‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 59 sur 215 · CIRCULAIRE DU I"" SEPTEMBRE 1847, N · texte numérisé non relu

CIRCULAIRE DU I"" SEPTEMBRE 1847, N

TRADUCTION

{Bull. off. n° 62, du 6 septembre 1847.) Le Département a été informé, d'une façon positive, que quelques sous-préfets, sans tenir compte des instructions qu'ils ont reçues, lors de leur nomination, seraient actuellement entrés en association avec des personnes privées, pour l'affermage des terres, dans les arrondissements mêmes dont l'administration leur est confiée. Ces sous-préfets, en agissant ainsi, sont la cause de deux maux sur lesquels on ne saurait fermer les yeux : d'abord, ils écrasent les habitants corvéables en les surchargeant de prestations non prévues par la loi, et ils sont tellement pressés d'arriver à leurs fins que les dorobantzi sont toujours à harceler les pauvres paysans ; en second lieu, préoccupés de réaliser des gains illégaux, ils ajournent les journées de prestation que ces

habitants doivent consacrer aux travaux publics, et ils causent par là un retard et un préjudice à l'Etat.

Le Département conseille encore une fois à de tels fonctionnaires de suivre une autre ligne de conduite, de ne plus abuser, à l'avenir, de la fonction qui leur a été confiée, et de se soumettre sans réserve aux instructions qui leur ont été données. Il leur est formellement déclaré qu'à la suite des enquêtes qui seront faites ils subiront, — à la moindre plainte, — les châtiments prévus par lesdites instructions, sans qu'ils puissent s'y soustraire, quelque moyen qu'ils emploient. En même temps, il est ordonné à Messieurs les Préfets de veiller avec soin à l'accomplissement de leurs devoirs, de surveiller de près tous leurs employés, et de ne permettre à aucun d'eux de se départir des règles de la justice. Si le contraire arrive, le préfet sera considéré comme coupable et, naturellement, rendu responsable de toute négligence constatée dans l'accomplissement de ses devoirs.

Le Grand Vomie, A. ViLARA.

Rapport du 2g septembre iS/fj, sur la nouvelle organisation des travaux dans les salines.

EXPOSÉ

Dans la question des salines, le gouvernement eut à poursuivre deux buts, l'un humanitaire, l'autre économique.

Le Prince, à son avènement, connaissait les conditions atroces dans lesquelles vivaient les condamnés aux salines (travaux forcés) , employés à l'extraction du sel, et II avait résolu de les modifier sans retard. La réforme qui s'attaqua aux cloaques infects servant de maison de force, — o\x souvent les simples prévenus se trouvaient confondus avec les condamnés à des peines infamantes, — et qui, en créant un régime nouveau emprunté aux

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peuples civilisés, leur substitua des prisons en pierre, fut étendue aux salines (i) .

Le Prince, qui en 1832 accompagnait le général Kisseleff dans sa visite aux grandes salines, et qui n'avait oublié ni l'impression pénible qu'ils en avaient rapportée, ni le désir exprimé par le gouverneur général de voir améliorer promptement le sort des condamnés aux salines, fit construire, dès qu'il fut élu, des casernes pour les surveillants, et, pour les prisonniers, des bâtiments, des clôtures et des infirmeries, ce qui permit de les amener chaque jour à l'air pur et à la lumière (2) .

Le Prince Bibesco n'a pas cessé de s'occuper de l'amélioration du régime des prisons et de l'amélioration morale des condamnés. Il aurait voulu que tous les condamnés ne fussent pas traités de même, leur culpabilité n'étant pas égale [Bull, off, n*" 112, du 25 septembre 1844) ; — Il prit des mesures pour que le prix du travail des condamnés ne leur fût pas dérobé [Bull. off. n" 144, du 30 novembre 1844); — Il insista sur la nécessité de séparer les jeunes détenus des vétérans de l'armée du crime.

Son ministre Manuel Floresco, père du général, aurait voulu la suppression de la condamnation aux mines de sel. (Voir M. Bla- RAMBERG, Essais, p. 345.)

La question économique fut traitée à son tour. Le Prince, qui espérait, — au moment où disparaissait le cordon douanier qui séparait les deux Principautés, — établir un même contrat d'affermage pour les deux Provinces, mais dont l'espoir fut déçu, s'occupa de changer le système suranné de l'exploitation en usage, en confiant les travaux à des ingénieurs appelés de l'étranger, et capables d'apporter dans le pays les perfectionnements dont la science avait doté les grandes nations.

(1) Quelques mots sur la Valachie, p. 29. — Dentu, édit., Paris, 1857.

(2) Quelques mots sur la Valachie, p. 30. — Dentu, édit., Paris, 1857.

