‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 31 sur 215 · PROROGATION DE LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

PROROGATION DE LA CHAMBRE

Nous n'avons ni désiré ni demandé (i), ainsi que vous l'avez constaté tous.

Mais Nous avons pensé qu'il fallait faire la part des faiblesses humaines et laisser aux passions, — qui naissent naturellement dans des circonstances comme celles où nous nous sommes trouvés, — le temps de se calmer. Nous Nous sommes donc borné à les observer de loin , en opposant la patience aux obstacles dressés contre tous les progrès que Nous avions à réaliser en vue du bien-être général.

Pour pouvoir apprécier l'étendue de la douleur qui accompagnait cette patience, il faudrait que vous vous missiez à Notre place et que vous vous rendissiez compte de toutes les inimitiés, de tous les dangers qu'un gouvernement tombé laisse en héritage à celui qui s'élève. Alors seulement vous pourriez vous rendre compte de ce que peut ressentir, au fond de son âme, un Prince pénétré de l'amour de la patrie, du désir de faire son bonheur, et qui voit Ses efforts neutralisés par une malveillance servie par les moyens les plus perfides, et dont le but est d'égarer le cœur et l'esprit de Ses sujets.

Par malheur, les uns, aveuglés par leurs passions (2) , ont considéré cette patience comme de la faiblesse, les autres l'ont prise pour de la crainte , sans songer qu'un Prince toujours prêt à paraître devant les hommes et devant Dieu le front serein et la conscience nette ne saurait, quand il fait son devoir, être accessible à la crainte.

Messieurs, c'est un malheur pour une nation d'avoir un gouvernement faible, incapable de faire respecter sa dignité; et cela est surtout vrai, quand une nation est dans la situation morale et politique où se trouve la nôtre. En pareil cas, on ne peut attendre

(1) On se rappelle, en effet, que le Prince, avec une rare modestie, avait voulu, le jour de l'élection, faire reporter ses voix sur son frère aîné B. Stirbey : ses partisans s'y sont refusés (t. I, p. 48 et 49).

(2) Voir, dans ce volume {L'insurrection de 1848), le serment de Filaret.

pour elle aucune tranquillité dans le présent, aucun progrès pour l'avenir.

Ne voulant pas qu'on puisse Nous accuser d'une pareille faiblesse, Nous avons résolu de ne tolérer, à l'avenir, ni les menées de ceux qui cherchent à entraver la marche du Gouvernement, ni les écrits diffamatoires dont le but est de troubler la conscience du peuple et de le tromper, ni les écarts aux convenances qui, — pour ceux qui les commettent, — sont un moyen d'afficher leur peu de respect pour le Pouvoir suprême et leur insouciance à porter atteinte à Sa dignité.

Messieurs, Nous oublions le passé.

Pour l'avenir. Nous avons voulu vous faire connaître Notre résolution irrévocable, fruit de longues réflexions et qui Nous est dictée par un devoir sacré. Nous avons tenu en outre à ne vous laisser aucun doute sur les moyens dont Nous disposons pour agir conformément à Notre volonté. Cet avertissement doit vous faire comprendre Notre désir d'éviter l'emploi de pareilles mesures et le chagrin que Nous en ressentirions, si Nous étions forcé de les mettre à exécution. Cet avertissement ne s'adresse d'ailleurs qu'à un nombre très restreint d'entre vous ; quant à la plus grande partie des boyards et au reste du public. Nous leur adressons nos plus sincères remerciements pour l'amour, la confiance et la soumission dont ils Nous ont donné tant des preuves. Elles sont et resteront la plus douce récompense de Nos fatigues et le plus précieux appui dans la lutte que Nous soutiendrons , jusqu'au bout, contre les difficultés et les inimitiés qui Nous entourent. »

Dans la même séance, lecture fut donnée du Sublime Firman Impérial paru au milieu du mois de Gemozuil-Ahir, en l'an de l'hégire 1260. Ce Firman débute avec la solennité orientale de l'époque : « Toi, l'honneur de la race du Messie! Toi, le premier d'entre les plus illustres de la famille de Jésus, Prince de Vala-

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