RÉPONSE DE L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
DISCOURS D'OUVERTURE DU PRINCE BIBESCO A l'assemblée générale de 1848.
TEXTE EN langue FRANÇAISE.
Messieurs les Députés de l'Assemblée générale,
I. — En vous voyant de nouveau réunis autour de Moi, J'éprouve la satisfaction que donnent une confiance mutuelle et le sentiment de services rendus, en commun, à la patrie.
II. — Les travaux qui ont marqué votre dernière session et qui seront consignés, avec honneur, dans nos annales, portent déjà une grande partie de leurs fruits.
III. — Dix mille familles, dont vous avez brisé les fers, bénissent votre nom, en goûtant les bienfaits de la liberté. Le faible tribut qu'elles payent à l'Etat accroît, chaque jour, le nombre des affranchis. Il n'est, sans doute, aucun de vous qui ne pense avec bonheur, que, dans peu d'années, la terre valaque ne nourrira plus que des hommes libres (i).
(i) BraïlO), Des Esclaves et des Bohémiens , p. 22 et 222. Codes.
« Par la loi du 22 mars 1843, tous ceux qui payaient l'impôt à l'administration de la Vornicia des prisons (Bohémiens de l'État) ont passé directement sous l'administration des préfets des districts, mesure par laquelle ils ont été affranchis de l'esclavage et rangés dans la catégorie des Roumains soumis à l'impôt personnel.
(c De même ont été affranchis les Bohémiens des monastères par la loi du 13 février 1847, qui, dans son premier article, contient ce qui suit :
« Sont affranchis tous les Bohémiens de la Sainte Église métropolitaine, ceux des évêques et généralement ceux de tous les monastères et couvents comme aussi de tout établissement public sans exception qui se trouvent sur le territoire roumain.
(( Ceux-ci, à l'instar des Bohémiens de l'État, soumis à la même législation II. 22
IV. — L'instruction publique, en ce qui concerne les écoles primaires et élémentaires dans nos villes et communes, a déjà reçu toutes les améliorations qu'elle réclamait. J'ai tout lieu d'espérer que bientôt Je serai parvenu à surmonter aussi les difficultés que présente l'organisation de l'enseignement supérieur (i), afin que nos fils ne soient plus obligés de s'expatrier à un âge où les souvenirs du sol natal, trop faibles encore, finissent par s'effacer, pour faire place à des impressions dont l'effet ordinaire est de les rendre étrangers parmi les leurs, et inhabiles à comprendre les affaires de leur pays.
V. — La loi que vous avez votée sur l'amélioration du sort du bas clergé et sur la régularisation des revenus de la métropole et des évêchés, a été exécutée en partie. Nous pouvons espérer que ses dispositions salutaires recevront, dans le courant de cette année, leur entière application.
VI. — La réunion de nos douanes avec celles de la Moldavie a levé les entraves qui empêchaient, au détriment des deux pays, le libre échange de leurs produits ; cette réunion nous a valu en même temps une augmentation dans nos revenus. Le prix obtenu aux dernières enchères effectuées dans la capitale de la Moldavie a dépassé, pour la part qui nous revient dans le produit de cette ferme, le taux obtenu pendant les années précédentes.
VIL — Les sommes que vous avez allouées pour remplacer par un système régulier et économique le mode vicieux suivi jusqu'à présent dans l'exploitation de nos salines sont destinées à nous procurer des bénéfices considérables. Les travaux qui y
seront libres et pourront, hommes et femmes, se marier à leur gré avec des personnes de race roumaine. »
Maintes fortunes ne reposant que sur la propriété des esclaves, le Prince ne voulut pas décréter l'affranchissement complet de tous les Bohémiens ; il fit la loi et commença par une large application de cet affranchissement, estimant qu'il était préférable, pour arriver au but final, de suivre une sage progression afin de ne point créer au Trésor des embarras, — aux finances une surcharge, — à la société des dangers auxquels elle est exposée lorsque toute une classe d'hommes est soudainement jetée hors de sa condition première.
(i) Voir pages 209, 210, 21 1 , et 212.
ont été exécutés dans le courant de l'année dernière ont dépassé toutes nos espérances; ils nous donnent la certitude que, bien avant l'expiration du dernier contrat de ferme, nous aurons atteint le double but de posséder un système d'exploitation mieux entendu, et d'avoir opéré les améliorations que les devoirs de l'humanité réclamaient depuis longtemps en faveur des grands coupables condamnés aux travaux forcés.
VIII. — La partie judiciaire a reçu de notables améliorations ; vous avez mis un frein à l'esprit de chicane, en instituant des frais de justice moins onéreux, il est vrai, mais suffisants pour prévenir bien des poursuites injustes; vous avez assuré à la propriété cette stabilité qui lui est indispensable, en accordant la prescription pour la possession immobilière.
IX. — Par suite de ces sages dispositions, les procès ont diminué dans une proportion considérable. Sur dix -huit mille affaires pendantes au commencement de l'année dernière, il n'en reste plus que quatre mille.
X. — Voilà, Messieurs, les résultats d'une seule session. Ils sont bien glorieux pour vous, et ils donnent la mesure de ce que peut l'harmonie entre le Gouvernement et l'Assemblée.
XI. — Au milieu de la joie générale et des espérances que vos travaux avaient laissées dans tous les cœurs, une grande calamité est venue nous frapper, en réduisant en cendres la partie la plus populeuse et la plus riche de notre capitale. Le Gouvernement a eu de pénibles devoirs à remplir dans cet affreux malheur, et J'ai la consolation de pouvoir penser qu'il s'en est acquitté convenablement. Je ne doute pas qu'il n'obtienne aussi votre approbation relativement aux secours que les caisses publiques ont dû ajouter aux offrandes de la charité privée, dont le zèle s'est élevé audessus de tout éloge.
