‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 143 sur 215 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

montagnes ? A qui sont Hermanstadt, Bistritza, Soutchava et Czernovitz, nos vieilles capitales ; Tarnopol et les bassins supérieurs du Séreth, du Pruth et du Dniester ?

« Dans la Galicie, et sans sortir de chez eux, les Autrichiens ont une armée à soixante-dix lieues de Kiew, à quatre-vingts d'Odessa, et prolongeant pendant cent soixante lieues le flanc des Russes qui seraient à Craïova et à Bucarest, ils pourraient en deux marches s'établir sur leur ligne de retraite et couper leurs communications. Stratégiquement, l'occupation de la Moldo- Valachie par les Russes est impossible sans la connivence de l'Autriche; et la Russie, si difficilement vulnérable chez elle, le serait beaucoup chez nous. La dernière guerre l'a montré.

« Mais comme la Moldo-Valachie finirait admirablement l'empire autrichien, le mettant sur la mer Noire, lui donnant le Danube, lui livrant toute la péninsule orientale qu'il enserrerait de ses deux bras, depuis le golfe de Cattaro jusqu'à la passe de laSoulina ! Ce n'est pas moi qui dis tout cela, c'est quelque chose qui n'a d'affection ni de haine pour personne, c'est la géographie qui nous crie, et qui crie aussi à Constantinople : Voilà maintenant l'ennemi !

« Et remarquez que l'Allemagne, qui rêve beaucoup, s'est mise à rêver que le Danube est et doit être un fleuve allemand. Trieste les a mis en goût de la mer ; Vienne a une porte sur l'Adriatique, elle en veut une autre sur l'Euxin. — La Russie le sait, et voilà tout le secret de sa politique nouvelle. En politique, il est bon de consulter d'abord les intérêts, ensuite les déclarations ; car il faut dire avec M. Thiers qu'un diplomate ne ment pas nécessairement. L'intérêt de la Russie dans cette affaire est si évident, et le sic vos non vobi's lui plaît si peu, qu'il est tout simple de la voir se refuser à ce qu'un autre recueille ce qu'elle avait semé. Je la crois donc très sincère dans ses démonstrations en notre faveur, parce que je la crois très intéressée, maintenant, à museler du côté de l'Orient cette ambition éhontée que la France est obligée de tenir en bride à l'Occident.

RÉSUMÉ SUCCINCT

« La Porte, aveuglée sur ses plus évidents intérêts, ne voit rien de ce nouveau péril , et les deux ambitions turque et autrichienne se sont entendues pour nous perdre, sauf à se disputer plus tard notre cadavre. L'Angleterre, jalouse du rôle joué par la France en Crimée, et du rang pris par cette Puissance en Europe, a oublié ses propres paroles au Congrès de Paris et est entrée dans le complot autrichien. Alors, à Constantinople on a cru n'avoir plus rien à craindre, ayant pour soi lord Stratford et le baron de Prokesch. On s'est laissé prendre à l'ambition des conquêtes, et ces Turcs qui craignent les chrétiens , mais qui les haïssent pour le moins autant qu'ils les redoutent, se sont dit que ce serait d'une habileté à réjouir Mahomet jusque dans le sein d'Abraham, si, après avoir fait sauver le Croissant par la Croix, on se faisait aider par deux nations chrétiennes à en réduire une troisième. C'était tirer deux moutures du même sac, et d'un sac où soimême on n'avait pas mis grand'chose. Il n'y en avait que plus de mérite, et les vieux Turcs, qui ne se sont pas encore mis à la mode d'Europe, en riaient d'autant mieux dans leur barbe.

« On se met à l'œuvre sans vergogne :

« L'Europe avait dit : Je veux savoir les vœux de ce peuple. La Porte accepte, signe des deux mains, promet d'exécuter tout ce qu'on lui demande, et expédie, le 15 zilkadé de l'an de l'hégire 1242, le plus beau firman du mois de « Nous voulons maintenir et consolider les privilèges accordés ab antiquo aux Principautés Il est de la plus grande importance que, pendant le

cours des délibérations qui vont avoir lieu, l'administration du

pays conserve une position entièrement impartiale, etc., etc »

Mais, en même temps, violant la loi constitutive des Caïmacamies, qui remet (art. 18) ces pouvoirs intérimaires à trois fonctionnaires et non à un seul, elle envoie à Bucarest et à lassi deux dictateurs qui ont mission de ne tenir compte, ni des institutions, ni des lois, ni des convenances.

« De ces deux personnages, l'Europe en connaît un aujourd'hui.

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