1856.)

(3) Le décret du 13 septembre 1856 {Bull. off. n" 73, 14 septembre 1856) porte le n° 119. Il est complété par le décret n" 122 du 15 septembre {Bull. off'. n" 74, 17 septembre 1856). Ce même numéro contient le décret n° 123, dont il est parlé plus loin, et qui nomme membres de la curatelle des orphelins : MM. Paschall Tamaschesco, Matache Coadà, Nicolas Nestor.

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