‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 166 sur 215 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

cherchons en vain quels sont les intérêts de la Roumanie à suivre la politique des Puissances du Centre et à s'aliéner, par son attitude, la Russie.

N'est-on pas en droit de se demander si l'Allemagne n'est pas arrivée à l'apogée de sa grandeur ; si l'Autriche-Hongrie ne présente pas de graves symptômes de désagrégation ; si la guerre civile et la banqueroute ne montent pas la garde aux portes de l'Italie; si la Russie, longtemps désignée comme « le Colosse aux pieds d'argile », n'est pas à la veille de devenir le Colosse aux pieds d'airain ? Et, si d'un examen consciencieux de la situation de ces grands Etats il restait constant que, arrivées au faîte, les Puissances du Centre ont atteint la limite du développement de leurs forces, tandis que l'Empire des Czars est dans un mouvement ascensionnel formidable, serait-ce faire acte de politique nationale que de servir les intérêts allemands et austro-hongrois sans souci de blesser notre grande voisine ?

Or, qui pourrait affirmer que tel ne sera pas, demain, l'horizon politique de l'Europe? Encore s'il s'agissait, pour la Roumanie, de payer une dette de reconnaissance ; mais que doit la Roumanie à l'Allemagne ? Ses fortifications, dont une partie sont déjà condamnées, et qui lui ont coûté beaucoup d'argent (i).

(i) Quoiqu'il en soit, le cabinet Catargi, actuellement au pouvoir, a su faire à la Roumanie une situation financière digne d'inspirer confiance aux marchés européens. L'éminent ministre des finances, M. Ménélas Ghermani , a. fait disparaître, en moins de cinq ans, l'agio qui s'était élevé jusqu'à 20 et 22 fr. pour 100, sous le gouvernement de Jean Bratiano ; il a établi les évaluations budgétaires avec une telle prudence, que trois exercices successifs ont donné un ensemble d'excédents de 25 millions; et il a diminué les impôts : celui qui porte sur les boissons spiritueuses a été réduit de 8 centimes, par degrés, à 5 centimes ; celui sur la Tzuica (eau-de-vie de prunes) a été remplacé par un impôt minime par hectare, et la taxe de 5 pour 100 établie sur les appointements des fonctionnaires, depuis la guerre de 1877, supprimée.

La rente roumaine est aujourd'hui (27 mars) cotée à la Bourse de Paris 85 à 86 le 4 pour 100 et 96 à 97 le 5 pour 100.

M. Grégoire Mano, secrétaire général du ministère des finances, qui dirige, en même temps, la Régie des monopoles de l'État, que le ministre a confiée à sa haute capacité et à sa maîtresse initiative, a su, — tout en secondant M. Ghermani dans sa tâche difficile, — donner un développement considérable à cette branche

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