Voir aussi le discours du Prince à l'ouverture de l'Assemblée générale de 1846.

Le Ministre de Vintérieur au Prince.

Changement du système d'exploitation.

TRADUCTION

29 septembre 1847.

Altesse,

En allant à Ocnele-Mari, pour me rendre compte du sytème de travail employé dans les salines, sur les conseils de M. Foit, ingénieur, — demandé en vue de ces opérations par Votre Altesse au gouvernement autrichien, — j'ai fait les constatations suivantes que je soumets humblement, comme c'est mon devoir, à Votre Altesse.

Ces salines auront, en tout, trois ouvertures, dont deux serviront à l'exploitation du sel, par la méthode de bennes bien travaillées et bien entendues ; la troisième sera à degrés pour l'entrée et la sortie, soit que l'on établisse un escalier en colimaçon, soit que l'on pratique plusieurs étages.

Chaque ouverture présente un puits s 'enfonçant dans la terre ; et par tous ces puits l'on pénétrera jusqu'au niveau oii l'on devra décider de pratiquer l'ouverture des galeries souterraines, — correspondant d'un puits à l'auti^ ou suivant d'autres directions, — devant aboutir à la meilleure couche de sel.

Tous ces puits seront revêtus, jusqu'au fond, de chemises de palplanches en chêne dégrossies sur trois faces et chevronnées entre elles ; entre les parois de terre et de sel, on damera fortement de la terre, de façon qu'il ne se produise ni échappement d'air, ni écoulement d'eau vers les parois.

Les galeries pour l'exploitation du sel ne seront percées que dans le sel, en largeur, et jusqu'à trente stangènes (i) ; elles auront des parois de sel et une voûte d'un stangène, au plus, en hauteur. Leur ouverture ne sera jamais fermée, afin de permettre d'établir

(i) Le stangène valait 1,966.

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des marches au niveau de la couche de sel, et qu'à ce niveau plusieurs mineurs puissent travailler à la fois après le même bloc et enlever le sel d'une seule et même paroi.

Les bennes sont très solides : elles sont reliées entre elles en plusieurs endroits par des crampons, et reposent sur de larges assises en fer établies en proportion des poids qu'elles auront à extraire du puits. Elles sont si bien équilibrées que deux câbles en mouvement dans une ouverture seront mus avec grande facilité et peu de chevaux. Pour éviter le choc des bennes et l'enchevêtrement des câbles, on a établi au milieu de la bouche une séparation au moyen de gros madriers dégrossis sur les quatre faces et formant une espèce de mur, de la largeur d'une demibrique, depuis le fond du puits jusqu'à l'orifice.

Les outils dont on se sert pour extraire le sel, c'est-à-dire les marteaux, sont autrement faits que les nôtres ; ils laissent perdre bien moins de sel fin que les marteaux employés, jusqu'ici, par nos ouvriers.

Pour l'écoulement et l'épuisement des eaux dans les salines, on emploiera à la fois deux moyens : l'un consiste à former un grand nombre de petits réservoirs correspondant entre eux par des canaux souterrains — d'après un bon nivellement, — de façon que Teau commençant à s'écouler à partir d'une certaine profondeur, c'est-à-dire du niveau du fond du puits, passe de réservoir en réservoir, jusqu'à ce qu'elle sorte dans la vallée, à la surface du sol, et de là tombe dans la rivière qui coule au bas du coteau, où se trouvent les salines. L'autre moyen, c'est d'enlever le peu d'eau qui restera au moyen des bennes : en temps sec, l'on ne se servira que d'une outre, et en temps de pluie ou d'humidité, de deux outres, au plus.

Ces réservoirs ont des ouvertures très petites ; ils sont consolidés par quelques madriers et des planches, ont leur fond en bois et correspondent l'un avec l'autre, d'après leur nivellement, jusqu'à la rivière, par les galeries ci-dessus mentionnées, doublées

elles-mêmes de madriers reliés entre eux et en petit nombre sur terrain ferme, en plus grand nombre sur les terrains offrant peu de solidité. Toutefois, partout des planches solides les étayent afin d'éviter les éboulements, qui arrêteraient l'écoulement des eaux.

Par la grande chaleur, alors que dans toute saline le travail est suspendu à cause de l'air qui devient trop lourd, — et cela est surtout vrai pour une saline construite d'après le système des puits descendant jusqu'au fond, — on aérera au moyen de petits moulins ayant chacun quatre branches et pourvus d'une manivelle en fer facile à manœuvrer par un seul homme, ou bien l'on prolongera les galeries au moyen d'une machine, de façon que le travail ne soit pas arrêté.