XII. — Les Hautes Cours suzeraine et protectrice nous ont donné en cette circonstance des preuves touchantes de leur constante sollicitude et de leur inépuisable générosité; nos cœurs
en sont pénétrés de la plus vive reconnaissance; S. M. l'Empereur de Russie a, en outre, autorisé, dans l'intérieur de Son Empire, une souscription dont le produit a soulagé encore bien des infortunes.
XIII. — Il fallait de promptes mesures pour faire tourner cette catastrophe au profit de la prospérité future de la ville, et bien des difficultés s'opposaient à leur exécution. Toutefois, grâce à la bonne volonté des habitants, ces difficultés ont été aplanies, et nous pouvons espérer que le nouvel aspect que présentera bientôt notre Capitale achèvera d'effacer les regrets du passé.
XIV. — Il M'est impossible. Messieurs, de Me rappeler ce désastre sans éprouver, avec la terreur que ce souvenir réveille dans Mon âme, une vive émotion d'orgueil national en pensant au courage des victimes et à l'empressement que chacun a mis, le lendemain même du sinistre, à remplir ses engagements. Le bon ordre n'a pas été troublé un seul instant et notre crédit, sorti victorieux de cette terrible épreuve, que devait bientôt aggraver la crise survenue à l'étranger, est aujourd'hui mieux assis que jamais, grâce à l'activité et à la loyauté de nos commerçants.
XV. — Nos finances sont sans doute loin d'être en rapport avec les besoins qui se développent chaque jour; cependant, par suite de la règle que Je Me suis imposée, dès le principe, de ne jamais dépasser les ressources disponibles, elles peuvent être considérées comme étant en très bon état. Aucune de nos caisses
^ publiques ne présente de déficit, et la plupart même possèdent un excédent assez considérable, comme vous aurez lieu de vous en convaincre par les comptes qui seront soumis à votre contrôle.
XVI. — Je vous avais promis, au commencement de l'année dernière, le pont sur l'Olto (i) , des aqueducs pour notre capitale, et l'ouverture, à travers les Carpathes, de la route de Kinéni. Vous le savez, ces promesses ont été accomplies de manière à laisser à
(i) Voir à l'Appendice cette question importante.
ceux qui viendront après nous de véritables monuments, témoignage du zèle et du talent de ceux qui M'ont aidé dans leur exécution. Plusieurs autres travaux importants destinés à faciliter nos communications et à nous ouvrir de nouvelles sources de prospérité ont été entrepris sur différents points de la Principauté, et ils seront poursuivis, dès le retour de la belle saison, avec cette confiante ardeur que donnent le succès et l'expérience.
XVII. — Si, à côté de ce tableau rapide de ce qui a été fait dans l'espace d'une seule année, nous considérons l'état de calme, de sécurité et de bien-être dont jouit notre pays, nous ne pouvons que nous en féliciter et bien augurer de l'avenir; mais c'est à la condition de ne pas nous arrêter; car, pour les peuples qui reviennent à la vie, s'arrêter c'est reculer. Nous sommes, Messieurs, dans la bonne voie, continuons à y marcher en nous donnant la main; il faut la réunion de nos efforts pour vaincre les obstacles qui encombrent la route de la civilisation. La patrie vous sera reconnaissante de tout ce que vous aurez accompli pour elle. »
Ce discours, comme celui que le Prince a prononcé à l'ouverture de l'Assemblée générale de 1846, et les réponses de l'Assemblée, qui sont le résumé des actes accomplis par Bibesco depuis son avènement, trouvent dans les décrets et les lois réunis dans cet ouvrage (i) une consécration que, seule, l'autorité du document donne à une page d'histoire. — Par ce fait que des phrases ne remplacent pas le document, et que cette consécration manque aux discours et aux écrits des auteurs de l'insurrection de 1848 et de leurs amis, leurs tentatives de justification sont condamnées sans appel, elles sont sans valeur aucune pour l'histoire.
(i) Voir dàns ce volume, pages 185-197.
Les inepties les plus audacieuses ayant été écrites par les auteurs déjà cités sur la question financière, pendant le règne de Bibesco, nous croyons utile de donner sur ce sujet quelques indications.
Rappelons, d'abord, cet exposé de la situation financière du pays, fait par le Prince dans son discours d'ouverture à l'Assemblée générale de 1846 : La caisse de la Vestiarie est aujourd'hui affranchie de ces dettes ruineuses dont les intérêts venaient ajouter à ses eînbarras, en absorbant une partie de ses recettes, et la balance en faveur de ces dernières a été telle qu'il nous a été permis de couvrir plusieurs dépenses extraordinaires survenues dans le courant des dernières années,
XV. — Toutes les autres caisses publiques sont dans un état encore plus prospère. Ainsi, LES CAISSES MUNICIPALES DES VILLES offrent une réserve réelle D'UN MILLION DE PIASTRES; CELLES DES COMMUNES, ^/^ /r^i" TROIS MILLIONS ; LA CAISSE CENTRALE possède un capital de plus de QUATRE MILLIONS, nonobstant les nombreuses dépenses d'utilité générale auxquelles ces diverses caisses ont dû faire face.
Voici, d'autre part, le tableau (i) des recettes et dépenses de la Principauté, pour l'exercice de 1847, que M. de Nion adresse au gouvernement français :