QUATRIÈME PARTIE
traction de la Puissance victorieuse, n'ont pas consulté les véritables intérêts du pays, n'ont pas songé à réserver l'avenir.
Il est aisé de comprendre que l'Allemagne, à laquelle le puissant esprit politique de son grand Chancelier a valu la triple alliance, ait tenu à s'assurer de la presqu'île des Balkans; et nous aurions mauvaise grâce à ne pas admirer sa prévoyance et sa ténacité pour arriver à isoler la France. Ce travail se manifeste, en effet, dès 1866, par la liberté laissée au prince Charles de Hohenzollern d'accepter la couronne de Roumanie, oii il devient Prince régnant, puis Roi; il se poursuit en 1878, lors du traité de Berlin, par la mission donnée à l'Autriche de pénétrer dans l'Herzégovine et la Bosnie, armée de cette formule toute diplomatique : pour maintenir le bon ordre au nom de V Europe, — formule qui d'ailleurs dépouille, chaque jour, son enveloppe mystérieuse pour revêtir, au grand jour, la forme nouvelle d'une annexion pure et simple; — il se retrouve dans la question des chemins de fer serbes, qui ouvrent à l'Autriche le chemin de Salonique, port dont la possession comblerait les vœux de l'alliée de l'Allemagne; il s'affirme au lendemain de la chute du Prince de Battenberg, quand, après la prise de possession de la couronne de Bulgarie par le Prince Ferdinand , l' Autriche-Hongrie assoit son influence dans ce pays; il triomphe enfin par l'entrée de l'Italie dans l'alliance formée par l'Allemagne et l' Autriche- Hongrie contre la France. Si le Monténégro garde son indépendance, si la Serbie résiste au travail d'absorption de l'Autriche, si les efforts de l'Allemagne n'ont pas eu, en Grèce, les résultats attendus, et si son prestige y a perdu de son éclat, il reste, — il faut bien le reconnaître, — à la triple alliance, le dévouement du gouvernement roumain.
Au point de vue de la triple alliance, le concours de ce gouvernement a une importance incontestable : en cas de guerre il serait une sécurité pour la frontière sud-est de l'Autriche-Hongrie et un appui pour la Bulgarie. Mais, au point de vue roumain, nous