Les travaux exécutés avant mon arrivée sont les suivants :

Une ouverture des salines pour charrier ;

La pose de madriers d'après le mode indiqué ci-dessus, presque jusqu'à la surface du terrain ;

Trente stangènes de galeries souterraines pour l'écoulement des eaux ;

Trois réservoirs doublés de madriers et de planches en quantité voulue ;

Une benne, plus petite, manœuvrée par des hommes, les locaux suffisants pour travailler le bois, le fer, et pour servir de dépôt aux outils et à tout le matériel.

Tous ces travaux mentionnés plus haut ne pourront être terminés que dans quatre ans, mais on en retirera des avantages importants, ainsi que nous le constatons plus loin.

i"* Il ne faut ouvrir sur une petite surface de terrain que deux puits, et faire, sous terre, tout le travail de l'exploitation du sel, au moyen de galeries horizontales qui suivent la couche de sel; on formera ainsi une saline qui, pendant deux cents ans au moins, c'est-à-dire jusqu'au jour oii l'on aura épuisé tout le sel de cette montagne, pourra fournir largement, — comme l'ont

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prouvé les expériences faites dans ce but, — à la consommation et à l'exportation.

2° Les facilités données au travail et les économies paraissent devoir être importantes, — si l'on considère l'état actuel, — et annoncer une augmentation annuelle considérable des revenus de l'État.

D'abord, le travail, étant solidement fait et bien exécuté, présentera des conditions de stabilité pour un grand nombre d'années, c'est-à-dire l'inutilité de réparations qui entraînent, chaque année, des dépenses ; en second lieu, le puits étant muni de marches, tous les ouvriers pourront se mouvoir et transporter le matériel nécessaire aux travaux, sans le moindre embarras, sans le moindre encombrement, sans la moindre difficulté et sans la nécessité d'employer les câbles.

3* Les bennes étant équilibrées par rapport à la pesanteur des blocs qu'elles auront à extraire de la saline, on aura besoin de moins de chevaux, et, par suite, on réalisera une économie sur les achats à faire et sur la nourriture de ces bêtes.

4° Les blocs de sel sont amenés jusqu'aux orifices des deux puits au moyen de brouettes, sur un plan incliné fait en planches, et, par suite, les câbles ne servant qu'à amener le sel du fond des puits jusqu'à la surface du sol, il en résulte une grande économie sur le chapitre des gros frais actuels d'achat de ces câbles.

5° Enfin, les débris que laissent les marteaux employés pour ces travaux étant en quantité bien inférieure à ceux des marteaux de nos ouvriers, l'extraction du sel s'opère avec plus de facilité et à moins de frais.

A toutes ces observations. Altesse, j'ai cru devoir ajouter les éloges qui reviennent de droit à M. Foit, directeur des travaux de la saline, exécutés d'après le système indiqué.

Les ouvriers qui travaillent sous ses ordres ne sont qu'au nombre de cinq, dont quatre étrangers ; ils ne possèdent pas tous les mêmes connaissances ; un seul est indigène ; et tout le travail

fait jusqu'à présent, et celui qui s'exécute en ce moment, sont en majeure partie l'œuvre des détenus mis à la disposition du directeur ; et le progrès que l'on constate dans les travaux est uniquement le résultat du grand zèle et de l'ardeur sans bornes déployés dans cette branche d'industrie par le directeur. En effet, non seulement il dirige, il surveille constamment le travail avec la plus grande attention, mais il enseigne encore, — avec une persévérance infatigable, — aux détenus, à faire n'importe quel travail : aussi bien le travail qui concerne l'ouverture des puits et l'extraction du sel que celui du bois et autres ouvrages qui lui sont utiles.

Il évite ainsi au gouvernement une foule de dépenses pour les ouvrages des métiers spéciaux ; il est utile aux malheureux détenus, qui, à leur sortie des salines, sauront un métier qui sera leur gagne-pain.

Voici donc les résultats auxquels Votre Altesse désirait parvenir au moyen d'une nouvelle organisation des travaux des salines :

1° Economie dans les frais d'exploitation.

2° Introduction d'une comptabilité régulière et du bon ordre qui est observé dans d'autres pays pour des travaux de ce genre. — Ils permettent à l'État d'en faire lui-même l'exploitation, s'il le désire.

3'' Observance des devoirs exigés par l'amour de l'humanité envers les condamnés aux travaux forcés.

Nous pouvons dire que parmi ces résultats nous avons en partie atteint ce dernier : quant aux deux autres, on les obtiendra sous peu, et ils figureront parmi les nombreux et importants bienfaits dus à Votre Altesse.

Le grand Vomie, A. ViLARA.

(Bull, off, n° 70, du 9 octobre 1847.)

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