‹ Roumanie, d'Andrinople à Balta-Liman (1829-1849) (volume 2)Chapitre 69 sur 215 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Principauté, au sein de laquelle les exaltés, les ambitieux de tout rang, les meneurs allaient tenter de l'y acclimater.

Dès le 21 mars, Kisseleff, ancien gouverneur général des Principautés danubiennes, qui suivait de Saint-Pétersbourg les progrès du mouvement révolutionnaire en Europe , des agitations fomentées en Roumanie , des faits et gestes des Roumains installés à Paris, écrivait au Prince, au sujet des désordres qui venaient de se produire en Europe, et dont le contre-coup pouvait aussi atteindre les Principautés, en émettant l'espoir que la raison et la prudence éclaireraient et guideraient les Valaques. « J'espère que cette avalanche qui passe sur V Europe )\ disait le général, a et qui, tôt ou tard, aura sa réaction, n'atteindra pas Votre Pays, et que Votre vigilance, Mon Prince, la préservera du vertige qui s'est emparé de Vos voisins (i). » Le 22 avril, nouvelle lettre de Kisseleff à Bibesco; mais déjà l'opinion du général s'était modifiée; son espoir avait fait place à la crainte que des troubles ne vinssent éclater dans le beau et bon Pays roumain. A son avis, l'essentiel était de prévenir les désordres qui pouvaient et devaient amener des conséquences cruelles pour le Pays, en écarta lit du centre de la population les hommes qui rêvaient à des changements impossibles ; il n'admettait ni paix ni transaction avec les fauteurs de troubles, et conseillait de ne point se confier à leurs promesses . L'incarcération et le renvoi au delà des frontières était, aux yeux de Kisseleff, le plus sûr moyen de se défendre contre leurs projets subversifs, et le maintien, pour tout le reste, du règlement, dans son esprit et dans sa lettre (2).

Enfin le courrier du général expédié au Prince, de Pawlotsa, le 29 juin, engageait Son Altesse A NE PAS BATTRE EN RE- TRAITE (3) devant les meneurs; de rester sur la brèche tant que

(1) D'Andrinople à Balta Liman : Règne de Bibesco, t. I. Lettre de S. Exc. le général comte Kisseleff à S. A. S. le Prince Bibesco, p. 316 et 317.

(2) D'Andrinople à Balta-Liman : Règne de Bibesco, t. I. Le comte Kisseleff au Prince Bibesco, p. 320-323.

(3) Idem, p. 325 et 326. Ce conseil de Kisseleff à Bibesco et la date de la

Ses forces le lui permettraient . La retraite des honnêtes gens, éQTi\dÀi-\\, ferait bonne place aux mauvais drôles qui n'ont en vue que désordres, bouleversements , le tout dans leur intérêt exclusif et personnel. A cette date du 29 juin, il y avait quatre jours déjà que le mouvement insurrectionnel de Valachie était un fait accompli.

Pendant que Kisseleff donnait au Prince ces conseils, le gouvernement russe ne restait pas inactif. Voulant s'assurer le moyen de diriger dans le sens de ses projets le mouvement qui s'annonçait dans les Principautés, et préparer aux armées impériales le passage en Hongrie, à travers le Pays roumain, — en prévision de la nécessité où l'empereur d'Autriche pourrait se trouver d'avoir besoin de leur appui pour réprimer la révolution qui menaçait d'éclater parmi ses sujets maghyars, — il fit choix du général Duhamel.

Le premier soin du représentant de l'empereur Nicolas, en arrivant à Bucarest, fut de promettre tout son concours à Son Altesse, dans l'œuvre de pacification qu'Elle poursuivait, et en même temps de Lui conseiller d'y faire concourir quelques régiments de Cosaques, l'assurant que si Elle sollicitait du Czar ces régiments, sa demande recevrait l'accueil le plus favorable. Mais Bibesco ne se laissa pas convaincre, et se contenta de remercier le général Duhamel d'une offre dans laquelle II reconnaissait la très haute sollicitude de l'Empereur,

Il ne se rendit pas davantage à l'insistance que S. Exc. l'envoyé russe mit à demander l'exil d'Héliade, — qu'elle accusait de conspirer contre l'état de choses existant, — bien qu'il sût que le poète roumain était à la tête d'une conspiration. Le Prince répondit au général Duhamel que, s'il avait des preuves contre Héliade, quil fût par conséquent certain de sa culpabilité,

lettre infligent un démenti à tous ceux qui, à l'instar d'Héliade, ont porté contre Son Altesse cette accusation ridicule et intéressée : Le Prince a cédé aux injonc tions du Consul de Russie... (Voir au Mémoire justificatif de la Révolution roumaine, la protestation de Golesco Héliade et Tell à Sa Hautesse Abd-ul-Mejid, P- 57-66.)

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